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Avant de débuter cet EURO, Patrice Evra disait « J’ai prévenu A.Griezmann et P.Pogba, il n’y a plus Karim si les choses se passent mal, c’est eux qui prendront. Il faut faire attention. Ils ont un talent inouï, mais le foot c’est 10% de talent, 90% de mental ». Un match plus tard, l’encre a coulé et les mots du défenseur français ce sont avérés véridiques. La rencontre face à la Roumanie a permis à la majorité de la presse sportive du pays de se liguer contre les jeunes prodiges de l’équipe. Les nouveaux démons sont trouvés, tous aux abris.

L’affront avait déjà commencé durant les deux amicaux, les fondations du combat s’étaient mises en place doucement. Le premier vilain petit canard en la personne  de Paul Pogba n’avait pas fait la sécurité du stade, aidé à la buvette et n’avait pas non plus servi une tasse de café au staff des Bleus en plus de devoir marquer trois buts et faire deux passes décisives. Grossière erreur de Paul puisque du coup ce dernier n’a pas été jugé assez bon. Il a été critiqué (comme souvent ici pendant qu’il est adoubé de l’autre côté des Alpes) de toutes parts relativement gratuitement pendant que certains de ces coéquipiers sortaient des prestations indignes de leur rang. Mais les « spécialistes » qui se soulèvent parce que la jeune pépite ne fournit pas assez d’activité au milieu de terrain oublient de mentionner qu’il ne joue pas à son poste. Bridé, sans cesse obligé de rester bas sur le terrain pour laisser l’homme aux 16 poumons monter et nous montrer toute l’étendue de sa palette technique (sans vouloir te manquer de respect Blaise), il n’a pas la capacité de s’exprimer. Forcément lorsque l’on ne joue pas là où l’on brille en temps normal, c’est à dire sur le côté gauche pour Pogba, il est impossible de montrer son véritable visage. A la manière d’un peintre à qui l’on demande de réaliser une sculpture, il y parviendra sûrement avec son sens artistique hors pair mais il ne pourra jamais à réaliser ce dont il est véritablement capable. Et justement, à partir du moment où l’on connaît ce paramètre, on se doit d’être indulgent tout en reconnaissant que malgré tout, le travail effectué n’est pas catastrophique. Malgré cette position peu avantageuse, il parvient tout de même à briller mais aussi à faire briller ces partenaires. Excusez-le du peu.

France's forward Antoine Griezmann (L) and France's midfielder Paul Pogba (R) react during the friendly football match between France and Scotland, at the Saint Symphorien Stadium in Metz, eastern France, on June 4, 2016, in preparation of the UEFA Euro 2016. France defeated Scotland 3-0. / AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN (Photo credit should read JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP/Getty Images)
(Crédit photo : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP/Getty Images)

 

Toutefois, les médias ne semblent pas l’entendre de cette oreille puisqu’au lieu d’évoquer la tactique du sélectionneur ou la présence de certains joueurs dans le 11 de départ. Ils préfèrent s’en prendre à celui qui devrait être le point fort de l’équipe, à ce joueur qui est supposé être au cœur du système puisque c’est le meilleur de l’effectif actuel, qu’on le veuille ou non. Ils sautent sur une cible facile, un homme qui a faim et qui désire prouver qu’il fait bel et bien  parti des plus grands. Avoir autant d’ambition et le clamer est peut-être une erreur mais il a le courage de le faire. En revanche la moindre trace de faiblesse est l’occasion rêvée pour mettre à terre celui qui a pourtant déjà montré de quoi il était capable sous la tunique bianconera. Certes on lui demande désormais de montrer qu’il peut et doit aussi être le leader de la sélection mais pourquoi ne pas faire preuve d’indulgence et de patience ? Pourquoi ne pas évoquer cette situation en gardant en mémoire les paramètres cités auparavant ? Pourquoi ne pas faire de la critique constructive ? Peut-être parce que ce n’est pas amusant ? Personne ne connaît la réponse, mais en tout cas nos spécialistes semblent prendre plaisir à se couvrir de ridicule pour une énième fois puisqu’ils prêchent pour le voir sur le banc rapidement.

En outre, une autre étoile montante est désormais la cible de ces braves personnes. La prophétie d’Evra se réalise comme par magie étant donné que l’arbre qui cachait la forêt n’est plus là pour faire le paratonnerre. Cette étoile, Antoine Griezmann, suscite l’inquiétude après son match face à la Roumanie. Quel dommage que lui aussi n’ait pas écrasé les roumains puisque les poteaux en ont décidé autrement ! Mais quel dommage aussi d’oublier la saison dont sort tout juste le jeune attaquant français. Une saison qui a du l’épuiser aussi bien physiquement que mentalement. L’image de ce penalty fracassant la transversale doit le hanter et ceci doit, par conséquent, jouer sur sa confiance. Nous connaissons tous le niveau du joueur colchonero, nous savons de quoi il est capable, nul besoin de s’éparpiller là dessus, mais nous savons aussi que ce qu’il a vécu doit être difficile à digérer alors pourquoi ne pas le laisser en paix lui aussi ? Le laisser retrouver son flair, son instinct afin qu’il puisse tuer les adversaires ? Il faut admettre que la compétition est extrêmement courte mais est-ce une raison pour humilier en place publique un joueur à qui l’on aurait donné le ballon d’or il y a à peine deux mois de cela selon ces mêmes experts ? Encore une fois ceci n’a aucun sens. Des conclusions stupides sont tirées à la suite d’un match, sans laisser planer le moindre doute. Cette pseudo inquiétude mise en avant par notre quotidien favori caractérise le niveau général des médias sportifs français. Mais ce n’est pas la peine de faire leur procès puisqu’ils n’entendent rien et s’obstinent à raconter des inepties toujours plus grosses les unes que les autres. Visiblement nous n’apprécions pas le même sport au vu de ce qui est fréquemment écrit. Ils s’efforcent de maintenir leur ligne éditoriale un tantinet sordide au lieu d’instruire ceux qui pourraient en avoir besoin, finalement.

France's forward Antoine Griezmann (L) and midfielder Paul Pogba stretch during a training session at the Santa Cruz Stadium in Ribeirao Preto on June 11, 2014 ahead of the 2014 FIFA World Cup football tournament in Brazil. AFP PHOTO / FRANCK FIFE (Photo credit should read FRANCK FIFE/AFP/Getty Images)
(Crédit photo : FRANCK FIFE/AFP/Getty Images)

 

Revenons-en aux deux apprentis magiciens, ces deux hommes, qui constituent la touche romantique de la sélection, devraient être soutenus par tous. Seulement, ils sont décriés comme s’ils avaient commis l’impardonnable. Ils sont pris à parti plus à tort qu’à raison, sans aucune justification rationnelle. Cette critique gratuite et facile contribue à dégrader l’atmosphère, à faire perdre confiance à un peuple ou à une équipe supposée toucher le Graal le 10 juillet dans son propre pays. Faire des joueurs stars les mauvais élèves d’une équipe c’est emprunter le chemin de la facilité. C’est refuser qu’il existe des lacunes ailleurs. Ces derniers ne sont pas aussi décisifs qu’en club ? Oui forcément, mais ils ne peuvent pas l’être puisque dans leurs clubs respectifs, le style de jeu est aux antipodes de celui proposé par la sélection. Ils ne peuvent pas non plus l’être lorsque l’on joue une compétition aussi importante, à domicile et que l’on a l’espoir de toute une nation qui repose sur ses épaules. La pression ne coule sur leurs épaules comme un filet d’eau. Mais allons-y, jetons leur la pierre dès que les choses partent de travers au lieu de chercher les véritables problèmes, c’est plus sympathique et les débats n’en seront que plus croustillants. Une équipe ne repose par sur deux joueurs, ce n’est pas une addition d’individualités jetée sur le terrain pour amuser la galerie, surtout en équipe nationale où la cohésion du groupe prend une place ô combien importante. Toutefois ces deux hommes pourraient être le système, ils pourraient être la pierre angulaire de l’équipe. Il suffit juste de placer notre confiance en eux car nous avons tous consciences du fait qu’ils peuvent transcender leurs coéquipiers. Ces hommes connaissent leurs points faibles, cibler ces derniers est inutile à cette heure-ci puisqu’on leur demande juste d’être en confiance et de briller afin de porter tout un groupe au sommet. Pas besoin de les évoquer, pas besoin de s’en servir pour les rabaisser. Pas non plus besoin d’en faire le premier argument pour décrier l’équilibre quelque peu précaire de l’équipe.

Au final ceci représente bien l’art de l’attaque facile et injustifiée que nos médias apprécient tant. Ces jugements sans fondements réalisés par des experts qui n’ont peut-être pas grand-chose de la définition d’expert. Ces offensives acides qui se contentent d’aborder la partie de l’iceberg qui n’est pas immergée. Ces Unes qui prônent la division à un moment où l’union se place au dessus de tout. Il est indéniable que les deux jeunes prodiges ont l’obligation de faire mieux mais avant de casser du sucre sur leur dos il faudrait songer à attendre un peu puisque les dés n’ont pas encore été jetés. Les comptes devront être faits en temps et en heure, les jugements devront être rendus au moment opportun, et non dans la précipitation avant qu’il ne se soit passé quoi que ce soit. La seule chose qui doit être constatée pour le moment c’est que le vétéran des Bleus ne se trompait pas et les nouvelles cibles ont été trouvées avec brio. Enfin il faut essayer de faire abstraction, comme eux le font probablement avec leur mental encore plus solide qu’un roc. Contentons-nous de soutenir le football, puisque ces garçons sont le football. Ces deux hommes représentent la grâce et la force, l’alliance qui rend le football encore plus appréciable. Oublions l’aigreur un instant et savourons ce que nos magiciens ont à nous offrir sur la pelouse.