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À y regarder de près, les mandats de José Mourinho au Real Madrid et de Pep Guardiola au Bayern Munich sont à la fois ressemblants, liés, et en même temps si différents. En effet, les deux débarquent dans leurs villes respectives suite à de nombreux succès avec leurs anciens clubs. Avant de rejoindre le Real, le portugais venait de tout rafler avec l’Inter et rêvait alors de gagner la ligue des champions avec trois clubs de trois pays différents. De l’autre côté, Pep Guardiola arrive à Munich après une année de césure, précédée par une saison quasi blanche et elle même précédée d’une saison couronnée de succès (Liga et Ligue des Champions à la clé).

Real-Madrid_Jose-Mourinho_La-Liga-Champions

Seulement voilà, les deux tacticiens s’installent dans deux contextes bien différents.

D’un côté, The Special One hérite d’un Real qui ne passait plus les huitièmes depuis 2004 et qui voyait Florentino Perez revenir à la rescousse, à l’image de son recrutement bling bling lors de l’été 2009 (Pellegrini. CR7, Kaka, Benzema…). Une « saison-blanche-clasico-but-Ibra-Copa-4-0-Alcorcon-Huitieme-LDC-Poteau-Higuain-But-Pjanic » plus tard, on se rend vite compte du coté de la Casa Blanca que redorer le blason du Real ne sera pas chose aisée.

Mais c’est exactement ce que va faire Mourinho, à quelques nuances éthiques près. Dès sa première saison, le Real ira titiller le Barca de Pep en Liga, se fera éliminer en demi de Champions League par ce même Barca (il n’y avait pas carton rouge pour Pepe) et finira par le battre en finale de Copa un soir d’Avril 2011. À ce moment, même si le Barca gagnera la ligue des champions quelques semaines plus tard, on sent que la suprématie des Blaugranas en Liga est sur le point d’être mise à mal. Après avoir posé les bases de son équipe lors de la première saison, Mourinho va se saisir de cette chance, parvenant ainsi à décrocher la Liga avec une domination assez conséquente. Tout ça grâce à une équipe rigoureuse et équilibrée, possédant peut-être le meilleur jeu de contre-attaque de l’histoire.

En Ligue des champions, même histoire, le Real est intraitable et arrive invaincu jusqu’en demi finale. Le fameux mot de Decima est déjà sur toutes les lèvres, mais c’est sans compter sur le Bayern, Mario Gomez… et Sergio Ramos. La déception est immense, mais la progression au terme de deux saisons l’est tout autant. Pendant ce temps là, au terme de cette saison, Pep quitte le Barca à la recherche d’un nouveau challenge. La troisième et dernière saison quant à elle ressemble un peu à la première, sans la Copa gagnée (oui c’est une saison blanche), et entachée par des problèmes de vestiaires significatifs. Le tout mettra fin au séjour de Mourinho dans la capitale madrilène.

Bayern-Munich-Bundesliga-Champions

La saison suivante, Pep prend les commandes du Bayern Munich, succédant alors à Jupp Heynckes qui en deux saisons terminait d’abord dauphin d’un BVB séduisant en championnat, et d’un Chelsea plein de réussites en Ligue des champions. Jupp rectifie le tir la saison suivante en faisant du plus grand club d’Allemagne une machine de guerre raflant absolument tout sur son passage. Le défi est donc tout autre pour Guardiola, il s’agit là de garder une équipe au sommet, comme il a su le faire avec le Barça.

Cependant Pep est quelqu’un de remarquablement têtu, tenant plus que tout à ses idées (même si d’ailleurs, il n’y a rien de mal là-dedans). Seulement, ses idées n’étaient pas vraiment en accord avec la machine qu’il venait d’avoir entre les mains. Ainsi, le fait d’y introduire des changements assez significatifs, implique des risques pouvant jouer des tours au Bayern. Durant ces trois saisons, il assoit la domination du Bayern en Bundesliga sans trop de soucis en remportant le championnat à trois reprises.

En revanche en Europe, c’est un peu plus compliqué. Le parcours jusqu’en demi-finale se fait à chaque fois sans trop de soucis (en se faisant quand même peur quelques fois comme face à Manchester United ou le FC Porto). Le problème est que son équipe se fait éliminer à ce stade de la compétition à chacune des trois saisons. La première face au Real de Carlo.

Dès le match aller, le Bayern se fait bousculer avant de s’incliner 1-0 au Bernabeu (score qui aurait pu/dû être plus lourd). Au retour, dans l’enfer de l’Allianz Arena, Ramos enfonce rapidement le clou grâce à un doublé, avant la clôture du spectacle par Ronaldo. La saison suivante, il affronte le Barça de la MSN… de Luis Enrique. Dès le match aller, le Bayern prend l’eau, même en ayant contenu le Barca pendant la majorité de la rencontre, son équipe craquera à trois reprises en fin de match. La victoire du match retour n’y changera rien. Enfin, cette saison, c’est une autre histoire : probablement la seule élimination vraiment dure à avaler.

Malgré la défaite 1-0 à l’aller au Vicente Calderon, les bavarois remettent les pendules à zéro par l’intermédiaire de Xabi Alonso, jouent un très bon football en se procurant des occasions nettes dont un penalty (manqué), avant de se faire surprendre par Griezmann. Coup dur, mais le but de Lewandowski redonne espoir au Bayern dans le dernier quart d’heure, voyant son équipe pousser jusqu’au bout face à un Atletico vaillant : sans succès.

Si nous devions faire les bilans des deux coachs, on peut qualifier celui de Pep Guardiola de semi-échec dans la mesure où en trois saisons, il domine la Bundesilga sans précédent en étant quand même présent dans les derniers carrés européens chaque saison. En revanche, il est difficile de « s’en contenter ». D’une part, tous les risques pris consistant à modéliser son équipe à son image ne se sont pas avérés payants, et d’autre part, il n’a pas réussi à se créer une chance d’aller au bout sur la scène européenne. Ce qui paraît très pénalisant pour le bilan d’un top coach, dans un top club, impliquant des exigences de haut niveau.

Le bilan de Mourinho quant à lui peut être qualifié de quasi-succès. Bien que les attentes avant l’arrivée du portugais étaient moins élevées, il faut prendre en compte le fait qu’il part d’une base moindre. L’objectif avant sa signature était de refaire du Real un grand d’Europe, et personne peut contester le fait que ce soit bien redevenu le cas. Cependant sa fin de mandat est entachée par une dernière saison blanche semi-chaotique marquée par des problèmes de vestiaires très dommageables. Mais dans une vision globale des choses, il n’est pas vraiment question d’échec le concernant.