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L’Italie c’est le romantisme, c’est la douceur, c’est l’amour. Rien ne semble violent de prime abord. Rien ne laisse paraître cet esprit de guerrier. Pas une seule seconde il est possible de penser qu’une vague aussi puissante va déferler sur ce qui l’entour. Pourtant lorsque l’heure de s’abattre arrive, l’habituelle douceur italienne laisse place à une hargne sans pareil. Une rage qui provient du cœur, quelque chose de passionnel, comme tout ce qui est lié à l’Italie finalement puisque la passion est ancrée en elle.

Le football ne se limite pas à une tactique proche de la perfection, à des contrôles voluptueux, des hommes talentueux bien que cela soit prépondérant. Ces limites ne sont pas les bonnes puisque les émotions, l’envie ou la détermination sont toutes aussi importantes dans cette quête de victoire. Les 22 acteurs qui se font face savent alors qu’ils font plus qu’entrer sur un terrain, ils posent leurs pieds sur un champ de bataille. Un immense rectangle où leur sort va se jouer en quelques heures qui semblent pourtant durer une éternité tant la pression est forte. Un combat à mort où les meilleurs triomphent à force de faire couler leur sang, de suer après avoir lutter comme des acharnés, de se tuer à la tâche avec l’aide de cette volonté profonde de ne rien lâcher. Logiquement, uniquement 11 guerriers ont remporté le combat. Onze hommes menés par un chef d’orchestre hors-pair, un génie. Un homme qui est capable de soulever les foules, de raviver la flamme qui s’éteignait pourtant en chacun de ses soldats et du peuple qu’ils représentent. Un homme qui fait passer son armée de onze à douze hommes sans la moindre vergogne.

PARIS, FRANCE - JUNE 27: Antonio Conte head coach of Italy shouts during the UEFA EURO 2016 round of 16 match between Italy and Spain at Stade de France on June 27, 2016 in Paris, France. (Photo by Mike Hewitt/Getty Images)
(Photo by Mike Hewitt/Getty Images)

Antonio Conte est ce magicien. Il est celui qui transcende tout un peuple, qui les pousse à penser que l’impossible n’existe pas en réalité. Ses mots sont prononcés lentement et avec conviction, à la manière des grondements du tambour qui ordonne la cadence à suivre. Son discours résonne dans les têtes, il a envoûté même ceux qui y croyaient le moins. Et si par hasard cela n’aboutit à rien, le fait de ne jamais avoir abandonné subsistera, la supériorité de l’autre armée sera reconnu avec classe, comme toujours avec ces hommes là. L’Italie restera l’Italie. Par ailleurs, ces paroles ont une porté inimaginable, le sport n’est plus qu’une place infime la dedans puisqu’une fois qu’il a été écouté, l’unique cause qui compte c’est de terrasser l’adversaire par n’importe quel moyen. Avec ou sans la manière et dans un combat homme à homme, à cœur ouvert. Toutefois si cette dernière est là, la victoire n’est que plus savoureuse puisque l’impression d’avoir coulé les 11 autres hommes dans les règles de l’art sur le carré vert n’a pas de prix.

Cet art justement, cette Italie-là le manie à la perfection puisqu’elle part au combat avec des soldats frêles, des hommes pourtant condamnés à l’échec qui se muent en véritables lions seulement grâce au pouvoir d’un seul homme, d’une seule voix surpuissante qui les fait renaître de leurs cendres. Ces bêtes sauvages qui ne cessent d’harceler ceux qui ne sont pas des leurs subissent mais n’abandonnent jamais. Leur bouclier se tord mais il ne cède pas grâce à la présence rassurante d’un dernier rempart ô combien précieux. En resserrant leurs rangs, ils souffrent ensemble pour la simple et bonne raison qu’ils croient en eux, ils savent au plus profond d’eux que le triomphe est loin d’être superflu face à des supposés titans. La flamme qui brûle en eux grâce au pouvoir de leur maître devient dès lors leur plus grande force. Peu importe qui est en face, peu importe si le monde entier pense qu’ils vont se faire écraser : eux savent pertinemment qu’ils vont les renverser. Que cette Italie plus guerrière que gracieuse ne se mettra jamais à genoux. Ces 11 guerriers, même assiégés, vont donner leur vie pour leur patrie, pour le drapeau. Avec l’âme de Spartacus en leur for intérieur, tout devient réalisable et l’effort ne fait plus mal, la douleur n’existe pas car elle se transforme, elle les nourrit. Cette rage se lit dans leurs yeux lorsque les premières notes de l’hymne résonne autour de ces soldats devenus des frères prêts à mourir pour une même cause. Cet instant marque le début du combat, le moment où le territoire doit être marqué. Le moment où ils doivent insuffler la peur à ceux qu’ils s’apprêtent à défier comme si c’était l’ultime fois qu’ils prenaient les armes sans avoir peur d’y laisser leur vie.

PARIS, FRANCE - JUNE 27: Italy players celebrate their team's second goal by Graziano Pelle (obscured) during the UEFA EURO 2016 round of 16 match between Italy and Spain at Stade de France on June 27, 2016 in Paris, France. (Photo by Matthias Hangst/Getty Images)
(Photo by Matthias Hangst/Getty Images)

Ce groupe de frères se réunit sous une même bannière pour vaincre, encore et encore sans jamais se plaindre. Ils s’unissent pour abattre leurs ennemis avec sang froid, sans la moindre panique en pensant seulement aux mots martelés plus tôt. Leur devoir se doit d’être rempli avec rigueur comme ces italiens savent si bien le faire depuis déjà des milliers d’années. La discipline va ici de pair avec l’envie puisque que le quadrillage parfait du champ de bataille se révèle être aussi tranchant qu’une lame tout juste aiguisée. Mais sans envie profondément enracinée, rien n’est possible puisque les efforts ne sont pas aussi bien réalisés. C’est ainsi que le romantisme laisse place au sang et à la sueur, que l’habituel classe laisse volontiers sa place aux gladiateurs qui font de l’arène leur terrain de jeu. De cette manière, l’Italie fait apparaître ses deux facettes avec d’abord la douceur avant que l’heure du combat arrive puis la hargne. Ce costume parfaitement réversible lui va à ravir puisqu’elle ne se cherche pas d’excuses, elle avance seulement avec ses propres valeurs, ces valeurs qui lui ont permises d’établir un empire. En voyant les autres effrayés et reculer, elle, elle continue d’avancer jusqu’à mettre à terre son adversaire à l’ultime seconde comme si les avoir fait espérer jusque là ce n’était qu’une ruse pour mieux les détruire ensuite. Voilà comment le triomphe s’érige, il se construit dans l’ombre en laissant les médisants parler sans connaître la vérité. Puis lorsque la bataille est enfin là, cette réalité dissimulée jusque là explose aux yeux de tous. Pourtant en partant à la guerre avec de vrais soldats, des hommes qui font office de valeurs sûres quoiqu’il arrive, et avec un vrai plan de bataille tout devient réalisable. L’adversaire n’est pas infaillible même si ce dernier arrive avec les armes les plus sophistiquées. Si ce dernier n’est pas préparé à voir cette vague déferler, il va s’effondrer au milieu du rectangle vert sans même avoir pu montrer de quoi il était capable. Ces outils n’auront été d’aucune utilité sans cette organisation militaire.

Pour l’Italie vaincre n’est jamais impossible même si cela se fait toujours de manière lyrique et dramaturgique. Le football n’est pas seulement un jeu, c’est une guerre sans merci où la pitié n’existe pas. La tactique entrelacée avec la hargne permettent de bâtir une forteresse semblant imprenable, un ensemble puissant qui domine tout à sa façon sans jamais renoncer à son identité. Et l’art de faire la guerre cela existe et lorsque ce dernier est importé dans le sport, la victoire peut apparaître comme une évidence. Antonio Conte dans le rôle de Jules César s’en va conquérir l’Europe avec ses soldats moqués jusque là mais parés à défendre leur étendard dès que l’heure aura sonné avec une seule phrase en tête « Siam pronti alla morte ».