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Ce fut papier fut rédigé après les  incidents en tribune opposant CRS aux supporters monégasques, il y a de cela un mois. Aujourd’hui, après deux jours de compétition, des multiples débordements ont éclaté en marge d’Angleterre Russie. Pendant que l’Equipe titre « la Honte » avec une photo de heurts, le commissaire de la lutte anti hooligans, Antoine Boutonnet, a déclaré « qu’il n’y avait pas un constat d’échec à Marseille ».

Après avoir payé une place de cinéma 12 balles, vous vous installez paisiblement devant une production française. Manque de pot, elle est de moyenne facture. Alors que la sonnerie de votre téléphone vient casser le rythme monotone du film, une main inconnue vient tapoter votre épaule. D’un réflexe naturel vous vous retournez. Le poing d’un inconnu vient alors embrasser votre visage. En sang et en colère, vous essayerez tant bien que mal de répliquer. Mais une force vous éloigne de votre adversaire. La sécurité vous a interpellé, vous êtes conduis au poste de police le plus proche. Vos explications seront vaines, vous êtes à présent Interdit de Cinéma. La déchéance de ce scénario peut sembler irréaliste et abusif. Pourtant, une frange de la population l’a subit fréquemment. Ce sont les supporters de football, plus particulièrement ceux qui sont (proche) de la culture Ultras. Les coups de matraque, les jets de lacrymo, les interdictions de déplacement et autres lois liberticides sont devenus de tristes réalités. Le plus inquiétant est qu’elle ne cesse d’empirer. De bon augure à quelques semaines de l’Euro..

Durant la “finale” du championnat, Lyon – Monaco, le principal affront n’était pas sur le terrain, mais en tribune. Un exploit immense au vue de la tristesse de la partition rendue par le club autrefois princier. Il y avait bons nombres raisons de pleurer samedi soir pour les supporters rouge et blanc présent au stade. Mais certainement pas à cause de la projection de gaz lacrymogènes. Pourtant se fut le cas. Une altercation non violente entre leaders historique du groupe Ultras Monaco 1994 aura value une réplique démesurée des forces de l’ordre. Des coups de matraques, mais surtout de gazeuses conduiront à un mouvement de panique dans une tribune sans issue, ou se mêlait femmes et enfants. Les conséquences ? Un affrontement musclé entre supporters et CRS. Un résultat sans appel : a défaut d’avoir vu son équipe remporter les trois points, un fan se contentera de quelques points de sutures. Deux autres n’auront plus le privilèges de pouvoir se rendre au stade durant deux années. Afin d’apaiser les tensions, la police s’est permis, d’après de multiples témoignages, de provoquer et d’insulter leurs “adversaires” d’un soir. Lamentable.

La multiplication de ces conflits opposant supporters à force de l’ordre est inquiétante. Cette année, elle a coûté un oeil à Maxime, supporter bastiais (troisième borgne victime de bavure policière en trois ans). Elle a aussi occasionner de multiples interdictions de stades, notamment aux “Red Tiger”, ultras lensois, qui avant la rencontre face au Havre, se sont opposés aux CRS. Si chaque histoire est différente, on retrouve ceci dit des points communs entre chacune d’entre elle : communication inexistante, provocation gratuite, abus de pouvoir de la part des représentants de l’Etat, traitement médiatique manichéen.
Bien entendu, il n’est pas question de stigmatiser les forces de l’ordre. Il est important de nuancer leurs actions qui la plupart du temps sont le fruit de directives provenant des hautes sphères. A l’instar des supporters qui ne jurent pas tous par le mal. Parfois, il est bon de mettre de l’eau dans son vin.

La politique répressive menée vis à vis des supporters est fortement condamnable. Les actes violents ne doivent pas trouver leurs places dans le football. La réalité l’est suffisamment. D’autant plus qu’en s’attaquant de la sorte aux supporters, les grandes instances prennent le risque de toucher des personnes qui sont loin du clichés de l’ultra : les femmes et les enfants. Dans l’univers du football business, ce sont des clients idéaux. Consommateurs, parfois prescripteurs, ils représentent une opportunité financière supplémentaire. Surtout ils incarnent la sécurité en tribune, tant recherchée par les clubs.” En zangleterre, les zens vont en famille au ztade, zest pas en Franze qu’on verrait za !”, s’exprime a ce sujet un expert du football français.
Frapper, directement ou indirectement, cette catégorie de supporters, c’est faire du tort au foot business. Si même le coté moisi de ce sport fini par être touché par cette politique, c’est qu’elle n’a décidément rien de positif.

En souhaitant éradiquer la violence par la violence, les instances politiques se heurtent à des problèmes majeurs liés au développement du football français : l’affluence des stades. Les clubs cherches à remplir leurs enceintes, trop rarement pleines. Parfois lorsqu’elle le sont, comme à Paris, l’ambiance se trouve être décevante. En voulant assainir de manière radicale le Parc des Princes, les dirigeants parisiens se sont retrouvés avec un public consommateur de spectacle (communément appelé Lynx). En sommes, le rendu télévisuel est médiocre, donc peu commercial. Un crime pour les qataris, pour qui la forme compte beaucoup.
Seulement, à coup d’interdiction de stade, de déplacement, de matraque, de loi abusive (loi Arrivée), les politiques, en accord avec les dirigeants de clubs se mettent des bâtons dans les roues afin d’atteindre cet objectif. D’autant plus qu’avec l’Etat d’urgence, la répression s’est accentuée au point même de faire interdire de déplacement les supporters de Mulhouse (CFA) à Grenoble !

Un épisode douteux alors que la France se prépare à accueillir l’Euro. La gestion des supporters sera un point cruciaux auquel il faudra se préparer. L’hypothèse d’un match à huis clos à déjà été évoqué par Martin Kallen, le directeur du tournoi. Une annonce choc qui reste ceci dit dans la lignée de la politique répressive française, préférant interdire plutôt que d’affronter. Cependant, les représentants ne pourront fuir leurs responsabilités éternellement, et devront gérer de la manière la plus pacifique possible les éventuels débordements de supporters. Durant un mois, la France sera sous les yeux du monde, qui plus est après les attentats terroristes ainsi que les événements sociaux actuels. Nul ne doute que des affrontements entre policiers et supporters seraient très mal vus au delà de nos frontières.

Malgré tout, les moyens sécuritaires mis en place sont dantesques,et les pouvoirs publics devraient être prêt. L’horizon s’obscurcira après l’Euro. Fruit de la politique répressive, la loi Larrivé sera appliqué à partir de la saison prochaine. Elle donne en effet des pouvoirs réservés d’ordinaire aux pouvoirs publics à des entités privées. Elle permettra au club de refuser l’entrée à des supporters qui ne sont pas forcement être interdit de stade. Toutefois, une légère ouverture est à noter. En mettant en place une “instance nationale du supporterisme”, l’Etat entre-ouvre peut être une porte pour un éventuel dialogue.

La répression a vite montré ces limites. Il est encore temps de changer de cap, et de s’apercevoir que le football existe grâce à ceux qui le font vivre et ceux qui le vivent comme passion. Sans les supporters, les clubs n’auraient aucun avenir, ce sont eux les véritables richesses d’un club peu importe la provenance de l’actionnaire majoritaire ou de ses contrats en sponsoring. Le dialogue doit remplacer les coups de matraques ou de gazeuses. Aujourd’hui, il est temps de reconsidérer le supporter. Supporter, tu vaux mieux que ça !

Photo crédit : Carl Court/Getty Images