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D’ici quelques heures, c’est une page de l’OM qui risque de se tourner. Peut-être le dernier classique pour Mandanda, surement le dernier pour Nkoulou, mais surtout, la fin d’une relation qui n’aurait jamais du avoir lieu. D’ici quelques heures, Zlatan Ibrahimovic va jouer son dernier classique, son dernier match sous le maillot Francilien. Si sa dernière au Parc des Princes avait des allures de navet comme seul le cinéma Français est capable d’en produire, sa dernière en tant que Parisien a tout pour être aussi passionnante que la fin d’un Scorsese.
Quoi de mieux que l’OM pour conclure son chapitre Français ? Marseille, la ville rebelle chez qui le Roi Zlatan a eu un malin plaisir à s’essuyer les pieds pendant 4 ans, allant même à gagner un respect certains chez les descendants de la ville de Phocée.

A la conquête de la ville sans-nom.

zlatan

Quand le Roi Suédois, venu tout droit de la région de la Lombardie a posé son trône à Paris, tout le Royaume de France s’est frotté les mains. L’Ile-de-France va conquérir la France et les contrées voisines, sa nouvelle star va faire des merveilles mais il y a un endroit où l’arrivée du Roi pose problème. Marseille la rebelle ne voit pas cette arrivée d’un bon oeil. Autour d’une table, que ce soit au Panier, au Prado ou à Saint-Antoine, l’arrivée de celui qu’on appelle uniquement par son prénom en Italie fait grincer des dents. Les souvenirs d’un conquistador de 1m95 qui n’hésite pas à quitter la Vielle Dame pour l’ennemi Nerrazzuro puis pour les Rossoneri font réagir : « Encore un traitre qui vient jouer pour l’argent ». Mais la vérité est ailleurs.
Marseille qui avait la particularité de posséder les meilleurs « bomber » du Royaume depuis des décennies se voit voler la vedette par l’arrogante capitale et commence à appréhender la suite… Les records de Skoblar, l’aura de Drogba, la folie de Niang, les coups d’instincts de Papin, la malice de Voller ou Ravanelli, tout cela risquerait de disparaitre à cause d’un mec venu tout droit de Scandinavie ? Oh grand Jamais !
Le fer de lance de l’OM est pointé du doigt; le nom d’André-Pierre Gignac est sur toute les bouches. Il est censé tenir la dragée face à Zlatan. Le géant Suédois ne le connait pas, mais lui doit surement le connaitre. L’enfant de Martigues est apprécié pour sa pugnacité mais sort de deux années blanches. Tout le peuple Marseillais attend de lui monts et merveilles. Alors que tout les regards sont portés sur la Capitale et son équipe de venue des 4 coins du globe, Marseille et son chevalier Martégal travaillent en silence en attendant le jour de gloire. Match après match, Gignac et ses coéquipiers pour la plupart de la région de Marseille se créent une identité aux antipodes de celle de la capitale. Zlatan, sans adversaire à sa mesure, commence irrémédiablement à marcher sur le Royaume de France. Plus le temps passe, plus la France se met à se languir d’une chose : le déplacement du glorieux Paris Saint-Germain chez les sulfureux Marseillais.
Habitué aux ambiances chaudes et aux insultes en Italie, celui qui est surnommé ridiculement le Z attend lui aussi ce déplacement en province. Il sait que là-bas, il sera comme à la maison. Insultes, moqueries, sifflets, le Roi Suédois se nourrit de toute cette mascarade. C’est pas des banlieusard qui vont l’effrayer. Lui l’enfant de banlieue de Malmo n’attend que ça, faire face à des gens qui lui ressemblent. Faire face à un stade de 60 000 personnes, 60 000 sauvages avides de sang qui ne veulent qu’une chose : égratigner la belle Parisienne devant la France entière et pouvoir dire « Nous on l’a fait, pas comme vous les Français ». Le naturel revient au galop, les Marseillais ne veulent rien faire comme les autres et ça Zlatan l’a compris plus vite que ces autres coéquipiers. Peut-être que le respect du Suédois envers la ville sans-nom vient de la.

Respect.

zlatan

Le fameux match devait arriver, le 7 du mois de Vendémiaire. La capitale finit par se déplacer en Provence et ses supporters sont encore en droit de se déplacer dans la ville sans-nom.
C’est la 8ème journée, l’Olympique de Marseille est en haut du classement grâce à un début de saison historique, le Paris Saint-Germain est juste derrière, 3 misérable points séparent les ennemis de toujours.
Les stars contre les joueurs lambdas, la classe à l’Italienne du duo Léonardo-Ancelotti face au survêtement bleu ciel de Elie Baup et la veste Stone Island de Anigo. Tout sépare les deux clubs et pourtant les Marseillais sont persuadés d’une chose, sur le terrain, ça serra 60 011 fou furieux contre 11 hommes. Et ça, Zlatan l’a directement compris à son arrivée à l’échauffement. Conspué comme jamais, le Roi Suédois se sent comme dans son jardin. Toute la semaine, il a du souffrir de la comparaison avec son homologue Marseillais Gignac. Surement vexé d’être mis en balance avec un Français en surpoids qui n’a jamais rien réussi dans sa carrière à part des vulgaires enroulés à l’époque.
Début de match, et c’est le glouton Marseillais qui fait parler la poudre et de fort belle manière. Ce but fait chavirer un stade tout entier. Jamais Ibra n’aurait mis un tel but, le démarrage est parfait, le crochet inter-exter ressemble à rien mais la frappe croisée est imparable.
La star Suédoise se fait voler la vedette. Mais s’en suivra deux des minutes les plus sombres des Classiques sur ces dernières années. Une faille intersidérale que seule Zlatan pouvait ouvrir. L’espace de deux minutes, c’est tout un début de saison, tout un cirque médiatique, tout une mascarade qui prend fin. Ce grand Suédois qui était censé se faire dessus dans le stade le plus chaud du Royaume vient de l’éteindre.
Un silence de cathédrale où seule la voix du peuple, Grégoire Margotton semble faire figure d’exception. Un corner anodin de son Valais Brésilien Maxwell, Zlatan marqué par N’koulou -qui était censé pouvoir le museler- se fait bouffer par le Suédois. Un geste inexplicable qui finit sous la barre. Le but laisse groggy toute une ville, tout un Royaume, visiblement choqué par ce qu’il vient de se passer. S’en suivra un coup franc incroyable de 32 mètres. Silence dans la salle, le Z vous salue bien. Mandanda avait pris le même coup franc il y a trois ans, devant les yeux ébahis de l’Europe, mais cette fois le martien répondait au nom de CR9.
Le Vélodrome est silencieux comme il l’a rarement été, le début d’une relation qui a des airs de Syndrome de Stockholm. De l’autre coté, Gignac a montré au peuple Francilien que l’OM avait aussi un joueur de caractère. Lui aussi va mettre son doublé, 2-2 partout balle en centre.
Puis les Classique sous Zlatan c’est des actions que tous les Marseillais pourront raconter à leurs futures descendances. Le Z aura droit à des actions de classe comme cette passe délicieuse pour Maxwell (encore lui) au Parc des Princes. On oubliera pas non plus quand ce « bouffon » de Joey Barton a essayé de se moquer du gros nez de Zlatan devant un Pierre Menes hilare face à cette blague de très bon gout. Excellente vanne de la part de ce bon vieux Joey.
Pour sa dernière au Vél’, il n’oubliera pas de marquer sur un centre de vous savez qui et de donner un ballon à ce clown de Di Maria. Juste histoire de laisser un bon souvenir aux supporters Marseillais.
Toutefois, le fait le plus marquant restera la saison dernière. Ce OM-PSG que tout le royaume de France attendait comme il attendait celui du 7 Vendémiaire.

5 Germinal 2015, les Marseillais tiennent tête aux Parisiens grâce à un fou Argentin qui croit qu’on peut tirer des leçons du Foot et les appliquer à la vie de tout les jours. Un malade mental. Le Vélodrome a fait peau neuve et 3 ans plus tard, c’est une bonbonnière. A chaque match, un léger frisson semble descendre des travées du Vélodrome. Cette fois, c’est la chaire de poule pour les 65 000 personnes présentes. Le Vélodrome est au centre de de la carte du football européen. Toute l’Europe attend ce match comme l’opposition du siècle en France. Les Marseillais veulent marquer le coup histoire que l’on puisse dire : « On va faire parler de nous dans le monde entier pendant que vous les Français, vous n’allez parler que du résultat ». Finalement, l’apogée sera atteint durant l’échauffement. Alors que l’autre clown Argentin Lavezzi s’ambiance dans son coin complétement médusé par l’ambiance du Vélodrome, Zlatan veut marquer le coup à sa manière. Il passe son temps à fusiller son serviteur Nicolas Douchez et termine son exercice avec un enroulé pied gauche barre rentrante. Ce geste, tout le stade l’a vu et s’est arrêté de chanter l’espace d’une seconde. Zlatan semble faire signe « vous l’avez tous vu celui-là » et s’en va comme un Roi dans les vestiaires. La suite vous la connaissez…
Certainement le meilleur Classique de ces dernières années sur et en dehors des terrains. Le Roi a pris plaisir durant ce match. Après le coup de sifflet final, il n’hésitera pas à calmer son désormais camarade André-Pierre Gignac, excédé par les décisions des hommes en jaune. Zlatan a appelé le 9 Marseillais. Dédé, aura peut-être été le seul adversaire que « le Z » ait appelé de manière amicale. Lui qui a passé son temps à se moquer de ses adversaires. Il aura finalement eu du respect pour son vis à vis Marseillais. Comme il a pu respecté Marseille pour sa singularité et son folklore durant 4 ans.

Certains disent qu’il a été abasourdi par l’ambiance ce soir-la, certains diront que sa vraie place était à Marseille la Rebelle.
Le respect sera surement mutuel au lendemain de cette finale de coupe de France. Dans 10 ans, peut-être que nos enfants parleront de Zlatan comme chaque enfant de la Cité Phocéene parlait de Ronaldinho. Peut-être que dans 10 ans, on se rappelera du coup-franc de Zlatan a son arrivée en 2012 comme on se rappelera du Tifo grandiose de 2015. La seule vérité parmi ces innombrables spéculations, c’est que la ville sans nom cher au Royaume de France s’est faite un nom dans l’esprit du Roi Zlatan. Un chapitre se fermera des deux cotés et un nouveau cycle recommencera. Sans Roi Suédois.