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Lorsque Pep Guardiola reprenait le Bayern de Jupp Heynckes à l’été 2013, le club venait de réaliser un triplé historique après avoir roulé sur l’Allemagne et l’Europe du football. Les attentes envers celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur technicien à l’heure actuelle étaient donc extrêmement élevées. Gagner la Bundesliga est devenu une performance normale banale pour le Bayern aux yeux des observateurs, et seule la Champions League, la reine des compétitions, constituerait un challenge suffisant pour juger du travail de Pep Guardiola.

Spoiler alert: le Bayern ne gagnera jamais la Ligue des Champions sous la direction de l’entraineur catalan. Éliminé trois ans de suite en demi-finale face à divers clubs de la péninsule ibérique, le géant de Munich aura du se contenter des compétitions nationales pour assouvir sa soif de titres. Le triplé historique reste donc l’exclusivité de Don Jupp. Et pourtant, Guardiola aussi aura réussi une performance historique lors de son passage au Bayern, une performance qui mériterait d’être appréciée à sa juste valeur, indépendamment du regard porté sur son parcours européen. Grâce à lui et à son prédécesseur, les Bavarois ont en effet remporté la Bundesliga pour la quatrième année d’affilée, une prouesse jusque là inédite. Retour sur une saison historique.

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Après un stage de préparation en Chine destiné à gagner de nouveaux marchés pour le club (et le paquet de dollars qui va avec), le Bayern a entamé la saison 2015/2016 fort de quatre nouvelles recrues : Joshua Kimmich venu du Red Bull Salzburg, Douglas Costa le Brésilien du Shakhtar et un duo venu de la Juve avec Kingsley Coman et Arturo Vidal. L’arrivée de ce dernier était destinée à palier un départ en particulier, celui de Bastian Schweinsteiger, parti à la recherche d’un dernier challenge du côté d’Old Trafford et depuis occupé à chercher la sortie de l’infirmerie. L’intersaison avait été animée à Munich et le club s’est montré désireux de répondre aux attentes de son entraineur. En effet, Guardiola s’était senti privé d’alternatives adéquates sur les ailes après les blessures de Franck Ribéry et d’Arjen Robben la saison précédente, un chantier qui aura été rapidement comblé grâce aux arrivées de Costa et de Coman. C’est donc avec une véritable armada offensive que le Bayern pouvait se lancer à la (re)conquête de la Bundesliga.

Le début de saison est un véritable feu d’artifice pour les Munichois. Un feu d’artifice incarné en particulier par Douglas Costa, un inconnu du grand public qui s’est donné pour mission de faire oublier un Kaiser Franck toujours blessé. À coup d’accélérations fulgurantes et de jogo bonito do Brazil, l’international auriverde conquiert les cœurs de l’Allianz Arena et bluffe bon nombre d’experts qui doutaient de lui. Et pendant qu’il fait son show sur les pelouses allemandes, le Bayern est intraitable. Les hommes de Guardiola enchaînent dix victoires consécutives, un rythme infernal que même l’excellent BVB de Thomas Tuchel n’arrive pas à suivre, mais échouent à un succès du record pour le meilleur début de championnat de l’Histoire (détenu par Tottenham). Peu importe, des records le Bayern en établira d’autres, comme l’incroyable performance de Robert Lewandowski et ses cinq buts en l’espace de neuf minutes contre le VfL Wolfsburg. À la trêve, le club trône au sommet de la Bundesliga et distance le Borussia Dortmund de huit points : Herbstmeister !

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La reprise en janvier est un peu plus dure pour le Bayern. Le soleil qatari où s’est déroulé le stage du club est loin, et le retour à la froide réalité de l’hiver allemand est poussif pour tout le monde sauf le duo de choc à la pointe de l’attaque bavaroise. Thomas Müller et surtout Robert Lewandowski sont en pleine bourre et sont les garants des résultats de l’équipe. Au mois de mars le Bayern n’a toujours pas perdu un seul match à domicile dans toutes les compétitions quand Mainz fait le déplacement à Munich. La baisse de forme visible depuis des semaines chez le Rekordmeister se confirme, et les protégés de Guardiola connaissent leur premier revers à Munich de la saison : une défaite par deux buts à un. L’écart avec le Borussia Dortmund se réduit à cinq points seulement, et une nouvelle contre-performance contre les jaunes et noirs trois jours plus tard relancerait définitivement la course au titre.

Le duel au sommet de la Bundesliga se solde finalement par un 0-0 des familles. Sans briller mais en maitrisant globalement son sujet, le Bayern conserve son avance en tête du championnat et repousse les derniers assauts de son concurrent le plus coriace. Gagner sans briller constitue d’ailleurs le fil rouge de la deuxième partie de saison des Bavarois. Que ce soit en Bundesliga ou en Champions League, le Bayern a du mal à déployer le jeu flamboyant qui a caractérisé la première moitié du championnat. Toutefois, les résultats sont là et le club se qualifie dans la douleur pour les demi-finales de Ligue des Champions, où il s’inclinera de justesse contre l’Atletico Madrid de Diego Simeone.

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Le Bayern est finalement sacré champion d’Allemagne le 7 mai suite à une victoire face à Ingolstadt, bien que le titre semble acquis depuis quelques semaines déjà. C’est d’autant plus vrai que le BVB a privilégié l’Europa League à ses chances en Bundesliga, sans trop de succès au final, laissant filer des points en championnat et le Bayern en tête du classement. Ce même Borussia Dortmund se dressera une dernière fois sur le chemin de Pep Guardiola qui aura cœur à offrir un deuxième doublé en l’espace de trois ans à la ville de Munich. Une performance qui n’aurait certes pas la même saveur que le triplé que tout le monde attendait de lui, mais qui conclurait tout de même d’une belle manière les trois années que le Catalan aura passées en Bavière. Et s’il ne restera probablement pas dans les mémoires comme un entraineur ayant marqué l’Histoire du club, ses résultats et son importante contribution au record de quatre titres consécutifs resteront par contre bel et bien dans les annales du FC Bayern.