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Au fil du temps, le football rend célèbre des hommes qui entrent dans la légende parce qu’ils ont tout fait pour y arriver. Des types qui ont perdu, qui ont même endossé la responsabilité de ces échecs mais qui se relèveront grâce à leur espoir et leur caractère à toute épreuve. Des joueurs qui ne jouent pas au football mais qui le vivent. Leur passion est contagieuse, leur existence en devient vibrante. Des gladiateurs qui prendront toujours les armes quand les leurs sont en danger. Des leaders qui bomberont toujours le torse quel que soit l’adversaire. Des personnes qui veulent écrire l’Histoire et non la raconter.

Sergio Ramos, c’est l’histoire d’un jeune à l’énorme potentiel, d’un homme au caractère trempé et surtout d’un joueur aussi fascinant qu’agaçant. L’histoire d’un mec qui, pour devenir grand, s’est confronté à sa peur et s’est juré de la transformer en courage. Entre frustration et exaltation, il est l’incarnation de la passion. Un réel leader, aussi décisif qu’irrégulier, qui a perdu mais qui a surtout beaucoup gagné. Pour parvenir à ses plus beaux triomphes, Sergio Ramos a plus utilisé ses cojones et son corazón que son cerveau. Récit de l’homme qui ne s’est jamais caché.

Aussi frustrant que conquérant

Surnommé le « Juanito des temps modernes » par Roncero, Sergio Ramos représente à lui seul les valeurs du Real Madrid. À l’image de son club, il est la personnification de l’irrationalité et du succès. Son football n’a rien à voir avec la raison, et cela lui fait parfois défaut, mais nous exalte de toute sa passion.

Ramos est une énigme car il est l’amer mélange du joueur frustrant mais si important. Irritant de par toute son irrégularité, il est le symbole du joueur qui choisit ses matchs. En 2014, monsieur décida de se réveiller pour les trois derniers matchs de la Ligue des Champions après avoir fourni des prestations ternes. Sa passion nous enivre, sa bêtise nous saoule. Ses sauts de concentration le rendent affligeant, ses exploits le rendent conquérant. Son football prend aux tripes et/ou nous scandalise, en tout cas il ne laisse personne indifférent. Sergio Ramos est un joueur qui se repose constamment sur ses acquis parce qu’il pense qu’il n’a absolument plus rien à prouver, il est certainement là le problème en fait. Il fait partie de ces joueurs qui, de par leur jeu, nous montrent à quel point notre sensibilité footballistique peut être différente. Le football ne se regarde pas de la même façon, que ce soit en fonction de notre point de vue, notre caractère ou notre vécu.  L’objectif de cet article est d’aborder une autre vision de Sergio Ramos, en assumant ses nombreux défauts mais en soulignant un autre aspect de son jeu, celui qui le rend passionnant.

En fait, sa plus grande force est aussi sa plus grande faiblesse : sa confiance. Elle côtoie dangereusement l’arrogance d’un côté, et lui permet aussi de vaincre. Car Sergio Ramos a une très grande crainte : il a peur d’être oublié. Il veut marquer les gens. Son nom est écrit en lettres d’or dans l’histoire du Real Madrid et est ancré dans l’époque moderne du club. Que ce soit dans les bons comme dans les mauvais moments, le madrilène s’est toujours montré. Le guerrier qu’il est ne refusera jamais une bataille quand les siens sont menacés. Question de fierté. Quitte à la perdre, oui, mais il restera encore la guerre à faire. Parce que comme le dit si bien le proverbe, « qui ne tente rien n’a rien« , alors Sergio prendra constamment des risques. Il préfèrera toujours perdre en luttant que de ne jamais essayer. En fait, Ramos a horreur de n’être qu’un simple spectateur de l’Histoire, il veut en être son protagoniste. Le personnage qui rend le roman fabuleux, celui qui monopolise toute l’attention du lecteur, et non celui que l’on oublie au fil des chapitres.

Les quatre dernières saisons de l’actuel capitaine merengue permettent de résumer assez bien le personnage. Entre 2012 et 2016, il a absolument tout connu : l’échec, la tristesse, la rédemption et le triomphe. Sergio Ramos n’est pas l’incarnation d’un football exempt de tout reproche, il est d’ailleurs très loin d’être irréprochable et exemplaire, mais il sera toujours au front quand il s’agit de conquête. Il ne se cachera jamais, il assumera toujours ses responsabilités, quitte à perdre énormément.

Apprendre à tomber

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En 2012, le Real Madrid accueille le Bayern Munich pour la demi-finale retour de la Ligue des Champions. Les deux équipes doivent se départager aux tirs au but. Après des penaltys ratés de Cristiano Ronaldo et Kakà, Iker Casillas remettra en vie son équipe. Vient le tour de Sergio Ramos, qui décidera, pour on ne sait quelles raisons, d’envoyer le ballon sur la lune. Il sera le symbole de l’élimination madridista. Quelques mois plus tard, durant l’Euro 2012, même contexte : en demie-finale, contre le Portugal, l’international espagnol doit faire face à ses responsabilités : il nous offre une raffinée panenka, preuve de toute son assurance.

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En 2013, le Real est de nouveau opposé à un club allemand en demie-finale de LdC : Dortmund. Après une leçon reçue en Allemagne (1-4), Madrid a soif de remontada. L’entrée de Karim Benzema redonna espoir au peuple madridista mais le réveil de Madrid fut déjà bien trop tard. Sergio Ramos y croira jusqu’au bout, comme d’habitude, et marquera en fin de match promettant de dernières minutes irrespirables. D’ailleurs, en huitièmes de finale, il avait marqué contre son camp à Old Trafford. Il devait bien se rattraper. Ce match contre les hommes de Jürgen Klopp caractérise bien le bonhomme : il a vécu un duel intense avec Robert Lewandowski, toujours à la limite pour finalement donner encore un peu plus espoir à ses supporters. Sans succès, le BVB se qualifiera. Preuve de tout son attachement pour son club, Sergio Ramos fondra en larmes et sera finalement réconforté par son ami Iker. Tant pis, la Décima attendra.

La Décima, sa dulcinée

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Le destin fait si bien les choses et que la chère et tendre Décima révélera du conte de fée. Nous sommes en 2014, après une victoire 1-0 au Santiago Bernabeu, le Real joue sa qualification en finale à Munich contre le Bayern. Un air de vengeance en somme, d’autant plus que les allemands « promettent l’Enfer aux madrilènes » . Il n’en sera rien. À l’image de son défenseur espagnol, Madrid s’est gonflé d’orgueil dans l’adversité. En quelques minutes, l’Allianz Arena fut douché. Grâce à une superbe victoire (0-4) et un doublé de Ramos, les merengues ont de nouveau rendez-vous avec leur destin. Face à leur ennemi voisin, l’Atlético Madrid, le Real a l’occasion de retrouver celle qui l’a fuit depuis plus d’une décennie et qui hante ses nuits.

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Et qui de mieux placé que le défenseur andalou pour rappeler au monde entier qu’el Real nunca se rinde? Le peuple madridista vivait une soirée cauchemardesque, son vice-capitaine l’a transformée en rêve. Ce dernier a tous les défauts du monde, il nous irrite par sa bêtise sur et en dehors du terrain, mais il a été prédestiné à avoir rendez-vous avec l’épique. Sergio Ramos, c’est l’histoire d’un mec qui a pris l’épée quand les siens se sentaient en danger, le héros d’une épopée ; celui qui ne s’est jamais caché quand l’occasion se présentait. Il se leva finalement dans le ciel lisboète nous laissant contempler sa légende gravée à jamais. Grâce à lui, son équipe glanera enfin sa Décima et s’enivra de son parfum toute la nuit. Celui qui le réconfortait suite à l’élimination une année plus tôt a fini par le remercier. « Tu es un putain de héros » lui a empressé de dire Iker Casillas car il sait à quel point il l’a sauvé d’une galère monumentale. Le peuple madridista sait lui aussi à quel point Ramos l’a sauvé d’un très grand malheur. Les madrilènes ne feront finalement qu’une bouchée des colchoneros en prolongations. Une pointe de cruauté, certes, mais aussi toute la beauté du football, là réside tout le charme de ce sport. En fait, le Real Madrid a tellement cherché la chance pendant des années qu’elle les a sauvés quand ils étaient au plus bas. Ce soir de printemps 2014, le football a testé la patience des madrilènes, et par dessus ça, leur espoir, leur réponse fut à la hauteur de ses espérances.

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« On sauvera pas toute la Terre, j’prends la couronne, la pose sur la tête d’Iker »

La Undécima, l’inespérée

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Et si l’on pensait que les madridistas étaient chanceux en 2014, que dire de 2016 ? Dans une saison insipide, Madrid est revenu des profondeurs abyssales. Le football est un sport si énigmatique, caractérisé en même temps par sa magnificence et sa brutalité. Dans une saison pauvre, n’offrant ni certitude ni passion, le club merengue a vu la C1 comme une utopie, comme une illusion, pourtant le rêve deviendra réalité. Le foot est un sport d’incertitudes et une roue qui tourne inlassablement. Le Real en est la preuve, Sergio aussi. En 2012, l’équipe madrilène entraînée par José Mourinho était certainement la meilleure en Europe mais se fera éliminer durant les tirs au but par les munichois, qui perdront en finale à domicile contre Chelsea dans un match tant atroce que fabuleux. Question de point de vue.

En fait, le football encourage l’espoir et les madrilènes peuvent le confirmer. Ils n’ont jamais abandonné leurs rêves, ils se sont obstinés provoquant parfois l’incompréhension de la planète foot. Les blancs n’ont jamais renoncé malgré toutes leurs péripéties et échecs. Ils se sont tout simplement donné les moyens de réussir. À l’image d’une vieille dame, la réussite ne les a pas entendus quand les merengues ont toqué à sa porte, elle les a fait patienter, pour finalement leur sourire. Enfin. Pour attirer la chance, il faut apprendre à perdre et la sentir s’éloigner pour s’enivrer de son arôme.

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Sergio Ramos ne laissa pas son rêve partir et marqua son penalty durant les T.A.B. Puisqu’une nouvelle fois, le défenseur andalou marquera une finale de C1 de son empreinte. Avant d’avoir marqué son penalty, il avait ouvert le score (hors-jeu, oui) pour que les colchoneros soient hantés par leurs pires cauchemars. Le Real endurera, subira, que ce soit mentalement comme physiquement, mais ira chercher une onzième C1 inespérée et caractérisée par le fait que le football ne soit pas une science exacte. Et c’est pour cela qu’on l’aime tant. Il ira finalement saluer et réconforter ses victimes car il sait à quel point l’échec peut faire mal. Avant une rivalité entre deux équipes, le football nous montre à quel point un homme, malgré ses acquis de privilégié, peut être relativement malheureux. « Un simple sport » , disent-ils.

Le numéro quatre madrilène marquera son penalty donc, et verra Cristiano Ronaldo transformer le sien pour sentir une nouvelle fois ce doux parfum. Il ne s’en est jamais lassé, nous non plus. L’espagnol ne se lassera jamais de ses matchs honteux comme il ne se lassera jamais de se montrer quand il aura rendez-vous avec l’Histoire. Beaucoup de personnes retiendront son tacle qui aurait mérité le rouge sur Yannick Ferreira Carrasco, symbole encore de tout ce qu’il représente. Certains verront de la bêtise, d’autres un sens du sacrifice. Et personne n’aura tort. La vérité est que Sergio Ramos joue constamment à la limite, et doit être apprécié comme cela, sans quoi on ne profitera jamais de tout ce qu’il est. Dégager de son foot une certaine sérénité ne l’intéresse pas, tant mieux car le Real non plus. De par son jeu rugueux et très limite, le natif de Camas peut agacer mais il fait partie de ces joueurs qui doivent être appréciés avec leur qualité et leur défaut. En fait, il est à l’image des relations humaines : il est important d’accepter les défauts de ses proches (sans pour autant jouer les aveugles) pour s’élever ensemble. Il est bien trop tard pour qu’il change vu son âge. Tant pis. Il nous a eu à l’usure. Sergio fera sans doute une grosse bourde dans les mois qui arrivent, et c’est peut-être ce qui en fait son plus grand charme.

« On devient champion grâce à ce qu’on ressent ; un désir, un rêve, une vision » affirmait un immense boxeur qui nous manque déjà. Sergio Ramos a un rêve : celui de marquer les siens et écrire les plus belles lignes du récit dont il est l’auteur. En réalité, il est l’âme du madridismo. Le capitaine hissera toujours le drapeau blanc de son club même face à la noirceur du monde. Il agira avec fierté devant la difficulté et y croira même quand le destin est contre lui car Sergio Ramos a un cœur de champion. Mais l’espagnol a dû faire face à des échecs durant sa vie, comme tout le monde, et en vivra d’autres mais se relèvera car comme l’a dit la légende de la NBA : « j’accepte l’échec, mais pas le fait de ne pas essayer » . Et même s’il est contraint de l’accepter, Sergio a horreur de la défaite. Sergio Ramos joue pour gagner certes, mais surtout pour rendre heureux les siens. Il fait partie de ces hommes qui voient le football avec le cœur (et moins avec le cerveau) donc il en a pleuré. Il en pleura encore puisque « l’amour a ses raisons que la raison ne connaît point » nous expliquait Blaise Pascal. Et on ne reprochera jamais à un homme de s’exprimer avec sincérité. Mais ne vous y méprenez pas : ce sont des larmes de rage et non de pitié. Au-delà de toutes ses vertus, Sergio Ramos a la haine de la défaite. Il veut être à la première page, faire partie des vainqueurs, et non de ceux qu’on néglige et qu’on finira par abandonner. À l’image du club de sa vie, son ego l’empêche de capituler. Durant toute sa carrière, il nous a prouvé à quel point un terrain de football peut ressembler à un champ de bataille et un footballeur à un gladiateur. En témoignent ses nombreuses saisons où il force sur son épaule sans jamais en parler car l’ancien du FC Séville ne voudra jamais dire qu’il a mal. Il est bien trop fier pour ça. Alors oui, ce n’est absolument pas le joueur le plus irréprochable, ni le plus intelligent ou encore le plus régulier. Et personne ne dira le contraire. Nul doute qu’il se remarquera bientôt pour une nouvelle maladresse, et cela ne nous étonnera absolument pas. Parce que pour apprécier tout son football épique, il en faut accepter sa face parfois absurde. Sergio Ramos n’est pas le meilleur défenseur actuel, certes, mais assurément le plus marquant.

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