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L’Euro approche et la France s’apprête à vivre l’une des compétitions les plus importantes de son histoire en accueillant 24 nations qui vont lutter pour obtenir le Graal. Les matchs vont se dérouler aux quatre coins du pays, et justement si vous avez eu la chance d’obtenir des places, il est peut-être nécessaire de connaître les sélections qui vont s’affronter sous vos yeux. Le groupe D, l’un des plus relevés, se compose de l’Espagne, de la République Tchèque, de la Turquie, et de la Croatie. Justement, attardons-nous sur cette dernière qui peut-être considérée comme un vrai outsider à l’image de la Pologne ou de l’Autriche.

Avant de présenter les hommes que l’on va pouvoir observer cet été il faut se pencher sur l’histoire de ce pays des Balkans à l’Euro. Indépendante depuis 1991 et officiellement reconnue à l’international en 1992, tout cela après que la Yougoslavie ait été disloquée, la Croatie a depuis su faire sa place au sein des habitués de la compétition puisqu’elle s’apprête à participer à sa 5ème édition sur les 6 dernières. La sélection a uniquement été absente en 2000, l’année où un certain David faisait chavirer la France.

UNITED KINGDOM - JUNE 23: EURO 1996 GER - CRO 2:1 Manchester; Davor SUKER und Nikola JERKAN - KROATIEN (Photo by Lutz Bongarts/Bongarts/Getty Images)

Toutefois quatre ans auparavant, en 1996, une génération dorée dirigée par Miroslav Blazevic et amenée par leur meilleur buteur Devor Suker (45 pions en 69 apparitions), Zvonimir Boban et autres Slaven Bilic se hissait en quart de finale pour la première fois de sa jeune histoire. Malheureusement l’aventure s’arrête face à l’Allemagne de Jurgen Klinsmann, future championne d’Europe, mais ce parcours marque l’histoire de la sélection. Qui plus est, deux ans plus tard en France, ils terminent la Coupe du Monde à la troisième place. Après avoir explosé la Mannschaft avec un violent 3-0 en quart de finale, ils chutent en demi-finale contre la France mais ce parcous prouve le talent de cette équipe. L’épopée de 1998 est perçue comme l’apogée de la jeune histoire de cette équipe formée il y a moins de 10 ans pourtant, de plus elle a permis au pays de s’unifier puisque ceci a été vecteur de cohésion pour cette nation encore instable à l’époque malgré les accords de Dayton signés en 1995. De ce fait, le sport et la politique ont une nouvelle fois fusionner afin de toucher une plus grande part de la population qui a soutenu son pays d’une seule voix.

Les Croates rééditent cette performance en 2008 en réalisant un parcours haut en couleur d’abord pendant les qualifications puis lors de la compétition entre l’Autriche et la Suisse et ce malgré l’absence de leur avant centre, Eduardo qui s’était blessé entre temps. Les hommes de Slaven Bilic s’étaient cette fois déplacés avec Luka Modric, Niko Kovac, Ivica Olic ainsi que Darijo Srna qui est le joueur le plus capé à ce jour. Une nouvelle fois, ils arrivent jusqu’en quart de finale après être sortis de leur poule à la première place devant l’Allemagne. Mais le scénario de cette rencontre est cruel puisque la Turquie égalise dans le temps additionnel des prolongations ce qui force une séance de tirs au but. Cette dernière tourne au cauchemar avec un 3-1 pour les Turcs, ces derniers compostant donc leur billet pour une demi-finale contre les Allemands. La sélection qui avait jusque là réalisé un sans faute a vu son aventure s’arrêter brutalement alors qu’elle avait concédé seulement 2 buts jusque là et perdu aucun match. Malgré cela, ces deux compétitions restent des références pour la Croatie sur la scène européenne puisqu’elle n’a jamais pu faire mieux jusque là.

VIENNA, AUSTRIA - JUNE 20: Mladen Petric of Croatia shoots and Rustu Recber of Turkey makes the save in the penalty shoot out to win the UEFA EURO 2008 Quarter Final match between Croatia and Turkey at Ernst Happel Stadion on June 20, 2008 in Vienna, Austria. (Photo by Andreas Rentz/Bongarts/Getty Images)

Aujourd’hui, avec l’Euro 2016 qui approche très rapidement, la sélection croate arrive encore avec ce statut d’outsider, d’une équipe qui pourra être la belle surprise de l’été. Pourtant ceci ne semble être qu’une façade au vu des troubles en interne et de sa campagne de qualification qui n’a pas été un long fleuve tranquille dans ce groupe H composé de l’Italie, de la Norvège, de la Bulgarie, de l’Azerbaïdjan et de Malte.

Ce parcours tumultueux a d’ailleurs poussé vers la sortie Niko Kovac qui était déjà lui-même le successeur de Igor Stimac, arrivé après le départ de Slaven Bilic en direction du Lokomotiv Moscou. Le sélectionneur et ancien capitaine de la sélection a été remplacé après avoir réalisé un mondial en demi-teinte en sortant dès les phases de groupe, mais surtout suite à un match nul face aux Azeris puis une défaite en Norvège. Ces deux matches ont précipité la chute de l’ancien joueur. C’est Ante Cacic , extrêmement contesté (excepté par la fédération croate fortement politisée), au vu de son parcours peu brillant et de ses divers échecs en club. Sa nomination a provoqué des vagues de mécontentement dans le pays pour ces raisons, il ne semble pas disposé à répondre aux attentes qui gravitent autour du groupe croate. Son management douteux lors de son passage au Dinamo Zagreb par exemple appui d’ailleurs cela.

Cette nomination a contribué à déchirer les liens tissés pendant les années 90 entre le peuple et les hautes instances du football croate. Une véritable fracture s’est crée puisque les supporters ne se reconnaissent plus dans ce sport pourtant si précieux lorsque le pays a acquit son indépendance. La sélection croate semble avoir perdu ce pouvoir lui permettant de former une passerelle entre les décideurs et les citoyens. Ces liens fragiles avaient déjà été au bord de la rupture lorsque Devor Suker est devenu président de la HNS le propulsant d’idole à ennemi du pays. Néanmoins les problèmes à la fédération ne sont pas les seuls à parasiter la préparation à l’Euro. En dehors du terrain le racisme de certains supporters et de haut-placés du football croate provoque également des remous. L’une des dernières manifestations de ces actes reste la fameuse croix gammée dessinée sur la pelouse lors d’un Croatie/Italie à Split tenu à huis-clos après des incidents en Italie a été le point d’orgue de ce phénomène lattant. L’UEFA, obligé de réagir, a retiré un point aux croates en les faisant passer de 14 à 13 points. Malheureusement ce n’est pas la seule dérive pour laquelle ils sont connus mais ceci n’est pas le sujet.

En outre, revenons rapidement sur le parcours et la qualification pour la compétition à venir. La Croatie de Kovac a, pendant un moment, fait la course en tête du groupe en enchaînant les succès face à la Norvège, la Bulgarie etc. Puis, comme mentionné plus haut, deux matchs ont suffit à la fédération pour pousser le sélectionneur dehors alors ce que la qualification était plutôt en bonne voie. Avec l’arrivée de Cacic, le chemin de la victoire a été retrouvé ce qui a été suffisant pour finir second du groupe avec 20 points. Ivan Perisic a fini meilleur buteur avec 6 réalisations des 20 marquées au total (et seulement une pour Super Mario…) contre 5 buts encaissés mais cela n’a pas suffi à dépasser la Squadra Azzurra, invaincue et première avec 24 points. Au final, rien de flamboyant, mais rien de dramatique non plus et ce malgré les changements peu négligeables en cours de route. Pourtant, les interrogations subsistent à l’approche de l’échéance.

+++ during the International Friendly match between Hungary and Croatia at Groupama Arena on March 26, 2016 in Budapest, Hungary.

Ces interrogations ne sont pas sur le groupe de 23 qui est connu et relativement impressionnant notamment au milieu :

Gardiens : Danijel Subasic, Lvre Kalinic, Ivan Vargic

Défenseurs : Darijo Srna, Sime Vrsaljko, Vedran Corluka, Domagoj Vida, Tin Jedvaj, Godon Schildenfeld, Ivan Strinc

Milieux : Luka Modric, Ivan Rakitic, Marcelo Brozovic, Mateo Kovacic, Milan Badelj, Ante Coric, Marko Rog, Ivan Perisic

Attaquants : Marko Pjaca, Mario Mandzukic, Nikola Kalinic, Andrej Kramaric, Duje Cop

Un nom manque et cela est plutôt étonnant à prime abord, car oui Dejan Lovren va bel et bien regarder la compétition de chez lui (en compagnie d’Alen Halilovic). Non pas à cause d’une blessure mais uniquement à cause de ses relations désastreuses avec le sélectionneur envers lequel il est très critique puisqu’il ne comprend pas ses choix, comme d’autres, et il a été le seul à oser le dire après un match amical très fade face à la Hongrie. Après une altercation avec son sélectionneur alors ce dernier a dit qu’il refusait de participer à l’Euro Donc au final cette absence est normal. Mais ceci prouve une nouvelle fois qu’Ante Cacic est loin de faire l’unanimité tant sur le plan sportif qu’humain. Qui plus est, malgré un effectif plutôt complet ce dernier semble toujours incapable de mettre en place un véritable 11 fait pour évoluer sur la durée… même en étant à son poste depuis 9 mois maintenant. Les équipes incohérentes se suivent mais sans se ressembler ce qui empêche forcément la création d’automatismes.

Le talent présent au milieu avec des génies du ballon doit normalement aider à combler ces déficits tactiques, mais ce n’est pas une certitude. Le fait d’avoir au sein de son effectif des Modric ou Rakitic ne suffira certainement pas à donner un équilibre total à cette équipe, malgré l’importance qu’ils ont dans leur club respectif. En revanche ils peuvent tant bien que mal dissimuler les faiblesses de la défense friable, mais sans vrai milieu défensif digne de ce nom la tâche ne sera pas aisée. Ces noms ronflants qui font le bonheur du Real et de Barcelone n’auront donc pas la solution à tout les maux de l’équipe. Sans parler du secteur offensif qui a souvent du mal à être efficace dans le dernier geste, que ce soit pour l’attaquant turinois ou florentin. Par ailleurs, les jeunes éléments du groupe tel que Vrsaljko, Jedvav ou Kovacic, pour ne citer qu’eux, permettent de mettre en lumière une nouvelle génération encore très prometteuse qui devrait s’installer d’ici peu.

Vous l’aurez donc compris, malgré ce groupe de qualité avec ses noms attrayants, les incertitudes planent sur les capacités de l’équipe à marquer la compétition de son empreinte avec un sélectionneur qui a déjà prouvé par le passé qu’il n’avait pas les armes pour lutter au haut niveau. Dans un groupe relevé, il faudra faire ses preuves afin de se hisser au moins au même niveau qu’en 1996 et 2008 mais ceci est envisageable et surtout possible. Le capitaine Darijo Srna, joueur le plus capé et meilleur buteur qui participe à sa dernière compétition internationale a d’ailleurs récemment clamé dans une interview que cette génération était la plus talentueuse de toute et qu’elle était capable de faire mieux que la génération dorée. Toutefois il contrebalance ses propos en rajoutant que cela « doit être prouvé sur le terrain ».

Le coach de cette fameuse génération y est lui aussi allé de son pronostic en disant carrément que « La Croatie va gagner l’Euro 2016 » lors d’une émission. Les ambitions sont donc clairement affichées aux yeux de tous et ce malgré les tentions en interne ou le désintérêt grandissant de la population. De notre côté, le pronostic tend vers un parcours au moins jusqu’en quart de finale une nouvelle fois sauf si la défense décide de céder avant, empêchant ainsi cette équipe de montrer de quoi elle est vraiment capable. La Croatie se déplace toutefois avec cette image d’une équipe capable de jouer les troubles fêtes et nous espérons de tout cœur qu’elle va y parvenir.

Photos : Andreas Rentz & Lutz Bongarts