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Dimanche dernier, la Mannschaft faisait son entrée dans l’EURO français avec une victoire (2-0) contre l’Ukraine. Les champions du monde en titre se sont imposés logiquement mais non sans peine contre un adversaire qui a su mettre en difficulté la défense allemande à plusieurs reprises. Face à la vitesse des Konoplyanka et autres Yarmolenko, la Mannschaft a du compter sur les interventions providentielles de Manuel Neuer et de Jérôme Boateng pour garder ses cages inviolées. Cette fébrilité défensive n’est pourtant pas le seul point noir de la performance allemande ce soir là. En effet, le secteur offensif de l’équipe de Joachim Löw est également resté bien en dessous de ses moyens. Et si Thomas Müller ou Mesut Özil ont déçu, c’est Mario Götze qui a essuyé le gros des critiques outre-Rhin, enflammant un débat sur le poste d’avant-centre de la Mannschaft.

L’avant-centre: un héritage historique

En Allemagne, le poste d’attaquant de pointe a une très longue et riche tradition. Les grands buteurs ont depuis toujours marqué de leur talent et de leur sang froid l’Histoire de la sélection allemande et grandement contribué aux heures de gloire de la Mannschaft. De Gerd Müller à Jürgen Klinsmann, en passant par Karl-Heinz Rummenigge et Rudi Völler, le football allemand a toujours eu ces joueurs qui, sans toujours briller dans le jeu, faisaient la différence dans la surface de réparation adverse. Le dernier rejeton de cette longue lignée est l’inévitable Miroslav Klose, champion du monde en 2014 au Brésil et meilleur buteur de l’Histoire de la compétition. Le mondial brésilien marquait d’ailleurs à la fois l’apothéose et la fin d’une grande carrière internationale pour le grand Miro.

Photo by Lars Baron/Bongarts/Getty Images
Photo by Lars Baron/Bongarts/Getty Images

Deux ans se sont écoulés depuis le sacre allemand de Rio et le départ à la retraite du numéro 11 emblématique de la Mannschaft. Deux ans que le sélectionneur allemand est confronté à la problématique du poste d’avant-centre. Car si l’Allemagne produit régulièrement et en quantité des joueurs de talent depuis maintenant une dizaine d’années, les attaquants de haut niveau eux se font de plus en rare. Face à ce manque d’options crédibles, Joachim Löw a décidé d’accorder sa confiance à Mario Götze, pourtant milieu offensif de formation. Celui qui avait déjà remplacé Miroslav Klose en finale de coupe du monde, inscrivant le but décisif dans les prolongations, s’est mué en attaquant de pointe (ou faux 9) par la force des choses.

Mario Götze: la solution moderne

Dans une équipe qui a pour ambition de maitriser la possession et d’imposer son style à ses adversaires, Mario Götze apporte sa touche technique, sa disponibilité entre les lignes et son excellente conservation du ballon (notamment dos au but) afin de servir de point d’appui pour les combinaisons rapides de ses coéquipiers. S’il n’est pas le buteur le plus prolifique de l’équipe, un honneur réservé à l’infernal Wayne…euh Thomas Müller, il a toutefois été convainquant lors de la majorité de ses sorties avec la Mannschaft. En perte de vitesse au Bayern Munich en raison de pépins physiques et de la forte concurrence de l’effectif bavarois, l’ancien du Borussia Dortmund a profité des trêves internationales pour reprendre confiance et démontrer qu’il n’avait rien perdu de son talent.

MARTIN BUREAU/AFP/Getty Images
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Ce n’était donc pas une surprise quand Joachim Löw a aligné Götze d’entrée de jeu pour le premier match de la compétition, d’autant plus qu’il avait montré de bonnes choses lors des matchs de préparation contre la Slovaquie et la Hongrie. Face à des adversaires regroupés et bien organisés, ses qualités permettent de trouver des solutions dans les plus petits des espaces, faisant de lui la solution privilégiée du sélectionneur. Sa timide prestation offensive dimanche dernier, peu impliqué dans les combinaisons de son équipe et sans réelle occasion de but, a toutefois tout remis en cause aux yeux d’une opinion publique très encline à fondre le numéro 19 allemand. Nombreux sont ceux à réclamer une titularisation de Mario Gomez pour le match face à la Pologne, un comble lorsque l’on sait que le buteur du Besiktas est depuis des années le bouc émissaire favori d’une bonne partie des supporters allemands.

Mario Gomez: le buteur à l’ancienne

L’ancien goléador de Stuttgart et du Bayern n’a en effet jamais eu la vie facile au sein de la Mannschaft depuis ses débuts à l’EURO 2008 et son magistral raté contre l’Autriche. Régulièrement conspué dans les stades d’Allemagne, le fait qu’il ait le vent en poupe témoigne de sa grande forme et de sa confiance retrouvée. Après un passage compliqué en Italie (miné par les blessures), Mario Gomez a fait ses valises en direction de la Turquie et a depuis retrouvé le goût au football en même temps que le chemin des filets. Champion avec le Besiktas et meilleur buteur du championnat, Super Mario semble être dans la forme de sa vie et aborde l’EURO avec confiance et sérénité : « Si l’entraineur a besoin de moi une seule minute pendant tout le tournoi alors je donnerai tout pendant cette minute. »

Photo by Maja Hitij/Bongarts/Getty Images
Photo by Maja Hitij/Bongarts/Getty Images

Si Joachim Löw décide de lui donner sa chance pour la deuxième rencontre, Mario Gomez pourrait apporter des qualités différentes en attaque et répondre au défi physique des rugueux défenseurs polonais. S’il n’a ni l’aisance technique de Götze ni sa capacité à combiner en une touche de balle dans les petits espaces, il a l’avantage de peser sur les défenses, de créer des brèches et de représenter un danger constant pour les buts adverses. Contre des adversaires à l’organisation défensive douteuse, Gomez est sans doute le joueur idéal. Sa capacité à profiter des espaces est sans pareille, et son sang froid peut faire la différence à tout moment. Avec lui, l’Allemagne pourrait renouer avec son Histoire et retrouver un avant-centre dominant à l’image des Gerd Müller ou autres Rudi Völler. Que ce soit le temps d’un match ou l’espace d’une minute, peu importe pour Mario Gomez. Une chose est certaine, il donnera tout pour le collectif, la raison pour laquelle il est une alternative précieuse à la pointe de l’attaque allemande.

Götze ou Gomez ? En attendant l’annonce des onze joueurs qui affronteront la Pologne jeudi soir, les débats continuent pour savoir quel Mario sera aligné et lequel le mériterait le plus. A moins que le sélectionneur ne décide de prendre tout le monde à revers et de titulariser les deux ensembles. Un scénario peu probable, mais qui n’est toutefois pas à exclure vu qu’il a été travaillé lors des récentes séances d’entrainement. Seul Joachim Löw connait la réponse à cette question pour le moment, une réponse qu’il partagera avec nous, mais pas avant ce jeudi vers le coup de 20 heures.

(Photo by Alexander Hassenstein/Bongarts/Getty Images)