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Quelques années auparavant, voire même quelques mois, lorsque le nom de Lassana Diarra se faisait entendre, les Français grinçaient des dents : mercenaire pour certains, un traitre à la nation pour d’autres… dans tous les cas, il n’était pas dans leurs cœurs. Oublié, Lass était rangé aux côtés de Menez ou autres M’Vila, au triste rang de mal-aimé dans son propre pays. Mais les choses ont changé depuis et Lassana est devenu un des joueurs préférés des Français qui ont pu découvrir une partie du personnage à travers ses grosses performances sous le maillot ciel et blanc et par les rares fois où il prenait la parole. Les jugements non fondés propres au Français de base devenaient alors de lointains souvenirs. Sauf qu’avec Lassana Diarra, rien ne se passe comme prévu… Ainsi, depuis quelques semaines, on observe un malaise palpable entre le numéro 12 de l’EdF et supporters de l’OM. Ces derniers n’acceptant pas la face cachée du natif de Belleville qui s’est révélée peu à peu au grand jour et le divorce semble définitivement consommé. Retour sur une situation ô combien dramatique.

Un début au plus-que-parfait

La saison de Lassana Diarra avait commencé pour le mieux. Sa signature à l’OM était un gros coup sur le marché, incarnant les ambitions nouvelles de l’OM. Le départ de Bielsa ne l’ayant pas davantage touché, en tant que leader naturel, il a su remobiliser tout le monde le lendemain à la Commanderie. Pour le premier match de Michel à la tête de Marseille, Lass et ses coéquipiers battaient Troyes avec une facilité déconcertante. En conférence de presse, il a maintes fois insisté sur le fait qu’il était venu pour le projet sportif, pas seulement pour Bielsa. En effet, Fenerbahçe offrait un salaire de 5 millions d’euros net pour que l’associer à Mehmet Topal et Raul Meireles. Ne pouvant pas lutter face à la puissance financière des Turcs, son ami Labrune lui propose alors un accord hallucinant.

« Tu as un bon de sortie à chaque mercato en plus de pouvoir partir libre en cas de non-qualification en coupe d’Europe, sans oublier la fameuse prime à la signature. »

Un contrat de 2 ans attendait alors le natif de Belleville, avant de finalement en demander 4, que son grand ami lui donnera volontiers. Ces deux années supplémentaires préparaient sûrement ses magouilles à venir…

Malgré des entraînements à l’Inter ou West Ham, Diarra ne voyait pas de proposition de contrat se dessiner. De son époque madrilène, Mourinho lui disait d’être patient et de faire des efforts : ça finira par payer. L’offre de l’OM est alors apparue comme un don du ciel tant il y serait à son aise. De plus, l’exposition de l’OM en Ligue 1 lui permettrait d’évoluer devant les yeux du sélectionneur national.

Tout était parfait et rapidement le Vélodrome fut conquis par ses performances. On en oublierait presque qu’il venait de Belleville… à Paris. S’en suivront des prestations de très hautes volées tout au long de la phase aller de notre Ligue 1 avec en point d’orgue ce match contre le PSGLa facilité avec laquelle il avait fait du milieu de terrain Parisien sa chose fut déconcertante. Les coéquipiers de Thiago Motta furent éblouis de ses interceptions fréquentes, ses relances millimétrées ou encore de ses qualités de leader. Face à de telles performances, les Marseillais ne lui reprochèrent même pas de ne pas jouer en Europa League. Après avoir sillonné pendant deux ans les terrains de Rostov, Grozny et autres Makachkala, on peut comprendre que jouer à Liberec ou Groningen ne l’intéressait guère. Et pourtant, Michel, qui le voyait avec Mandanda, comme « l’un des rares hommes » dans le vestiaire n’hésitera pas à l’égratigner indirectement. Il fait partie des joueurs qui choisissent leurs matches et qui préfèrent s’économiser. Les prémices d’une attitude nauséabonde… Six mois de bonnes facture et le re-voila en Equipe de France. Tout semble être oublié, les Français l’aiment, le sélectionneur aussi et son ticket à l’Euro est presque validé.

Une fin à l’imparfait

Face à une telle situation, Diarra ne sera plus le même. Alors que les joueurs crient sur tous les toits que les six prochains mois seront énormes, il se contentera de faire profil bas, ses matchs en deviendront presque insignifiants. Il pourra regarder Toulalan reprendre sa couronne en tant que meilleur milieu défensif du pays. Lass donne l’impression d’avoir déjà quitté un navire olympien qui coule petit à petit. Sûrement une petite voix dans sa tête qui lui préconise de s’économiser pour l’Euro… À 30 ans, une telle opportunité n’est pas sûre de réapparaitre dans le futur. Il était de toute façon revenu pour cela. Labrune avait insisté sur la fierté que pouvait procurer de jouer un Euro à domicile et comme un capitaine qui quitte le bateau dès les premières secousses, Diarra préfère lever le pied pour éviter une blessure bête. Tout va vite dans le football vous savez, un tacle de Cahuzac, rupture des ligaments croisés et c’est reparti pour 8 mois de galère. Cependant, Dieu merci, il ne lui arrivera rien. Lorsque toutes les caméras de France, voire d’Europe, sont braquées sur Le Classique, OM – PSG, il redevient le grand joueur de la phase aller et des 16èmes d’Europa League contre l’Athletic Bilbao: deux excellentes prestations, les mêmes auxquelles l’OM était habitué au début de la saison.

Pourquoi ne sont-elles devenus que ponctuelles ? Les doutes sont de plus en plus présents et le point d’orgue de son numéro d’affabulateur sera atteint lors du match contre Toulouse où il passera 45 minutes à errer comme un rôdeur dans un épisode de The Walking Dead. Michel abrégera ses souffrances et le sortira à la mi-temps. L’ancien coach de l’Olympiakos se montrait capable de faire des pieds et des mains pour lui et il semblait l’avoir lâché. Ce match contre le Tef était le reflet de sa volonté de choisir ses matches. La Coupe de France ne le branchant pas plus que ça, hormis le match à Caen, il ne jouera aucun match… jusqu’à la finale, évidemment. On parle d’une « blessure au genou qui le gêne depuis des semaines ».

Cette fameuse blessure va revenir lors des matchs mal embarqués. Quand l’OM est mené 2-0 à Bastia, Lass va demander à sortir car son genou te fait mal… Même si personne ne l’a blessé physiquement. Par contre psychologiquement, il était sûrement atteint. La saison ridicule qu’était entrain de réaliser le club Phocéen le rendait malade et sa petite santé l’intéressait plus que celle du club. De cette blessure, qui aurait dû l’écarter 21 jours, Lass ne reviendra en réalité qu’un mois plus tard en (sur le banc). Il sera de retour pour des matchs en carton mais surtout (évidemment) pour revenir lors de la finale contre le PSG. Bizarrement, ce sont 45 minutes de haute volée que Lassana nous avait réservé avant de sombrer comme prévu face au scénario catastrophe. Rien d’étonnant, quand on a la tête ailleurs mais le problème n’est pas là et l’agacement commence à être de plus en plus fort.

Une fin de saison bâclée

La formation phocéenne se transforme en Club Med, mais au lieu de guider ce groupe de jeunes joueurs, Diarra participe aussi à cette mascarade. Lui qui disait après la débâcle à Rennes « On est à l’OM, on bosse à l’entrainement, c’est pas non plus la kermesse », semble loin de croire en ses propres paroles. La raison de cet agacement de la part des supporters est son omniprésence dans les médias. Lui qui se dit réservé et pas très fan des interviews, n’hésite pas à parler de son avenir dès qu’il en a l’opportunité. Alors que l’OM a une finale à préparer, il n’hésitera pas à dire à la presse qu’il ne sera plus à l’OM l’an prochain.

Quel est le message envoyé par une telle déclaration à 15 jours d’un match primordial? Ses intérêts personnels sont passés avant l’institution qui l’a sorti de la galère dans laquelle il s’était fourré. Faire profil bas, au moins pour les gens du staff qui ont toujours été la pour lui aurait dû être le minimum.

Tout le monde était dubitatif sur son niveau, sa forme, et sa capacité à se relancer. Tous les clubs intéressés par ton profil se posaient des questions et pourtant, l’OM a fait d’énormes efforts pour lui. Le besoin de se relancer était fondamental pour Diarra et Marseille était le cadre parfait. Aurait-il eu la même visibilité à Fenerbahçe ? Qui l’aurait regardé faire des passes à Gökhan Gunul ou mettre des râteaux à Oscar Cardozo concrètement? Sûrement pas Guy Stephan.

Le cas Lass ressemble à celui d’une autre « tête de con » du football Français, son ami Ben Arfa qui était dans la même situation. Le président Rivière a fait des pieds et des mains (de manière plus intelligente que Labrune bien sur) pour le faire signer à Nice. Malgré qu’il n’ait signé que pour un an, HBA a donné de sa vie pour son club. On a vu un immense respect des Niçois pour leur numéro 9. Même si il s’en va libre, les supporters n’oublieront jamais son engagement et son professionnalisme.

Les Marseillais ne retiendront de Lassana Diarra que le fait qu’il pensait plus à ses affaires personnelles qu’à l’intérêt du club. Vouloir activer une clause basée sur un contrat oral et laisser le club dans la merde financièrement est digne des plus grands malfrats. Quand on connaît la situation du club, tous les efforts fait par son président et du staff pour lui, le minimum est de se taire et laisser faire les choses. Non pas de crier à qui veut l’entendre que tu peux partir libre si tel est ton souhait.

Lassana Diarra, nous comprenons tous que le flou te donne envie de partir, mais ce n’est pas une raison pour forcer les choses dans la presse. Personne n’est au dessus de l’institution qu’est l’Olympique de Marseille, et personne ne tient par les couilles un club comme tu es entrain de le faire.

Fin manipulateur qu’il est, il se dit déçu par le manque de soutien du club face aux rumeurs dans la presse. Ingrat jusqu’au bout, qu’il n’oublie pas de remercier toutes les personnes qui ont œuvrés quand il signera pour rien du tout en Angleterre. Et encore merci à Monsieur Labrune pour ce magnifique contrat en carton.

Credit photo : FRANCK FIFE/AFP/Getty Images

@Scrino_L