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Juillet 2015. Malgré son interdiction de « recrutement », le FC Barcelone annonce avoir recruté le milieu de terrain turc Arda Turan pour la somme de 35M€ (avec bonus). Le club qui sort tout juste d’un triplé historique met les moyens et se renforce avec l’arrivée d’un joueur faisant partie des meilleurs de Liga à son poste. Seul hic, il ne jouera pas jusqu’au mois de janvier, le Barça étant interdit par la FIFA d’enregistrer un nouveau joueur dans son effectif jusqu’au prochain mercato hivernal. Arda met donc sa carrière entre parenthèses pendant près de six mois et ne touchera le ballon seulement lors des séances d’entrainement ou pendant les matchs internationaux avec son pays. Même cas de figure pour Aleix Vidal qui a rejoint les blaugranas en même temps qu’Arda.

 (Photo by David Ramos/Getty Images)
(Photo by David Ramos/Getty Images)

Et maintenant, que deviennent-ils ? Arda est cantonné au banc de touche, et Vidal est mis au placard par Luis Enrique. D’ailleurs personne ne sait véritablement pourquoi concernant ce dernier. Mais, attardons-nous sur Arda Turan. Il existe encore beaucoup trop de zones d’ombres sur le cas d’Aleix Vidal, l’ancien joueur polyvalent de Séville.

Le turc souffre d’un réel manque de temps de jeu malgré les matchs enchainés lors de sa libération par la FIFA. Lors des 10 derniers matchs, il n’a joué que 304 minutes avec le Barça. Bien trop peu pour un joueur de son calibre. Rare sont les matchs où il a pu se montrer satisfaisant. Mais la situation est logique. Aussi talentueux qu’il soit, rejoindre en cours de route la meilleure équipe du monde avec une période de 6 mois en tribune est très difficile. Il faut retrouver le rythme, trouver les automatismes avec ses coéquipiers (il était autorisé à s’entrainer avec l’équipe mais rien ne remplace la condition match), s’adapter à une nouvelle façon de jouer, à un nouveau rôle. De plus, il faut préciser que l’Atletico Madrid est bien différent du Barça. C’est une équipe qui ne mise pas sur la possession alors que le Barça en fait sa priorité. Une équipe où l’entraineur ne demande aucun répit alors que le Barça utilise beaucoup (trop) la gestion. Vous l’aurez compris, le changement est radical, et citer toutes les différences entre les deux équipes durerait une éternité. Il suffit de voir le contenu des matchs d’Arda pour constater qu’il ne réussit pas encore à digérer ce changement de football. Le ballon est trop dans ses pieds, mais aussi beaucoup de fautes à la perte (déjà 7 cartons jaunes en une dizaine de matchs!). De plus, il ne sait pas toujours dans quelle zone aller pour participer à la construction du jeu.

Mais le staff a aussi ses torts et principalement par rapport au fait qu’il n’ait jamais pu enchainer 2 matchs au même poste. Luis Enrique balade le joueur à chaque fois : un match en relayeur droit, l’autre en ailier gauche, le suivant en relayeur gauche. Pour un joueur devant affronter toutes les difficultés citées ci-dessus, lui offrir 0 repères à un poste précis ne l’aide vraiment pas. Pire même, cela ralentit son adaptation au système de jeu catalan toujours très compliqué, même s’il a tendance à se simplifier avec le temps.

 (Photo by David Ramos/Getty Images)
(Photo by David Ramos/Getty Images)

Les observations faites plus haut ne nécessite pas un niveau d’analyse élevé, tant ce sont des évidences qui sautent aux yeux lorsqu’on s’intéresse un minimum au club ou au joueur. Mais, il y a ce mouvement qu’on appelle « Fast Foot »  qui prend de plus en plus d’ampleur. Si une recrue est chère, elle doit satisfaire dès ses premiers matchs, peu importe qu’elle ait passé 6 mois en tribunes, sans participer à la moindre rencontre. Sinon, il s’agira d’un flop. Et c’est ce qui se passe pour Arda lorsque l’on observe la majorité des avis de supporters ou d’amateurs de foot sur les réseaux sociaux, forums ou même débats entre amis autour d’un narguilé menthe-citron.
Personne ne prend en compte le contexte, le changement d’environnement et la difficulté de s’imposer au Barça. Arda est l’exemple du moment et un exemple unique via la sanction FIFA. Mais si on jette un oeil à l’historique du club, beaucoup de grands noms ont connu des débuts très difficiles : Abidal, Mascherano, Puyol pour ne citer qu’eux. Même Luis Suarez, proche de la situation d’Arda Turan, (avec sa saison commencée en octobre à cause de la morsure en Coupe du Monde) était très loin de son réel niveau jusqu’à décembre/janvier.

Mais le supporter à cette particularité de dire « blanc » un jour et « noir » le lendemain. Il retourne régulièrement sa veste, mais ce n’est pas un réel problème pour le joueur. Seulement, d’après la presse, le club pense sensiblement la même chose. Arda Turan serait placé sur la liste des transferts, jugé trop peu performant par une direction unanime. Ce qui faisait le charme et la force du club il y a quelques années, n’existera bientôt plus. Il n’y a plus de patience avec les jeunes (pour situer la chose, Sergio Busquets serait envoyé dans un club de Premier League avec option de rachat s’il était né en 95) et aujourd’hui, les recrues  sont gérées de la même manière. Sans étude du contexte, des tenants et aboutissants, le club, ses fans et les suiveurs de ce sport, considèrent le milieu turc comme un échec. Dans un monde du football classique, Arda serait véritablement jugé sur sa deuxième saison avec une préparation complète et une saison entamée en même temps que les autres. Mais ça ne semble pas être dans les plans du Barça. Que le club se rafraichisse la mémoire en pensant au nombre de grands noms et légendes du club qui n’étaient pas à la hauteur lors de leurs premières saisons, mais qui ont fini par marquer l’histoire du FC Barcelone. Bien entendu, Arda Turan n’est pas le crack du siècle et peut échouer en Catalogne pour diverses raisons. En revanche, il est trop tôt pour prendre des décisions aussi tranchées.

Le « Mes Que Un Club » adopte le Fast-Foot, et Turan risque d’en être la première victime.

  (Photo de une credit should read LLUIS GENE/AFP/Getty Images)