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C’était le dimanche 30 août dernier. Par une belle soirée de fin d’été, la bombe est lâchée et va agiter le monde du football pour de longues semaines: Manchester United vient de débourser 80 millions d’euros (passons les détails de bonus) pour s’attacher les services d’Anthony Martial. Anthony Martial? Inconnu outre-Manche, et sans doute un peu partout ailleurs. Et pour cause, moins d’une cinquantaine de matchs de Ligue 1, dont 9 seulement en tant que titulaire. Au cœur de l’agitation médiatique, le natif des Ulis change alors d’univers. De l’étiquette de discret espoir français, il passe à celle de l’une des transactions les plus importantes du club mancunien. La suite? Les vainqueurs l’écrivent, c’est donc lui qui s’en est chargé.

En proie à la pression médiatique depuis 10 jours, c’est enfin l’heure pour Anthony Martial. Samedi 12 septembre, United reçoit Liverpool et le jeune attaquant prend place sur le banc. Old Trafford et le Royaume sont impatients de découvrir, pour l’un son nouveau poulain, et pour l’autre le gosse qui valait 80 briques.
70 minutes après le coup d’envoi, les locaux mènent 2-0 quand, ça y est: Martial effectue ses grands débuts sous la tunique mancunienne. Enfin, l’Angleterre et le monde entier vont pouvoir voir à l’œuvre ce gamin de 19 ans…et s’empresser de juger si la somme investie par le club anglais est justifiée.
84ème minute, Benteke réduit l’écart et fait craindre une fin de match tendue pour les hommes de Louis van Gaal. Mais, quand la légende s’en mêle, l’Histoire s’emballe. Deux minutes plus tard, Young lance Martial dans la profondeur sur le côté gauche. Le français entame alors sa fantastique chevauchée, face à trois Scousers, il se joue de Skrtel avant de crucifier Mignolet d’un plat du pied droit qui finit sa course petit filet opposé. Le Peuple Rouge exulte, tout comme Anthony Martial. Rarement, une telle communion entre un joueur et le public mancunien fut telle. Comme si les 76 000 personnes réunies à Manchester étaient contentes, plus que pour leur club, pour ce petit gamin de 19 ans, à qui ce but permettait de faire retomber la pression et d’enfin défier les médias.

C’était écrit, et le scénario est hollywoodien. Une entrée, et un but fantastique et libérateur face à l’ennemi juré de la Mersey. « He’s not the next Thierry Henry, he’s the first Anthony Martial ! » s’exclama Martin Tyler, voix de Sky Sports d’un ton endiablé. Car c’est exactement ça. A partir d’aujourd’hui, plus personne ne se demandera qui est Anthony Martial.

Débuts victorieux pour le jeune français, qui fait souffler un vent de fraîcheur sur le Vieux Trafford, en proie au doute face aux difficultés affichées par l’équipe de Louis van Gaal. Entre percées dévastatrices, accélérations diaboliques et intelligence de jeu remarquable, Martial fait plus que se faire un nom dans la perfide Albion: de sa démarche nonchalante et son regard sûr de lui, il porte sur son dos le secteur offensif du plus grand club du pays.
Mobile, intelligent et technique, il s’impose comme le seul frisson d’un jeu de possession terriblement stérile instauré par LVG. En réalité c’est bien simple, toutes les combinaisons partent, et se finissent souvent, avec lui.

N’en jetez plus, il n’en fallut pas davantage pour que le Peuple Rouge trouve sa nouvelle coqueluche.

Tony Martial, came from France

English press said he had no chance

Drôle, n’est-ce pas, comme le football va vite? En moins de 6 mois, Anthony Martial est passé de parfait inconnu dont le transfert faisait polémique dans toute l’Angleterre, et bien au-delà, au statut de leader offensif incontestable et incontesté de Manchester United. Jugez plutôt: sur les 21 matchs disputés par les hommes de Louis van Gaal entre septembre et janvier, le français en a joué…pas moins de 20, et quasiment tous dans leur intégralité. Signe de cette confiance absolue envers le nouveau joyau mancunien ou symbole criant du manque de qualité autour de lui? La question se pose, mais qu’importe la réponse. Car elle ne change finalement pas l’évidence : à tout juste 20 bougies, Anthony Martial surnage dans un effectif à la dérive et apparaît pour les supporters comme la seule once d’espoir à laquelle se raccrocher.
Et c’est peu dire que Toto le leur rend bien. Malgré un coup de mou physique à la mi-janvier, il repart de plus belle et montre encore un peu plus l’étendue de son talent et de ses capacités athlétiques. Du statut de joueur n’ayant jamais débuté 10 matchs en une saison, il passe à celui de titulaire indiscutable, prenant part à tous les matchs tout en maintenant son niveau de performance.

Ni vraiment numéro 9 ni vraiment ailier, Martial est un hybride. Son intelligence de jeu, sa qualité technique et sa prise de profondeur en font une vraie solution de pointe offensive. Capable de se balader entre les lignes, de combiner rapidement avec ses partenaires et se retrouver en position de frappe avec une facilité déconcertante, c’est d’ailleurs à ce poste qu’il évolue durant ses débuts en Angleterre. Mais, rapidement, van Gaal voit en lui une solution pour l’aile gauche face à l’échec Memphis Depay (et face au casse-tête Wayne Rooney). La percussion et la vitesse du jeune français donnent rapidement raison au Pélican, qui met le feu sur son côté et dynamite toutes les offensives mancunienne. Idée que lui reprendra d’ailleurs Didier Deschamps (et pas l’inverse) en novembre, à l’heure des rencontres face à l’Allemagne et l’Angleterre. Même si on ne peut s’empêcher de penser que ce poste d’ailier ne saurait être plus que temporaire, à la manière d’un Thierry Henry sous Ancelotti à la Juve avant d’être définitivement replacé dans l’axe par Wenger, cette polyvalence est une corde de plus à l’arc de Toto. Finalement, son profil assez atypique -trop de QI foot pour être un tout droit et pas assez tueur pour être une pure pointe- laisse à penser que son meilleur poste se trouverait peut-être en soutien d’un poids lourd offensif.

Désormais associé à son pote Rashford, les deux s’amusent et combinent à merveille. Non content de faire frémir de plaisir la Red Army, Martial sait aussi se montrer clutch.

Wembley, 23 avril, aux alentours de 20h20. Everton et United se neutralisent un but partout dans une demi-finale de Cup qui aura tenu toutes ses promesses en terme de spectacle et d’intensité et filent tout droit vers d’interminables prolongations. Enfin, filaient, jusqu’à ce qu’Anthony Martial s’appuie sur Rashford puis Herrera avant d’ajuster Robles en ouvrant son pied. Petit filet opposé. D’une action dont il est au départ, à la construction et à la finition, Martial vient d’offrir à Manchester United sa première finale de Cup depuis 2007 -il avait alors 12 ans-. S’en suivent des scènes de liesse entre les joueurs et les supporters qui resteront à jamais gravées dans l’histoire des Red Devils. Au fond, ce n’était qu’une demie-finale de Cup, ils ne le savent que trop bien. Mais ce but de Martial, dans ce fameux Fergie Time, dans ce temple du football qu’est Wembley, fêté dans les bras des fans avait quelque chose d’expiatoire. Un de ces moments uniques et fédérateurs, qui rappellent pourquoi on aime ce foutu club, malgré la saison incroyablement éprouvante.

Fifty millions £ down the drain

As Tony Martial scores again!

Qu’elle paraît loin l’époque où Wayne Rooney, ahuri face aux rumeurs, demandait à Schneiderlin qui était ce fameux Martial. Qu’elle paraît loin l’époque où les doutes planaient sur son niveau et son potentiel. Aujourd’hui, tout n’est que certitudes pour un Anthony Martial, déjà auteur de 17 buts pour sa première saison avec le club de Manchester. Finalement, au-delà des chiffres, son plus grand exploit est peut-être là: avoir redonner du baume au coeur de tout un peuple, et même plus encore.

L’avenir lui appartient. A la lumière du ciel septentrional, voici le Prince Martial, le Magnifique.