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À quelques heures du 1/8ème de finale opposant la France à l’Irlande et après un premier tour contrasté, de nombreuses questions sont encore sans réponses pour les hommes de Didier Deschamps. Assez pour les faire vaciller face à la modeste (mais courageuse) équipe d’Irlande ? Tentative de réponse :

Dimanche 26/06, 15h00. C’est le jour et l’heure que les Bleus avaient coché sur leur feuille de route. Ce moment correspond au 1/8ème de finale du premier du groupe A, un groupe qui sur le papier était peut être le moins relevé. Objectif réussi donc pour les hommes de Deschamps, mais acquis sans la manière. Les Bleus n’auront pas donc pas trouvé de réponses à des questions qu’ils se posent depuis maintenant deux ans et une longue campagne de matchs amicaux débutée par une victoire contre l’Espagne en septembre 2014.

Une tournée amicale

Depuis la défaite contre l’Allemagne lors de la dernière Coupe du Monde, et jusqu’au milieu de ce mois de juin, l’Equipe de France n’avait plus jamais joué un seul match à enjeu, ce genre de matchs où les hommes se montrent, ceux qui forgent un groupe et insuffle un état d’esprit. Le bilan de ces matchs amicaux est honorable : 20 matchs, 4 défaites, 2 nuls et 14 victoires. Alors certes toutes n’ont pas été éclatantes, mais elles sont le fruit d’un travail de cohésion et de création de groupe orchestré par Deschamps depuis deux ans. Et ces deux dernières années ont été pleines de péripéties.

Le but n’est pas ici de jouer au Captain Obvious et de dire « les amicaux ça ne ressemble pas aux matchs à enjeu », mais analysons de plus près cette vingtaine de matches.

Toi, qui lit cette article, selon toi, à quand remonte la dernière bonne performance de l’Equipe de France ? De quel match te souviens-tu pour sa qualité durant 90min ? Nous sommes d’accord… L’Equipe de France est à l’image de Deschamps, très souvent victorieuse et pragmatique. Ces deux années ont été marqué par une déroute contre la Belgique 3-4 (atténuée par les buts de Fékir et Payet), une belle contre-perf contre un petit Brésil (1-3), mais aussi par des moments plus intéressants comme ce triste 13 novembre face à l’Allemagne (2-0).
Deschamps a eu 20 matchs pour explorer tactiques, joueurs, et collectif. Qu’en a t-il fait ?

Deux ans d’amicaux, et maintenant ?

Côté joueurs, des cadres de la dernière Coupe du Monde ne sont pas dans le groupe (Benzema, Valbuena, Varane, Sakho), des petits jeunes ont fait leur apparition (Coman, Martial, Kanté), certains ont changé de statut (Pogba, Griezmann) et d’autres ont percé comme jaja (Payet). Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que la plupart des joueurs cités ont vu leur rôle évoluer en Equipe de France durant la saison écoulée. Deschamps jongle donc avec des quilles en feu depuis peu, lui qui rêvait de ces deux années d’amicaux comme d’échauffement préalable à cet Euro à la maison. Passons l’affaire de la sextape et la pénurie de forfait en défense, l’ancien capitaine des Bleus emmène quand même des gamins sans expérience internationale, et une charnière newlook composée d’un titulaire par défaut qui ne doit son salut qu’à son côté préférentiel.

Si les joueurs ont évolué, certains postes, déja considérés comme inquiétants en 2014, n’ont subi aucune modificiation. Evra et Sagna sont toujours là. Quid du manque de concurrence ? Digne, Kurzawa, Sidibé, Corchia voir Clichy, Jallet .. ne méritaient-ils pas de jouer un poil plus ? D’être testé ? La question du test dans le cadre de matchs amicaux est épineuse. Comment jauger la qualité d’un joueur face à des adversaires qui ont envie de voir passer les 90 minutes plus que rapidement, et si possible sans blessure ?

Côté tactique, peu d’évolution. L’équipe friable défensivement sur les côtés, qui aime les contre-attaques, peu à l’aise dans le jeu placé … est toujours là. De faux ailiers, un 9 pivot, deux 8 incompatibles, ne cherchez pas plus loin, les failles béantes décelées au Brésil il y a deux ans sont toujours là. Pourtant le secteur offensif s’est globalement renforcé et l’apport de jeunes comme Martial et Coman devait permettre aux Bleus de percer n’importe qui, n’importe quand. Dur à croire après les 3 premiers matchs …

Une fois tout ces problèmes passés en revue, reste t-il des signes d’espoir ? La France peut-elle réellement se faire doucher à domicile dès les 1/8èmes de finale ? La réponse est non. Du moins en théorie.

Pourquoi la France va l’emporter et lancer son Euro ?

D’une part, malgré le déficit de certitudes que les trois premiers match ont apporté aux hommes de Deschamps, la France dispose d’une armada offensive impressionnante. Griezmann, Payet, Pogba sont aujourd’hui à considérer comme certains des meilleurs joueurs du monde et sont capables, à chaque instant de faire des différences. Aucune nouvelle là dessus.

D’autre part, il existe la jurisprudence 2006. Revenons 10 ans en arrière, la France sort de deux nuls difficilement acquis et doit frapper le Togo pour atteindre les 1/8èmes de finale de la Coupe du Monde. Dix ans plus tard, nous pouvons aisément dire que si l’équipe de France n’affronte pas ce soir là un Togo pas bien fortiche, elle sort au premier tour. Ensuite, elle explose Espagne, Brésil, Portugal … Avec certes un Zidane dans la forme de sa vie. Mais preuve en est qu’une équipe peut naître après un premier tour.

Enfin, et argument non négociable, on a tendance à oublier que l’entraineur de cette équipe n’est autre que Didier Deschamps. Et on sait tous que Didier Deschamps, au jeu peu alléchant mais terriblement pragmatique, est capable de faire des exploits. La fameuse « chatte à Didier ».

Alors quid de ce France-Irlande ? On peut sans trop s’avancer dire que la France est favorite. Et qu’elle devrait passer si elle joue à son niveau. Après un premier tour compliqué, elle devra se faire violence et hausser son niveau de jeu dans une partie de tableau où chaque erreur se payera cash. Mais n’oublions jamais que comme Parker Lewis, Didier Deschamps ne perd jamais. Jusqu’au jour où …