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Les huitièmes de finale de cet Euro 2016 sont terminés et laissent un immense vide derrière eux : deux soirs consécutifs sans le moindre match. Rendez vous compte du malheur. Il faut dire que depuis le 10 juin et la cérémonie d’ouverture, il semble s’être écoulée une éternité. Qu’elles paraissent lointaines les images déplorables où des Russes et des British s’affrontaient à grands coups de barres de fer. Depuis, les Irlandais, les Gallois, les Islandais, pour ne citer qu’eux, ont écrit quelques unes des plus belles pages de la compétition.

Cette nouvelle formule à 24 nous a en effet permis de voir débarquer sur nos terres des sélections surprenantes, accompagnées de cohortes phénoménales de supporters. Dans la langue de Shakespeare, une bonne partie d’entre eux se sont époumonés en hurlant leur désir le plus ardent : prolonger ce mois de juin le plus longtemps possible.

« Don’t take me home please, don’t take me home, I just don’t wanna go to work. I wanna stay here and drink all ya beer, please don’t take me home »
Les Irlandais du Nord et d’Eire, les Gallois, les Anglais…

Partout où les colonies étrangères sont passées, elles ont laissé des souvenirs impérissables, qui marqueront toute une génération de Français, fans de foot ou simple autochtones. Bien sûr, Freed from desire de Gala continuera à résonner longtemps dans toute la Gaule, et Will Grigg sera en tête des charts dans un nombre colossal de parties Fifa. Fratelli d’Italia sera pour toujours associé au visage d’un Gigi Buffon en transe dès les premières notes. On n’imaginera plus un match des Croates sans un plan clairement établi pour une attaque aux fumigènes en règle. L’Islande sera bel et bien inscrite sur les cartes de l’Europe, tandis que le Mur Jaune ne fera plus uniquement référence à l’armada du BVB, mais aussi à celle des fans suédois.

Les Français, réputés pour leur nullité absolue en langues étrangères ont pu jusqu’alors se découvrir des connaissances inattendues en anglais, espagnol ou hongrois (moins souvent en hongrois, certes). Beaucoup de rencontres, et une occasion unique de visiter une dizaine de pays différents simplement en sortant sur le pas de sa porte. Demandez aux Bordelais tiens.

Une marée galloise pour commencer, capable d’écumer les pubs de la ville tout en célébrant un couple de mariés sur les quais du Port de la Lune. Un échauffement, en perspective de la déferlante qui devait suivre : Belgique-Irlande, et plusieurs dizaines de milliers de fans étrangers. Tout ou presque a été dit sur le comportement remarquables de la Green Army et des Diables Rouges. Cette berceuse entonnée pour un bébé dans le tram, ou cette sérénade romantico-éthylique adressée à une une beauté girondine.

On peut également y ajouter la belle histoire de ce jeune Belge, aux faux airs de Gerard Piqué. Il n’en fallut pas plus aux Boys in Green pour le porter en triomphe dans toute la ville, en chantant à la gloire du défenseur catalan. Le jeune homme, tunique rouge sur les épaules, floquée Nainggolan, évoque alors ce jour de mars 2016. Le 23, plus exactement. « Le lendemain des attentats à Bruxelles, je m’assois dans le métro. Radja Nainggolan vient s’asseoir à côté de moi. Depuis, j’ai acheté son maillot ». A l’heure où le pays souffre et est plongé dans la psychose, le numéro 18 de la sélection belge montre que comme sur le terrain, il n’a peur de rien.

Le lendemain de la rencontre, Bordeaux se réveille avec ce goût doux-amer en bouche. Les Irlandais et les Belges ont quitté la ville, laissant derrière eux un joyeux bazar. Ces deux soirées sans match laissent la même saveur.

La frénésie qui a accompagné ces 19 premiers jours de compétition s’est soudainement tue, avec la perspective toute proche de la fin de cet Euro. La France est encore en piste, l’Italie et Conte régalent, ne reste plus que les volcans Islandais mais la folie va désormais être maîtrisée, dirigée dans les canaux traditionnels, propres à ce genre de compétition.

Ce quelque chose de nouveau, lié à la formule à 24 équipes, s’est peu à peu dilué, semblant être voué à disparaître après dimanche soir, et les potentielles éliminations des derniers invités surprises. Leur départ, qui interviendra tôt ou tard, signera la fin de cette parenthèse estivale et les colonies étrangères ne seront pas les seules à avoir l’impression de rentrer à la maison. Don’t take us home.