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Il est indispensable, avant de lire cette lettre, de comprendre à qui elle est destinée. Cet écrit est, et ne sera exclusivement réservé qu’aux « vrais » supporters. « Vrais » supporters, un terme que je ne devrais même pas employer si ces groupes de hooligans ne venaient pas englober avec eux le reste des supporters, ultras ou non. Mais aujourd’hui, il est nécessaire de remettre à leur place ces pseudos supporters qui n’ont rien à faire dans les tribunes d’un stade. Il est donc important de lire ce qui va suivre, que vous soyez un inconditionnel du football ou un simple amateur. Mais surtout, lisez le jusqu’au dernier mot, à la dernière virgule, ou ne le lisez pas.

Voilà un problème majeur. Car avant cet Euro, ultra-sécuritaire et annoncé comme une grande fête du sport, il nous avait été promis une organisation sans faille. Quelques semaines plus tard, des heurts éclatent dans différentes villes françaises. Des scènes de folie, provoquées par des supporters frileux se reconnaissant sous le nom de « hooligans ». Oui, des supporters frileux, car ils n’ont même pas l’aura et le courage d’affronter leurs adversaires sur le terrain des chants, et de l’ambiance. Eux, ils préfèrent « taper », sans cesse, car ils n’ont pas la culture et les coutumes du vrai supporter de football. Celui qui vient au stade, écharpe à la main, pour pousser derrière son équipe. Ça, ils ne le connaissent pas. Une fois les portes du stade franchies, ils ne savent plus comment réagir, comment fonctionner, car ils sont incompétents. Alors encore une fois, la seule réponse n’est que la violence. Apprenez un chant à un hooligan, il vous rira au nez. Faites tourner une écharpe, il fera voler une chaise. Voilà la différence entre un Ultra et un hooligan. Un Ultra, chante, applaudit, crie, vit pour le football. Un hooligan ne trouve pas de plaisir en dehors de la violence. Cette violence dont il use pour essayer de montrer une supériorité qu’il ne possède pas.

Avez-vous déjà vu un match à Anfield ou à San Siro, rythmé et enflammé par des coups ou des images violentes en tribunes? Non.
Avez-vous déjà vu un match dans ces mêmes stades, rythmé et enflammé par des chants et des ambiances de folie? Oui, le match des Reds contre Dortmund en est l’exemple parfait.
Il existe un gouffre incroyable entre ces deux cultures. L’une pousse derrière son équipe pour l’aider à emprunter la voie victorieuse. L’autre provoque la haine, et ne sert aucune cause.

Malheureusement, les événements de ces derniers jours ont contribué à placer dans le même panier deux types de supporters, fondamentalement opposés. Et cela a été fait de deux manières différentes.

Par l’organisation en général, que ce soit de la part de la DNLH, de la police, de l’UEFA, ou du gouvernement qui étaient en charge de l’événement. Il faut bien le dire, l’avouer, le dispositif a cédé. N’en déplaise à Mr. Boutonnet, ces débordements n’auraient jamais du voir le jour, alors que des scènes de violence pareilles ne sont même plus perceptibles dans les derbys les plus chauds au monde, où la sécurité est quasiment nulle.

Mais apparemment non, le dispositif n’a pas cédé. Le déni est la pire chose qui pouvait arriver après ces affrontements, de la part de ceux qui les ont indirectement provoqués. Encore mieux, peut-être, ces voix qui se lèvent pour remettre en cause le football, dont « une partie des supporters est malade depuis 30 ans ». Oui, cette partie là est malade, mais elle ne fait pas partie des supporters, encore moins du monde du football. Elle fait partie de la honte. Alors au lieu de rejeter la faute, mieux vaut l’avouer. Car le hooliganisme est un problème résolu dans de nombreux pays, mais qui soudain, rejaillit dans l’une des plus importantes compétitions internationales.

Par certains médias, aussi, qui assimilent des chants, et autres célébrations anodines à des personnages dangereux, alors qu’ils sont totalement inoffensifs. Un exemple, celui du match Turquie-Croatie. Annoncée comme une partie à haute tension, les supporters, je dis bien supporters, ont passé toute la journée ensemble, à fêter ce qui aurait du être fêté pendant un mois : le football. Malgré cela, les médias ont voulu faire de cette rencontre, une rencontre à haut risque. Alors les chants de supporters ont été qualifiés de chants agressifs. Il a été précisé que les supporters n’avaient pas eu le droit de se croiser avant le match pour éviter les débordements, alors qu’ils avaient passé la journée en terrasse à faire connaissance.

Continuez donc, d’assombrir l’image des supporters, de leur coller une étiquette de « sauvages » sur le front. Tant que vous ne comprendrez pas le fossé énorme qui sépare le hooliganisme et les supporters Ultra, vous ne comprendrez pas le football et les subtilités qui l’entourent.

Peuples du monde, unissons-nous pour former le peuple du football. Un peuple qui combattrait le hooliganisme et les idées reçues d’une certaine élite sur notre sport, avec comme seules armes : les chants, les écharpes, et les applaudissements.
Descendons dans la rue, pour chanter et vivre ensemble, vivre le football. Faisons la fête, montrons à toutes ces personnes qui critiquent le football, qu’il n’est pas malade. Qu’il est bien en vie, et que le hooliganisme n’en fait pas partie, et n’en fera plus jamais partie. Qu’il est un lointain souvenir, qu’il a été éjecté par les Ultras et les supporters lambda.
Inventons de nouveaux chants, à la manière du « Will Grigg’s on Fire » nord-irlandais. Faisons tourner nos écharpes, claquer nos mains, vibrer nos villes.
Montrons aux hooligans qu’ils sont ridicules, et qu’ils devraient lire le chapitre sur les supporters dans le manuel d’Omar Da Fonseca. Apprenons leur à chanter, et à aimer ce sport, qu’ils ne considèrent pas dans toute sa complexité. Apprenons leur à entrer dans un stade, et à le faire trembler par la voix, à faire ressortir ses plus profonds souvenirs de ses entrailles.
Couvrons leurs cris de brutes par nos chants de folie, nos chants embrasés.
Mélangeons-nous, toutes nations confondues, pour chanter ensemble et échanger les valeurs du football. Montrons au monde entier que ces images ne venaient pas de supporters de football, mais bien de bourrins dont la soif de violence est inassouvissable.
Montrons au monde entier que le football est un art, une poésie, une musique, dont les supporters sont un composant indispensable à sa survie. « Football fans are on fire, hooligans are terrified »

Nous nous reconnaîtrons sous ses chants :
« Nous ne chanterons plus jamais seuls,
We’ll never sing alone. »

Crédit photo : Dennis Grombkowski/Getty Images