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L’Allemagne n’a pas été avare en talents ces dernières années. Avec les Mesut Özil, Toni Kroos ou autres Mario Götze, la génération dorée de la Nationalmannschaft est allée chercher le titre mondial sur la pelouse du Maracaña en juillet 2014. À l’aube de cet Euro français, de nouveaux talents ont rejoint les rangs de la sélection allemande. Parmi eux, l’un se démarque par sa fougue, sa personnalité et ses qualités de leader. Gros plan sur Emre Can.

(PAUL ELLIS/AFP/Getty Images)
(PAUL ELLIS/AFP/Getty Images)

 

Si l’Allemagne a réussi à se sacrer championne du monde en 2014, c’est avant tout grâce une réforme du football allemand et de sa formation entamée au lendemain d’un Euro 2004 catastrophique. Une réforme qui a fait la part belle à un profil de joueurs intelligents tactiquement et surtout très doués techniquement. Finie l’époque où le footballeur allemand était une machine physique et mentale qui arrachait ses victoires au combat en même temps que les dents ou les mollets de ses adversaires. Finie l’époque des Effenberg ou Ballack qui imposaient plus par leur présence que par des qualités footballistiques pourtant bel et bien développées.

Avec Emre Can, l’Allemagne semble maintenant retrouver ce type de joueur qu’on croyait avoir perdu outre-Rhin. Souvent comparé à ce même Ballack ou à Schweinsteiger, le milieu de Liverpool passé entre autres par le Bayern Munich et par Leverkusen est de cette race de leaders naturels qui n’ont pas besoin de briller ballon au pied pour marquer les esprits. Et pourtant, Emre Can dispose de toute la palette technique indispensable à un milieu de terrain de haut niveau. Jeu court, jeu long, conduite de balle assurée, frappe lourde des deux pieds, Emre Can est un milieu de terrain des plus complets, pour le plus grand bonheur de Jürgen Klopp et de Joachim Löw. A cela s’ajoutent un physique impressionnant et un dynamisme qui font de lui une force inarrêtable sur les pelouses de Premier League. Mais à l’image d’un Ballack, le jeune Allemand d’origine turque a aussi l’ambition d’être un meneur. Une ambition qu’il a assumée jusqu’au bout en tant que capitaine des espoirs allemands, prenant la responsabilité de la lourde défaite face au Portugal lors du dernier Euro U21.

Cette mentalité couplée aux qualités footballistiques du bonhomme ont poussé le sélectionneur allemand a l’intégrer rapidement dans le groupe des A et à lui confier un rôle des plus compliqués. En effet, le match du sacre de l’Allemagne à Rio était également le dernier match d’un certain Philipp Lahm, bandiera du Bayern, capitaine de la Nationalmannschaft et sans aucun doute un des meilleurs latéraux de l’Histoire de ce sport. Nul besoin de préciser que sa retraite internationale a laissé un grand vide pour l’équipe d’Allemagne, d’autant plus que la relève à ce poste en particulier est loin d’être brillante. La polyvalence d’Emre Can a fait qu’il s’est vu donner une l’opportunité de se faire une place dans le 11 de départ de Joachim Löw plus tôt que prévu. Capable d’évoluer en défense centrale ou même en latéral gauche comme il l’a démontré par moments en Bundesliga, il aura toutefois éprouvé de grandes difficultés lors de ses premières sorties avec la Mannschaft. Plus vraiment habitué au rôle de latéral depuis son départ pour l’Angleterre, il  devrait malgré tout se voir confier la lourde responsabilité de verrouiller le couloir droit allemand lors de l’Euro.

(Photo by Lars Baron/Bongarts/Getty Images)
(Photo by Lars Baron/Bongarts/Getty Images)

Mais l’avenir d’Emre Can est certainement ailleurs. Grâce à son profil alliant à la perfection qualités techniques et puissance, il semble être un candidat sérieux à la succession de Schweinsteiger ou plus tard de Khedira dans l’entrejeu allemand. La concurrence sera rude ceci-dit. Car si l’Allemagne a récemment de sérieux problèmes à former de jeunes latéraux de haut niveau, c’est une toute autre histoire en ce qui concerne les milieux de terrain. Certains de ses concurrents (Julian Weigl et Joshua Kimmich) ont d’ailleurs déjà rejoint Emre Can au sein de la sélection A. Mais le joueur de Liverpool a tout de même de l’avance comparé aux jeunes talents qui montent, et aura coeur à prouver dès cet été que le sélectionneur peut compter sur lui. Après tout, tout va très vite dans la carrière d’Emre Can. Il n’a perdu de temps ni à Munich ni à Leverkusen et s’est imposé à Liverpool en un temps record. Il est donc fort à parier que ce passage en défense ne sera qu’un intérim pour l’ambitieux jeune joueur, qui pourrait bien redonner le sourire aux admirateurs de Michael Ballack et des valeurs traditionnelles du football allemand.

(Photo by Stu Forster/Getty Images)