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Alors qu’il va très certainement jouer son dernier match sous les couleurs phocéennes demain, Michy pourrait être l’un des héros d’une finale qui semble perdue d’avance pour la troupe de Frank Passi. Celui qui disait ne pas vouloir partir avant d’avoir marqué de son empreinte l’histoire de l’OM, a l’occasion de partir par la grande porte. Une façon de redorer une image qui s’est écornée cette saison, à coup de ratés tant sur qu’en dehors du terrain. Mais comment en est-on arrivé la ?

26 juin 2014. A peine âgé de 20 ans et auréolé d’une saison à 21 buts en Jupiler League, Michy Batshuayi débarque sur la Cannebière, avec une réputation de futur goleador. Après la signature d’Alessandrini, l’OM tenait donc son deuxième premier crack du mercato. Globalement inconnu sauf d’une poignée d’irréductibles joueurs de Football Manager (qui regarde la Jupiler League ?), Michy arrive et joue dans le plus bel OM de ces dernières années. Il devra attendre novembre pour scorer son premier goal, lui qui deviendra le joker de luxe d’un André Pierre Gignac au top de sa forme. Michy s’installe comme le 12ème homme, celui qui rentre et qui fait basculer les matchs, l’atout numéro 1 du banc. Rapidement adulé pour ses buts et ses entrées, il l’est tout autant pour la fraicheur qui l’entoure. Le belge est un gamin de 20 piges, content de jouer au foot, disponible pour les supporters, que ce soit à l’entrainement ou sur les réseaux sociaux, qu’il gère (à l’époque). Qui ne se souvient pas de la fameuse #TeamSemelle … Une époque révolue.

Marseille's Belgian midfielder Michy Batshuayi (L) celebrates with Marseille's French forward Andre-Pierre Gignac (R) after scoring a goal on November 23, 2014 at the Velodrome stadium in Marseille, southern France, during the French L1 football match Marseille vs Bordeaux. AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT (Photo credit should read ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP/Getty Images)
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En fin de saison, Michy voit sa côte de popularité au top. Certains l’ayant réclamé titulaire en lieu et place de Gignac en deuxième partie de saison, lui accordent un crédit presque illimité. Vincent Labrune fait partie de ceux-ci. Plus que les qualités footballistiques du joueur, Labrune voit en Michy une sacré planche à billets, lui qui en a aligné une demi douzaine de millions d’euros pour le faire venir du Standard. Le plan est simple, laisser partir Gignac, recruter une doublure bien moins compétente et faire de Michy le titulaire numéro 1. L’occasion est belle pour le président de l’OM de récupérer un petit billet, Michy jouit d’une belle côte à l’étranger, joue la Ligue Europa, joue en équipe nationale, et ne sera inquiété d’aucune concurrence. La voie est libre pour faire sauter le record du transfert de Drogba. Sauf que le plan de Vincenzo ne se passera pas comme sur des roulettes.

Mi-mai 2016, Michy sort d’une saison des plus compliquées, plus sur un plan collectif que statistiques. 17 buts, 6 passes décisives, les mêmes stats qu’un Ben Arfa adulé, le tout à 21 ans et pour sa première saison en tant que titulaire, pas de quoi se plaindre. Mais à Marseille plus qu’ailleurs, on ne se moque pas du football. Le cirque de cette saison 2015/2016 a fait chuté la côte de popularité de tous les joueurs olympiens, sauf un, l’exemplaire capitaine Mandanda. Michy, parmi tant d’autres, essuie des critiques plus ou moins justifiées. Croqueur, trop perso, toujours hors-jeu … Mais le problème Michy ne vient-il que du terrain ?

Marseille's Belgian forward Michy Batshuayi (L) is congratulated by Marseille's French defender Benjamin Mendy after scoring a goal during the French L1 football match Olympique de Marseille vs Troyes on August 23, 2015 at the Velodrome stadium in Marseille, southern France. AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS (Photo credit should read BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images)
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Après sa folle envolée médiatique début 2015, Michy s’attache les services d’un CM (comprendre community manager pour les non 2.0 d’entre vous), pour gérer son image sur les réseaux sociaux. Et comme tout CM qui se respecte, ce dernier va aseptiser au max les rapports entre Michy et ses followers. Alors Maïté, pour nous faire un mauvais CM que faut-il comme ingrédients ? C’est très simple, il vous faut des tweets sponso (ici Adidas), des discussions entre joueurs possédant le même réseau (ici GK Nkoudou, Wissam Ben Yedder, Benjamin Mendé), et des piques envoyés à des twittos lambdas et qui serviront de running gag boomerang les soirs de contre performance, le tout saupoudré d’un zeste de messages type « ahhhh encore raté ce soir, mais promis on lâche rien, la semaine prochaine la victoire est à nous » quand tu es 15ème du championnat. Comme à Dallas, l’univers Twitter est impitoyable et sonnera l’arrêt de la hype Michy.

Pour en revenir à sa saison, elle ne peut objectivement pas être considérée comme mauvaise. Sans ses 17 buts, l’OM aurait sans doute vécu une véritable descente aux enfers (ou en Ligue 2, au choix). Alors oui, il aurait pu en mettre le double avec un peu plus de réussite, de concentration, et d’efficacité, oui il aurait pu faire plus marquer et briller ses coéquipiers, mais il n’est pas à blâmer comme l’un des responsables de la mauvaise saison de l’OM.
Le vrai point noir de la saison de Michy, c’est que malgré ses dires, il était, dès le milieu de l’exercice précédent, condamné à vivre sa deuxième et dernière saison sous le maillot de l’Olympique de Marseille. Ce n’est pas un secret et ce ne l’a jamais été. Considéré comme la valeur marchande numéro 1 de l’OM, Michy fut poli, et lustré pour arriver en juin 2016, beau comme un camion , et partir contre un chèque de 30 à 40 millions. Alors forcément, quand on sait que la rupture est inévitable, la love story est moins belle.

Marseille's Belgian forward Michy Batshuayi celebrates after scoring a goal during the French L1 football match between Olympique de Marseille (OM) and Gazelec-Ajaccio on December 13, 2015 at the Velodrome stadium in Marseille, southern France. AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS / AFP / BERTRAND LANGLOIS (Photo credit should read BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images)
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Il y a quelques temps, Michy himself déclarait « ne pas vouloir quitter l’OM sans marquer l’histoire du club ». Bon, on va vous spoiler … Il va partir, et l’histoire du club n’aura pas bougé d’un iota. Ca ne fait pas de Michy un faux crack, ni même un joueur qui n’aura pas compté lors de ses deux saisons. Mais l’histoire du club est bien plus forte que 26 buts en deux ans.
L’OM est un club particulier, un club dans lequel tout peut arriver, à tout moment. Aussi, Michy ne pouvait pas s’en aller sans avoir une infime chance de voir sa prédiction se réaliser. Samedi, l’OM joue face au PSG une finale de Coupe de France. De base, dit comme ça, c’est déjà plus qu’une finale. Maintenant, quand on ajoute à cela la saison horrible que viennent de vivre les ouilles de Frank Passi, il s’agit d’une chance inouïe de transformer la pire saison de ces 10-15 dernières années en une saison ratée mais qui se termine sur une note positive. Le football aime ce genre d’histoire, Michy en rêve sans doute aussi. Une finale, un but, un au-revoir. En somme, des adieux moins amères que prévu …

Crédits Photos : BERTRAND LANGLOIS/AFP