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« La loi du plus fort est toujours la meilleure ». Voilà une morale qui rythme les journées de nos chers dirigeants, à l’instar de Mister Blatter, ou du plus actuel Gianni Infantino. Car pour eux, la réussite, qu’elle soit d’ailleurs sportive ou non, ne repose que sur la fortune, ou sur les stars ultra-médiatisées. C’est alors, dans cet été 2016, qu’intervient le conte de fée islandais, comme un vent frais et pur venant balayer les mauvais esprits.

Un vent qui va vous porter, de surprises en surprises, sans jamais discontinuer ni s’atténuer. Pour nous faire rêver, tous, dans un football qui tend à la commercialisation de masse et qui risque de perdre son âme, si des groupes comme celui-ci ne sortent pas de l’ombre.

Les qualifications : l’Europe entière à leurs pieds

« Quoi ? J’y crois pas ! Les Pays-Bas ne sont pas à l’Euro ? ». « Et non… Regarde un peu plus haut, vers le haut du classement, tu vas rire. ». « L’Isl.. Quoi !? L’Islande ? (*lire en s’étouffant*) ». « Et oui, l’Islande, la petite île de Vikings… ».
Le très populaire Canal Football Club va commencer, et les deux consultants dont les paroles vous ont été rapportées plus haut, ne sont pas encore au courant, de ce qui s’annonce comme un séisme dans l’Europe du football. L’Islande, ce petit pays de 323 000 habitants, l’a fait. Ils ont créé un exploit retentissant, bien que peu médiatisé, aux contraire des affaires extra-sportives françaises.

Mais comment l’Islande a pu se qualifier pour l’Euro ? Avait-elle une poule facile, une poule d’outsiders, sans top nation ? Loin de là. République tchèque, Pays-Bas et Turquie pour les plus talentueuses. Kazakhstan et Lettonie pour les plus difficiles à aborder. Malgré cela, avec une maîtrise incroyable, et un fond de jeu plus qu’intéressant, ils survolent la phase de qualifications avec comme cerise sur le gâteau, deux victoires contre la Hollande, troisième du dernier mondial brésilien. Six victoires, deux nuls, deux défaites. Un bilan qui permet d’arriver la tête haute, sans pression sur les épaules. Comme toujours.

Le Portugal pour commencer, une suite toute aussi ardue

Le groupe F. Abordable, mais pas le plus simple. Surtout quand le premier match du tournoi est celui qui vous permettra de vous jauger, de vous faire espérer, ou de vous faire cauchemarder. Alors, si la faute de parcours sera à moitié pardonnée contre les portugais, la défaite ne sera pas tolérée pour les deux derniers matchs contre l’Autriche et la Hongrie.

Mais si jamais ils parvenaient à poursuivre le rêve, à le faire durer un instant, quel serait leur sort ?

En huitièmes, la première salve dévastatrice, qui pourrait faire des dégâts dans les rangs islandais, ou la souder encore plus.
Premier cas, peu plausible, mais qu’il faut tout de même considérer. Celui où ils parviendraient à atteindre la première place du groupe. A ce moment-là, les ogres belges ou italiens se dresseraient sur leur chemin. Inutile de s’attarder sur les conséquences de ce tirage.
Deuxième possibilité, la deuxième place du groupe, qui serait finalement un beau cadeau. Ils affronteraient alors le deuxième du groupe B, où se trouvent l’Angleterre, la Russie, le Pays de Galles et la Slovaquie. Une voie toute tracée vers les quarts, non ?

C’est justement vers les quarts de finale que la tâche pourrait et devrait se compliquer, car la France, pays hôte, serait l’adversaire. Mais comme le dit Pierre Dac :  « La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir. » Il est donc préférable de se pencher sur ce groupe et sur SON artiste, celui qui fera basculer la compétition lorsqu’il en aura envie.
Comment ne pas les aimer ?

Telle est la question. Comment ne pas tomber sous le charme du groupe islandais ? Ce groupe soudé, ambitieux, où les différences de niveau s’annulent grâce à une solidarité sans faille. Au milieu de tous ces guerriers, qui ont appris à se débrouiller seuls après tant d’années passées sur cette petite île, il y a un homme. Ou plutôt un artiste, celui qui se dévoilera aux yeux du monde entier pendant cet Euro.

Gilfyi Sigurdsson. Il est l’un des derniers représentants d’une espèce en voie de disparition, le numéro 10 créateur. Dribbleur, passeur, frappeur, il a tout pour lui, et le montre avec toute la classe dont il dispose. Avec Swansea en Premier League, où il a marqué onze buts et délivré deux passes décisives, comme en sélection, sous les ordres de Lars Lagerbäck et Heimir Hallgrímsson.

Les deux coachs aussi seront les pièces indispensables du rouage islandais. Lars Lagerbäck, qui se retirera à la fin de la compétition, a l’habitude des petites nations indépendantes, comme il l’a prouvé par le passé avec la Suède. Alors pourquoi pas cette année ?

Pour finir en beauté, il aurait été impossible de ne pas mentionner le parrain, le « Papa » de cette équipe. Eiður Guðjohnsen. 37 ans, mais toujours celui que l’on a connu. Celui qui a soulevé une LDC avec Barcelone, ou encore celui qui dépasse Stevie G au nombre de championnats anglais remportés. Le voilà pour la première fois dans une compétition internationale sous le maillot islandais. Fais nous rêver Eidur !

Liste des 23:

Gardiens de but : Hannes Thór Halldórsson (FK Bodö/Glimt), Ögmundur Kristinsson (Hammarby IF), Ingvar Jónsson (Sandefjord Fotball).

Défenseurs : Birkir Már Saevarsson (Hammarby IF), Ragnar Sigurdsson (FK Krasnodar), Kári Arnason (Malmö FF), Ari Freyr Skúlason (Odense BK), Haukur Heidar Hauksson (AIK Stockholm), Sverrir Ingi Ingason (Lokeren), Hördur Magnússon (Cesena / Juventus Turin), Hjörtur Hermannsson (IF Göteborg).

Milieux de terrain : Aron Einar Gunnarsson (Cardiff City), Arnór Ingvi Traustason (IFK Norrköping), Birkir Bjarnason (FC Bâle), Emil Hallfredsson (Udinese), Elmar Bjarnason (Aarhus GF), Rúnar Már Sigurjónsson (GIF Sundsvall), Gylfi Sigurdsson (Swansea City), Johann Berg Gudmundsson (Charlton).

Attaquants : Eidur Gudjohnsen (Molde FK), Alfred Finnbogason (Augsbourg / Real Sociedad), Kolbeinn Sigthorsson (Nantes), Jón Dadi Bödvarsson (Kaiserslautern).

Groupe F :

Portugal
Islande
Autriche
Hongrie

Un beau jour de Mai, une bande de potes, décomplexés mais ambitieux, a soulevé le trophée du plus grand championnat du monde, à domicile. Ce jour-là, j’étais devant ma télé, comme tout le monde, et j’ai rêvé. J’ai rêvé que ce que je voyais là, je le revivrai un jour. Car ce cocktail d’émotions m’a fait frissonné, m’a rendu encore plus amoureux du football. Mais on m’a dit « Profites en, parce que ça, tu peux attendre un moment avant de le revoir, l’année prochaine Guardiola arrive ». Deux mois plus tard, je serai de nouveau devant ma télé, en espérant une seule chose : que l’Islande réussisse son pari fou, auquel personne ne croit. Pour qu’une deuxième fois en l’espace d’un an, le « vrai » football soit honoré, et non pas un amas insignifiant de stars. Et que tous ces consultants n’oublient pas une chose primordiale : le football est un sport qui se joue sur le terrain, et nulle part ailleurs.

N.B : Dans un mois, à la fin de l’Euro, viendra un article XXL sur toute l’aventure de cette équipe islandaise, une aventure qui s’annonce déjà folle et intense !

Photo crédit : ODD ANDERSEN/AFP/Getty Images