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« Le mektoub », c’était écrit, c’est bien ce que ses parents se disent depuis tellement de temps. C’est l’histoire d’un homme prédestiné à la réussite. Mélangeant humilité et élégance, il marqua une époque grâce à l’art qui découlait de son football. Son dernier match en tant que joueur aurait pu être l’apothéose de sa carrière, ce sera finalement celui qui nous rappellera que même nos plus grandes légendes ont leurs faiblesses. Dix ans après, il revient, en tant que coach cette fois-ci. Et pour sa première expérience en tant qu’entraîneur dans un club professionnel, il a certainement choisi le plus difficile. Le plus attirant certes, mais le plus risqué. Un club où pression ne rime pas avec compassion, où le perfectionnisme ne fait pas dans le sentimental. Une équipe où l’échec n’est pas toléré. Une institution irrationnelle en somme et c’est certainement ce qui en fait son plus grand charme. Un club qui a toujours eu une relation intime avec la Ligue des Champions, et c’est pour elle qu’il a un amour fou, frôlant l’obsession. C’est celle qui lui a fait vivre ses plus belles soirées dans son immense histoire. Au début, ce type a signé dans ce club pour enfin soulever la coupe aux grandes oreilles qui lui manquait tant dans son palmarès, fuis-moi je te suis. Il l’a eu et de quelle manière ! Les commentateurs espagnols n’auront d’ailleurs que des mots doux pour sa tendre mère. Quatorze années plus tard, le contexte a changé mais l’histoire est toujours aussi émouvante : viva la madre que te parió Zinédine.

Faire l’unanimité dans le vestiaire, sa première victoire

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Contemporain autant qu’intemporel

Toute la beauté du football réside dans la volatilité de sa vérité. En effet, ce qui était vrai en Octobre ne le sera pas forcément en Mai car la roue tourne très rapidement dans ce sport. Comment pouvait-on penser que le Real Madrid allait gagner la Ligue des Champions lorsqu’on se remémore le visage proposé lors des six premiers mois de la saison? Le Real n’empruntait pas la bonne route sous Rafa Benitez. Une réelle catastrophe sur et en dehors du terrain. Pour rattraper sa grossière erreur, Florentino Perez a appelé à la rescousse un homme qu’il a toujours rêvé de mettre sur le banc de son équipe. À l’époque, il lui avait transmis un bout de papier pour lui demander s’il souhaitait devenir un Galactique. La réponse fut évidemment positive. Une dizaine d’années plus tard, le président espagnol engage celui qui lui a fait gagner la Novena mais qui n’a absolument aucune expérience en tant que coach d’une équipe professionnelle. Et quelle équipe. Entraîner le Real Madrid est un cadeau empoisonné tant la pression est inhérente mais cela ne se refuse pas. Pour l’amour du risque, la singularité de son univers, l’espoir du possible triomphe, il est bien trop dur de dire non à ses rêves, à la ilusión. Depuis sa création, le Real fait rêver grâce à son histoire et tout ce qu’il dégage. Ce n’est plus la raison qui parle quand Madrid toque à notre porte, mais le cœur. Le rêve devient réalité, en revanche, même les plus beaux rêves peuvent se transformer en cauchemars. Et de nombreux entraîneurs se sont cassés les dents…

De par tout son charisme et son aura, Zinédine Zidane inspire un respect naturel. Il a calmé le début d’incendie à Madrid. À vrai dire, ses premières forces lors de son arrivée ont surtout été médiatiques. Sa venue a fait pousser à tout le monde un ouf de soulagement et l’air respiré à Madrid a tout de suite été plus sain. Car là fut le réel enjeu de Zizou : remobiliser son vestiaire. Il fallait impérativement convaincre ses joueurs, les rassembler pour arriver à ses fins. Le vestiaire devait retrouver son collectif et les grandes individualités ne pas oublier le réel objectif : former un vrai groupe. Avec une politique sportive si peu stable, il est très difficile de former un vrai collectif et de dégager une réelle identité de jeu. C’est tout ce que Zidane essaie de faire, avec plus ou moins de succès.

« Zidane a cette relation privilégiée avec chacun des joueurs. Il est très naturel. On a envie de tout donner pour lui. Ça a été un grand joueur, une idole pour beaucoup d’entre nous, et je crois qu’il a un futur brillant comme entraîneur ». Marcelo

Sa première et principale force reste sa relation avec ses joueurs. Cela nous rappelle l’importance que Carlo Ancelotti donne à ses joueurs et le technicien italien lui a bien évidemment conseillé de garder ses joueurs heureux. Ces derniers se sont toujours battus pour lui et les victoires lui ont toujours été dédiées. Ils estiment qu’il est un membre important de leur redressement et donc de leur réussite en cette fin de saison. En même temps, c’est beaucoup plus simple de se faire entendre quand on s’appelle Zinédine Zidane. Mais cette admiration ne dure qu’un temps. C’est un respect qui arrive naturellement dès sa nomination, créant un réel engouement. Mais c’est parce qu’il a su marquer toute une époque. En revanche, cet enthousiasme n’est en aucun cas un facteur de réussite sur le long-terme. Sinon de grands joueurs deviendront de grands entraîneurs, or c’est très loin d’être le cas. L’admiration est très vite remplacée par l’espoir et l’attente de résultats.

« Zidane a fait un excellent travail et je veux qu’il continue avec nous l’année prochaine. C’est une personne humble, qui aime et écoute ses joueurs. Je l’admire en tant que coach et en tant qu’homme. » Cristiano Ronaldo

Une montée en puissance

Le Real de l’ancien Bleu a très vite accumulé beaucoup de retard en Liga à cause de matchs nuls assez bêtes face à des équipes modestes. Une belle preuve de toute l’irrégularité madrilène en fait. Capable de mettre de grands scores à la maison, le Real Madrid balbutie son football loin de ses terres. « La Liga est perdue » affirmait ZZ après une défaite lors du derby madrilène. On ne voyait pas comment les merengues pouvaient revenir sachant que le FC Barcelone arrachait tout sur son passage. Pendant ce temps-là, Zizou apprend de ses erreurs et travaille.

Son autre grand mérite est d’apprendre de ses fautes. En tant que coach débutant, il a fait des erreurs. Comme il en a fait en tant que joueur. Comme on en fait en tant qu’homme. La titularisation de Carlos Casemiro jusqu’à la fin de la saison était primordial dans l’obtention de la Undécima. Ce joueur, pourtant loin de la délicatesse du football espagnol, fait un bien fou. Ce n’est pas le plus raffiné, mais assurément le plus efficace. Dans un Real aussi déséquilibré, la présence du roc brésilien soulage les artistes au milieu. Madrid devait revenir à ses fondamentaux : retrouver son équilibre. Chose faite. Mais il serait réducteur d’estimer que la seule présence de Casemiro résout tous les problèmes. C’est un tout : une amélioration dans la solidité défensive, dans la transition (notamment dans le pressing) et dans le collectif.

« Si nous voulons espérer quelque chose, nous devons mieux jouer. En jouant de cette manière, nous n’irons nulle part. On a perdu une quantité de ballons hallucinante. C’est très préoccupant. » Zinédine Zidane après une victoire à l’arrachée (1-2) contre Las Palmas

La victoire au Camp Nou : le tournant de la saison

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À Barcelone intervient le tournant de la saison des merengues. Touché dans son ego, le Real retrouve sa plus grande force : son orgueil. En plus de sa fierté, les madridistas se montrent enfin solidaires. En gagnant au Camp Nou, non seulement Madrid a remis le doute à ses adversaires catalans mais s’est donné une nouvelle chance dans une saison où l’espoir s’est rapidement éteint. La victoire finale en C1 paraissait si idyllique, mais le Real a une relation si particulière avec la LdC, qu’il y croira hasta el final. Elle le lui a si bien rendu dans son histoire, ce n’est pas près de s’arrêter.

Le Real Madrid progresse mais il est encore loin des favoris de la compétition. Ne soyons pas dupes : le club madridista a eu énormément de chance dans le tirage au sort de la C1. En jouant des adversaires moins huppés (AS Roma, Wolfsburg et Manchester City), le Real a pu monter en puissance et se rassurer au fil des semaines. Nul doute qu’en rencontrant les favoris de la compétition assez tôt dans la compétition, le rêve aurait pu prendre fin brutalement. Mais c’est aussi le charme de la C1 et le facteur chance existe.

Le Real de Zidane est bien plus solidaire et bien plus sûr de lui, tant techniquement que défensivement. La présence de Casemiro a fait beaucoup de bien et cela se ressent dans les statistiques : le Real Madrid encaisse beaucoup moins de buts. On voit enfin ce qui ressemble à une véritable équipe, c’est à dire un groupe qui sait défendre ensemble et être discipliné. Finalement, le Barça remportera le championnat après s’être fait extrêmement peur. Quant à la saison des deux équipes madrilènes elle se jouera à San Siro.

« Footballeur, j’aimais jouer. Entraîneur, je veux que mon équipe joue au ballon. Que ça parte de derrière, avec un gardien qui relance par un jeu court, au pied. Je veux la possession et un jeu basé sur des passes rapides, à deux ou trois touches. L’idée est d’arriver très vite devant le but adverse ». Zinédine Zidane

Ancré dans l’Histoire

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« Il va falloir courir, courir, courir… » déclarait le mythique numéro 5 madrilène. Et les joueurs l’ont écouté. Le Real a livré une première demi-heure de haute qualité, preuve de toute sa progression et de son travail. En confiance avec le ballon, les merengues se sont aussi montrés au-dessus dans l’aspect physique. Les hommes de Zizou ont maîtrisé leur sujet avant de reculer, reculer… et reculer. Le retour aux vestiaires de l’équipe de Zidane sera très compliqué. Tout d’abord à cause d’un penalty (raté par Antoine Griezmann), la blessure de Dani Carvajal (donc l’entrée de Danilo…) et de multiples occasions pour les colchoneros.  Le Real plie mais ne lâche pas. Le football est si particulier que le R.Madrid concèdera le but de l’égalisation après de multiples occasions.

« J’ai rêvé de ce titre quand je suis arrivé, je suis très heureux. Carlo Ancelotti me l’avait souhaité en 2014 en tant qu’entraîneur numéro un, c’est énorme. J’ai une équipe phénoménale, avec des joueurs de grand talent et nous avons pu accomplir une grande chose comme celle-là. Je suis si fier de faire partie de cette grande maison. C’est le club de ma vie, qui m’a fait grand ». Zinédine Zidane après la onzième victoire en C1 au micro de beIN SPORTS

En faisant ses trois changements aussi tôt, Zidane a fait preuve d’inexpérience. Il n’a pas pensé à la fatigue de ses joueurs ayant terminé le match en puisant leurs dernières forces. Après l’égalisation de Yannick Fereira Carrasco, on pensait que l’histoire se répétait dans le sens inverse. En étant plus frais physiquement et en ayant l’ascendant psychologique, les joueurs de Diego Simeone se sont enfin sentis vivre dans le match alors que les blancs étaient au bord du gouffre.

Finalement, interviennent deux tournants en fin de match. Le premier est la blessure de Koke qui a permis aux joueurs de Zizou de retrouver quelques forces. Le Real finit bien mieux offensivement mais il est contraint à s’arracher (Danilo sur Antoine Griezmann) et à jouer avec le feu (Sergio Ramos sur Yannick Ferreira Carrasco). Le second tournant intervient quand Sergio Ramos gagne le toss et que les deux équipes tireront les tirs au but devant les supporters madridistas. On entend le public du Real chanter et motiver ses joueurs. Les cinq joueurs merengues marqueront leur penalty et finiront par glaner une onzième C1 inespérée dans une soirée folle. C’est aussi pour cela que l’Histoire est si belle et que cette victoire a une saveur particulière. Zidane s’est trompé, le Real n’a pas été injouable durant toute sa campagne européenne, mais ramènera quand même la Undécima dans un match épique. Une grande part de réussite, certes. Mais pas que. Ce trophée est le fruit du travail (mental, défensif et physique principalement) fait par Zizou et la belle relation qu’il entretient avec ses hommes. C’est aussi pour ça que l’on aime tant le football et qu’on admire autant Zinédine Zidane. Il continue à nous offrir ce petit quelque chose qui nous fait tant vibrer et rêver. Toute la timidité de l’homme cohabitant parfaitement avec tout le charisme du champion, rendant cet homme attachant.

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Néanmoins, le plus difficile arrive pour Zizou : l’heure de la confirmation. Tout n’a pas été parfait depuis sa prise de fonction, notamment dans l’aspect tactique lorsque son équipe a montré des faiblesses peu compréhensibles. Mais elle a progressé et s’est mobilisée ensemble. Zidane l’a améliorée mentalement, physiquement, défensivement et il a corrigé des détails offensivement en donnant plus de liberté à ses attaquants. Néanmoins, Zidane est encore un entraîneur débutant et il est très important de ne pas s’enflammer. Il va devoir confirmer et le fait qu’il d’avoir une vraie pré-saison sera très intéressant. On n’attendait absolument pas une victoire finale en C1 et au vu de toutes les épreuves endurées cette saison, ce n’est que du bonus. On l’attendra au tournant, comme toujours en fait. Connaissant le leader qu’il est, le fait d’avoir les regards sur lui n’est pas une chose qui l’effraie. L’homme qu’il est en est quelque peu gêné, la légende en est galvanisée.

« Tant pis, on n’est pas nés sous la même étoile » s’insurgeait un rappeur marseillais avec fatalité. Ce qui est sûr, c’est que celle de Zinédine Zidane brille quelque soit la situation. Elle continuera à briller, quelles que soient les circonstances, peu importe les difficultés et les obstacles que l’avenir lui réservera. Sa bonne étoile brillera parce qu’il l’a provoquée. Grâce à un talent inné, un amour du ballon rond et beaucoup de travail. En tant que joueur comme en tant qu’entraîneur, Zizou n’a jamais cru au hasard. Son succès n’est pas un coup du sort, c’est le fruit du travail et du talent. Une affaire personnelle, une relation amoureuse entre le football et lui, un rendez-vous avec l’Histoire. Il existe un proverbe qui dit que la chance sourit aux audacieux, en effet. La chance résulte d’une prise de risques, de courage, d’envie. Tout champion provoque la chance, elle ne vient pas miraculeusement. C’est comme ça que le Real Madrid a pu glaner deux Ligues des Champions en trois saisons et c’est comme ça que Zidane a remporté sa première en tant que coach. Un vainqueur a toujours sa part de réussite, c’est aussi ce qui embellit son triomphe. Zidane échouera, comme il a échoué en tant que joueur car un homme qui assure n’avoir jamais perdu n’est rien d’autre qu’un menteur, ou un homme qui n’a jamais pris de risques. Il existe des hommes qui rentrent dans la légende et qui sont nés pour briller, le gamin de la Castellane en fait partie. Zizou, c’est l’histoire d’un homme qui nous a montré comment il a combattu ses peurs et les nôtres aussi. L’histoire d’un homme contemporain autant qu’intemporel ravivant une flamme, qui malgré le temps, ne s’est jamais réellement éteinte. Sa bonne étoile, quant à elle, continuera inlassablement de briller, de nous aveugler par l’éclat de sa splendeur, de faire rêver l’enfant qui sommeille en nous tous, pour notre plus grand bonheur, car c’est son destin.

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