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Si le Portugal est à un pas de jouer une finale de l’Euro, finale tant attendu au pays de la Sagres, c’est en grande partie grâce au tamet de son entraineur. Pas le plus connu des coachs Portugais, Fernando Santos a réussi à fédérer un groupe pour l’amener en demi-finale. Si le Portugal ne joue pas un football attrayant, il peut se vanter d’avoir retrouvé une grande assise défensive et d’être en phase de jouer sa première finale depuis 12 ans.

Contesté au Portugal, génie en Grèce

(Photo by Handout/UEFA via Getty Images)
(Photo by Handout/UEFA via Getty Images)

Avant d’être coach de la Seleçao, Fernando Santos est un entraîneur talentueux comme le Portugal en forme à la pelle. Ancien arrière gauche d’Estoril et de Maritimo,  celui qui est surnommé « l’Ingénieur » au Portugal (grâce à son diplôme en électro-télécommunication) a eu une carrière secondaire.  Formé à Benfica, il verra rapidement que sa place n’est pas sur la pelouse mais bien sur un banc de touche. 187 matchs en pro auront suffi à rediriger le natif de Lisbonne vers les bancs de touche. Alors qu’il a été formé au Benfica, l’actuel sélectionneur n’a eu aucun scrupule à coacher le rival Portista  durant 3 saisons entre 1998 et 2001 puis le Sporting en 2003. Il fait partie de ces rares entraîneurs ayant entraîné les 3 grands Portugais dans leur carrière. Santos n’a jamais été considéré comme une référence au pays de Fatima. Le Lisboète compte un quart de finale de Ligue des Champions,  un titre de champion, deux Coupe du Portugal et deux supercoupes, tous remportés avec le FC Porto. Un bilan mitigé pour un coach qui eu le privilège d’entraîner les trois mastodontes du Portugal.

Après 14 années à bourlinguer au Portugal, l’ancien coach de Porto finira par trouver refuge à l’AEK devenant une référence en faisant du club populaire d’Athènes le principal rival de l’Olympiakos sur la saison. 74% de victoire, une coupe de Grèce dans l’armoire et un titre de meilleur entraîneur de la saison, Fernando Santos fait l’unanimité au club Kitrinomavroi (Jaune et noir). Après une saison presque-parfaite, il va à nouveau prendre son monde à contre-pied, direction le rival du Pana pour 6 mois avant de laisser sa place. Alors qu’on parle de lui pour entraîner la Grèce, l’ingénieur va enchaîner les aller-retour entre le Portugal et la Grèce. Sporting, AEK à nouveau, Benfica puis le Paok pour trois saisons, Fernando Santos est devenu une référence au pays des champions d’Europe 2004.

Sa nomination au sein de la sélection Grecque en 2010 n’est une surprise pour personne tant l’ancien du Glorioso était devenu incontournable. Pendant son mandat, Fernando Santos va assurer l’essentiel avec une des générations de joueurs les plus prometteuses de l’histoire du foot Grec. Mitroglou, Sokratis, Karnezis et autre Manolas ont éclaté aux yeux du monde en partie grâce à cette coupe du monde 2014 ou les partenaires de Karagounis ont réussi l’exploit de se qualifier en 1/8 de finale du mondial Brésilien. Un jeu défensif, un collectif soudé, et une volonté commune de marquer l’histoire auront été les leitmotivs de cette sélection. Tout ceci grâce à un Fernando Santos devenu un héros en Grèce. L’opportunité d’entraîner la Seleçao mis fin à son idylle avec la Grèce. Une nouvelle histoire débute pour le meilleur et pour le pire…

La victoire et rien d’autre

 (Photo by Handout/UEFA via Getty Images)
(Photo by Handout/UEFA via Getty Images)

Fernando Santos réalise un rêve de gosse en prenant en main le Portugal. Une équipe traumatisée par l’échec au mondial Brésilien, qui avait besoin de repartir sur des nouvelles bases. Au revoir le 4-3-3 et bonjour le 4-4-2 à plat. Chose rare au Portugal tant le 4-3-3 était devenue le système référence depuis des décennies. L’ancien sélectionneur de la Grèce va faire des choix forts, Cristiano Ronaldo jouera avant-centre avec Nani, les cartes sont redistribuées. Pragmatique, Fernando Santos n’hésitera pas à faire de la place à la nouvelle génération de cracks Portugais qui arrive. Exit Danny, Miguel Veloso, Hugo Almeida et autre Raul Meireles, l’ingénieur fait jouer les meilleurs. Joao Mario, André Gomes, William Carvalho et autres José Fonte vont connaitre les joies de la sélection rapidement. Un pragmatisme poussé à l’extrême qui verra même le vieux Ricardo Carvalho faire son retour en sélection à 36 ans à la place d’un Luis Neto de plus en plus moyen au Zenit.

Le Portugal n’a jamais été aussi soudé ces dernières années que sous Santos. Fini les innovations tactiques de Queiroz ou le manque de poigne d’un Paulo Bento, l’ancien coach de l’AEK sait faire la part des choses. Il a su responsabiliser ses joueurs tout en se faisant écouter. Alors que le Portugal traine une réputation d’équipe joueuse depuis des décennies et le passage de Luiz Felipe Scolari, Santos a su faire comprendre à ses joueurs et au peuple que pour gagner, il fallait savoir abandonner le beau jeu. Le Joga Bonito passe au second plan dorénavant seul la victoire compte. Un discours qui ne faisait pas l’unanimité au Portugal, mais les résultats parlent pour l’équipe. Avec des éliminatoires plutôt réussis, Fernando Santos a vu sa côte augmenter auprès des supporters malgré son discours. Pas emballé par son discours porté vers le résultat plutôt que le beau jeu « c’est super de bien jouer au football, mais ça fait pas gagner des tournois », ils ont fini par y adhérer.

 (Photo credit should read FRANCISCO LEONG/AFP/Getty Images)
(Photo credit should read FRANCISCO LEONG/AFP/Getty Images)

Les résultats parlent pour lui mais les médias ne sont toujours pas convaincu. Durant les phases de poule, Fernando Santos a subi les foudres des médias Portugais. Les trois matchs nuls en phase de poule ont du mal à passer malgré cela, personne doute au sein de la délégation Portugaise et surtout pas son coach. Il osera même une punchline qui restera dans les mémoires en cas de victoire en finale, « Je vous donne rendez-vous le 11 Juillet au Portugal pour fêter la victoire ». Une phrase qui prouve toute la confiance de Santos envers son groupe malgré les débuts poussifs. Un Fernando Santos qui n’hésitera pas à convoquer quelques journalistes pour leur demander d’arrêter les critiques envers lui et son groupe et plutôt encourager la sélection. Une démarche qui a plu au Portugal aussi bien chez les supporters que chez les journalistes.

Cette demi-finale est la meilleure réponse que pouvait apporter Fernando Santos au plus sceptique sur son cas. En effet, les médias ont oublié que la mission principale de l’ancien sélectionneur de la Grèce était de faire gagner le Portugal. Ceci est sa seule préoccupation quitte à faire deux autres matchs nuls et gagner aux tirs au but face à une équipe de France décimée, la manière ne l’importe peu. Quand les médias essayent de le titiller, il a toujours la bonne réponse aux petites piques. La meilleure reste celle sur le cas Pepe. Incertain, celui qui est surement le meilleur Portugais de ce tournoi est indéboulonnable en défense. Lorsqu’un journaliste lui demande si l’absence de Pepe serait un énorme problème, Fernando Santos préfère s’en amuser  » Désolé si vous ne dormez pas correctement à cause de cette situation mais pour ma part, je dormirais tranquillement car j’ai des très bonne solution pour remplacer Pepe s’il n’est pas à 100% ». L’ingénieur a une confiance totale en son effectif, la suite appartient à l’histoire et est « entre les mains de Dieu » comme l’a encore affirmé Cristiano Ronaldo.

(Photo credit should read FRANCISCO LEONG/AFP/Getty Images)