8

Après des débuts dans l’anonymat en France, parti de l’autre côté des Alpes sur la pointe des pieds avant de s’y faire un nom et de devenir l’une des coqueluches de Serie A, Cyril Théreau a vraiment vécu une carrière unique. Il a accepté de se confier à Ultimo Diez pour parler Italie, Angers, Roumanie et club de coeur. Merci encore pour avoir accepté notre invitation !

Ultimo Diez : Cyril Théreau, tu as joué à Angers, Charleroi, Udinese… t’es amoureux du noir et du blanc? La prochaine étape c’est la Juventus?

Ce serait bien ça ! J’avais jamais fais attention, ça a commencé avec Angers et disons que ça m’a plus ou moins suivi…

U10: On ne te connait pas tellement en France, tu te décris comment en tant que joueur et homme?

Je me vois comme un second attaquant. Un attaquant mobile, toujours en mouvement. Malgré que je sois assez grand et costaud (du haut de ses 1m89, ndlr), je ne suis pas bon de la tête, vraiment pas même… J’ai déjà joué en tant que 9 dans ma carrière mais c’est pas dans cette position que je me sens le mieux. Je suis mieux derrière le 9.

En tant qu’homme, plutôt quelqu’un d’introverti. Avec l’âge et naturellement, je l’étais de moins en moins. Que ce soit dans un vestiaire ou dans la vie de tous les jours, j’ai gagné en confiance. Avec mon âge et mon expérience, je me devais de prendre la parole dans le vestiaire quand il fallait la prendre. Je ne dirais pas que je suis devenu un leader parce que c’est faux mais j’ai gagné en assurance au fil du temps.

U10: Tu as joué un petit moment à Angers, as-tu suivi le retour en L1 avec attention ou de manière assez détachée?

(Il coupe) Ah non, j’ai suivi avec attention ! J’ai fait un an et demi à Angers, c’était mon premier club professionnel en Ligue 2 donc ça marque. Franchement, ça fait plaisir pour le club et la ville d’avoir le privilège de jouer en Ligue 1 parce qu’il le mérite. C’est un club très bien structuré avec de bonnes infrastructures… ça me rappelle des souvenirs tout ça ! Niveau football, c’est une première année impressionnante, il n’y avait aucun joueur forcement connu avant le début de saison, quand tu regardes de près. Le soucis risque d’être la saison prochaine, il n’y a pas énormément d’argent au club et il va y avoir des départs à gérer, ça risque d’être compliqué pour eux.

U10: Tu as eu la chance de barouder dans ta carrière, tu retiens quoi de tes passages en Roumanie, Belgique ou Italie?

Ça m’a énormément aidé. J’ai un regret dans ma carrière, après ma saison réussie au Steaua, j’aurais dû aller dans un grand championnat. Au final, je vais à Anderlecht et ça ne se passe pas très bien. Mon but était réussir à Anderlecht et pourquoi pas signer dans un grand championnat dans la foulée. Si j’avais signé dans un championnat de plus grande envergure, j’aurais progressé plus vite, c’est un petit regret.

U10: À Anderlecht qui est le plus grand club de Belgique, voire même le plus grand club dans lequel tu ais joué, ça ne se passe pas très bien comme tu l’as souligné, tu as retenu quoi de cette expérience?

(Il coupe) Il y a le Steaua Bucarest aussi. Il faut savoir que l’impact du Steaua en Roumanie est plus fort que celui d’Anderlecht en Belgique tellement le club est puissant. On va dire deux grands clubs. Sur le moment, je l’ai mal vécu mais ça m’a servi pour le reste de ma carrière. Au Chievo par exemple, les 6 premiers mois c’était très compliqué. J’envisageais même de partir mais mon agent me dit de m’accrocher, et au final, ça s’est bien fini. Pour revenir à Anderlecht, j’avais l’impression que ça allait trop vite pour moi. En Roumanie, tout se passait très bien j’avais la confiance de tous et là… je me rate. J’avais raté le coche, clairement, et s’en suit une perte de confiance, c’était dur à vivre.

thereauuu

U10: C’est ta 6ème saison en Italie et tu n’as toujours pas joué pour la France. Si demain tu reçois un coup de fil de Ventura qui veut te sélectionner, tu fais quoi?

En Italie, plusieurs fois on m’a demandé de me naturaliser pour être éligible en sélection nationale, en rigolant. La chose qui est bien avec l’Italie, c’est qu’on regarde la forme du moment. Pavoletti du Genoa, c’est sa première saison en Serie A et pourtant Conte l’a pris dans son groupe élargi. T’as d’autres cas, comme Scheletto qui en plus d’être pris sur la forme du moment, c’est un Oriundo. En France, on reste bloqué sur plusieurs points qui font que pour un joueur comme moi, c’est plus compliqué. Les portes sont fermées, je pense si j’étais en Ligue 1 ou bien en Angleterre, j’aurais eu plus de chance d’être potentiellement sélectionnable. Après je l’accepte totalement ! Sinon on ne sait jamais dans le football, ça peut aller très vite.

U10: En Italie, on regarde la performance comme tu l’as souligné avant tout. Toni, Buffon, Totti ont presque la quarantaine, c’est quoi le secret?

(Il réfléchit) Là on parle de grand joueurs, de phénomènes, tu peux rajouter mon capitaine Di Natale aussi ! Ils n’ont pas besoin d’énormément courir pour être décisifs. T’as plein d’exemples dans le genre en Italie ! Le secret, c’est que les mecs font des préparations de qualité, leurs mentalités est au top. Ici, les joueurs d’expérience ont la confiance des dirigeants, on te prolonge si t’es bon sur le terrain. J’étais dans ce cas, en fin de contrat à l’Udinese et on m’a prolongé parce que j’étais bon sur le terrain. Je sais qu’en France, on fait moins confiance aux joueurs d’expérience. Je ne sais pas d’où cela provient, peut être que les jeunes poussent derrière et on veut leur faire de la place, mais c’est étrange.

U10: Tactiquement, à quoi ça ressemble les entrainements en Italie? T’as connu des coachs pas forcément connus mais très réputés. Tu retiens quoi de toutes ces années?

Physiquement, c’est vraiment dur. T’as une intensité énorme pendant les entrainements, c’est fou ! J’ai galéré à mon arrivée, mais aussi parce qu’il y avait la barrière de la langue. Je ne comprenais rien, on me donnait des instructions et je pigeais rien, c’était un problème. En Italie, même l’attaquant doit travailler tactiquement, c’est très important pour les coaches, tous les détails sont importants. Après concernant les coachs, ils se ressemblent beaucoup, les séances sont plus ou moins similaires selon les coachs. Mais c’est dans la manière avec laquelle ils vont te transmettre leurs messages qui changent. Silvio Pioli, l’ancien coach de la Lazio était peut être le plus agressif dans sa manière de passer un message.

U10: Tu joues depuis deux ans à l’Udinese, qui est considéré comme l’un des clubs les mieux structurés en Italie. C’est un système particulier avec la famille Pozzo, ça se passe comment?

C’est particulier. Faut savoir, que pendant le ritiro (préparation estivale, ndlr), il y a environ 40-50 joueurs présents pour la préparation. T’en as qui reviennent de prêt, d’autres qui viennent de signer, d’autres qui sont en instance de départ, c’est vraiment à part. C’est particulier mais on s’y fait. L’Udinese est un des seuls club d’Italie, avec la Juventus, à posséder son propre stade avec la Dacia Arena. Le nouveau stade est un peu inspiré de ce qu’il se fait du coté de Milanello. On a un kiné à temps plein, des chambres dans le stade à disposition, un chauffeur pour les familles qui est présent si besoin. On a les avantages de très grands clubs. Peu de clubs seraient capable de donner autant que ce que donne l’Udinese à ses joueurs en terme d’avantages.

U10: Pour en revenir à la Ligue 1, tu n’as jamais eu la chance d’y jouer. T’aimerais pas une dernière pige en France?

Ouais, ce serait bien vraiment. D’ailleurs j’ai un regret à ce niveau, à l’époque quand Auxerre était qualifié en Ligue des Champions, Jean Fernandez me voulait. On en avait discuté un petit moment, j’avais la possibilité de revenir en France et surtout jouer en L1. C’était tentant mais après ça ne s’est pas fait… Mais oui j’aimerais bien venir signer en France.

U10: Si c’est pas la France, comme Gignac au Mexique, tu as pensé à une expérience exotique ? Sachant que tu aimes bien les Etats-Unis, ça peut te brancher d’y faire un détour?

J’avais envisagé cette hypothèse plus jeune. Maintenant, je me dis que ça pourrait être bien mais seulement en fin de carrière, pour un ou deux ans avant de se retirer. Le système de salary cap est assez particulier. Le fait de vivre là bas, c’est tentant mais ça serait seulement pour une saison.

U10: Dernière question, si tu surprends ton fils crier « Allez Paris », ça se passe comment?

Ça se passe très très mal ! Même ma grand-mère s’occupera de le gronder. On est très Marseille dans la famille, donc c’est pas prêt d’arriver. Juste aujourd’hui on l’a habillé aux couleurs de l’OM, donc non c’est impossible que ça arrive (rires).

Merci à Cyril de nous avoir accordé cette interview ! Ultimo Diez lui souhaite bonne chance pour la suite de sa carrière, en Italie ou ailleurs.

Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (twitter: @Ultimo_Diez, facebook: Ultimo Diez) pour ne rien rater des nouveaux articles et interviews d’Ultimo Diez !

Reproduction totale interdite, reproduction partielle autorisée si mention de la source : Ultimo Diez