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Sous le feu des critiques après une prestation « insipide » contre la Croatie, d’autant plus après une nouvelle qualification aux tirs aux buts, face à la Pologne ce jeudi à Marseille, le Portugal est aujourd’hui quart de finaliste de l’Euro sans avoir gagné le moindre match. L’anecdote peut surprendre, voire faire rire : un des prétendus favoris à l’aube de la compétition est incapable de gagner un match contre la Hongrie, l’Islande et l’Autriche. Ceci dit, pourquoi pas : notre terre Gauloise a connu pire. Seulement, après le huitième de finale, les réseaux sociaux se sont enflammés à la mesure des médias. Deux articles aux titres provocateurs signés 20 minutes, ainsi qu’une intervention factieuse de Riolo ont provoqué un tollé chez les supporters lusitanos, entrainant même des menaces de mort… Au delà de ce genre de réactions stupides et démesurées, une question se pose : Ça fait quoi si le Portugal ne gagne l’Euro qu’avec des matches nuls ?

Dégueulasse, vraiment ?

Annoncée en grande pompe, la sélection du Portugal est l’une des déceptions de cet Euro. Aujourd’hui, nous sommes loin des promesses de jeu spectaculaire, offensif et prolifique que certains avaient prédit. Pourtant l’équipe n’est pas aussi « dégueulasse » que certaines critiques pourraient laisser penser.

Statistiquement, il s’agit même de l’une des équipes les plus offensives du tournoi, avec des chiffres très proches de notre douce France. Durant la phase de poule, ils auraient même pu prétendre à mieux, en dominant chaque match. Le pénalty raté par Ronaldo face à l’Autriche aurait même pu même les propulser à la première place, si tant est qu’il avait été réussi. Mais le métrosexuel le plus célèbre de la planète en a décidé autrement.

Des regrets, le Portugal peut en avoir. Des joueurs prometteurs sont en deçà de leurs niveaux affichés en club. André Gomes a été succulent le temps d’une mi temps contre l’Islande, avant de s’éteindre complètement pendant que Joao Mario n’a jamais réellement su imposer sa vista lors des matches, tandis que l’attaque Cristiano-Nani manque cruellement de mordant… Finalement, rares sont les satisfactions. Seuls Guerreiro, Pepe, ainsi que les entrées percutantes de Renato ont été à la hauteur des attentes. Entre méformes et blessures, le Portugal se présente donc avec des incertitudes imprévues. Pourtant, leur confiance n’a pas l’air d’être ébranlée, loin de là.

Conscients que leurs niveau de jeu n’est pas celui qui devrait être le leur, les Portugais avancent dans cette compétition avec un pragmatisme nouveau. À l’issue du match contre la Croatie, Fernando Santos s’est même exprimé à ce sujet : « Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi».

Cette vision est le fruit de multiples déceptions dans les principales compétitions et particulièrement à l’Euro. Avec un palmarès vierge malgré trois demi-finales et une finale en tournois majeurs depuis 2000, les lusitaniens ont cumulé les déceptions avec comme point d’orgue le traumatisme de la finale de l’Euro 2004. Une loose qui semble ne pas vouloir lâcher les portugais. L’année dernière, c’est même leur sélection Espoirs qui s’est heurtée à la dernière marche face à la Suède, alors que les coéquipiers de Bernardo Silva étaient désignés comme grands favoris.
C’est cette incapacité à répondre présent lors des rendez-vous ultimes que les portugais veulent corriger. Cet Euro semble être l’opportunité parfaite pour conjurer le sort. Alors qu’aucune équipe ne se détache vraiment, les hommes de Fernando Santos ont hérité d’un tableau de phase finale à leurs portée. En combinant cynisme et talents, ils espèrent alors décrocher leurs premier titre.

Si le Portugal doit toucher le trophée en ne réalisant que des nuls ? Qu’il en soit ainsi. Une chose est sûre : Santos signerait de suite, ainsi qu’une majorité de ses compatriotes portugais. Peu importe les médisances des autres.

(Photo credit: BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images)