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« Il l’a fait, il l’a fait ! ». Non, Patrick Montel n’a pas commenté France-Portugal, la finale de l’Euro 2016. Mais si il l’avait fait, il aurait certainement prononcé ces mots. « Ça y est, il l’a fait ». Il a vaincu là où tous ces ancêtres ont échoué. Il a gravi la montagne que tous regardent encore avec une admiration singulière. Il a posé le drapeau national sur le toit de l’Europe, à la manière de Neil Armstrong sur la Lune. Cet homme est né à Madère. Il possède trois ballons d’or, bientôt quatre. Il est arrivé en Cristiano, et est reparti en Ronaldo. Il se présente sous la marque CR7, ou sous le nom de meilleur joueur du monde. Mais aujourd’hui, trois mots suffisent pour le décrire : champion d’Europe.

Jour 1 :

14 juin 2016. Des deux côtés des Pyrénées, l’attente de l’entrée en lice des Portugais est insoutenable. Alors on se rassure comme on peut, avec des arguments lambda qui vont accompagner les lusitaniens pendant toute la compétition. Le problème est bien là : des arguments bateaux, incompatibles avec le haut niveau. Car dans le football international, il n’y a pas de petites équipes. Les grandes équipes possèdent des grands joueurs. Les petites équipes, un supplément d’âme. Ce supplément d’âme qui permet de gravir des sommets, de montrer sa puissance au monde entier. Une information que ne possédait malheureusement pas encore l’équipe de Fernando Santos avant le coup d’envoi. Pendant 90 minutes, le groupe oscillera entre paradis et enfer, vendangeant de nombreuses occasions, à l’image de toute la phase de groupe. Résultat final, 1-1 contre une Islande accrocheuse, qui réussira à rendre aux Portugais un Cristiano râleur et mauvais perdant. Illustration de cet agacement, le refus d’échanger son maillot. Geste qui sera ensuite fortement moqué par les joueurs islandais sur Twitter.

 JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP/Getty Images
JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP/Getty Images

 

Jour 2 :

Le scénariste du tournoi s’apprête de nouveau à faire pleurer les bookmakers. Un point pour le Portugal, zéro pour l’Autriche, le match s’annonce déjà électrique à quelques heures du coup de sifflet. Pourtant, alors que les deux favoris de la poule possèdent en attaque de quoi dynamiter des murs blindés, le score reste vierge, sans réel frisson. La faute à un ballon aimanté au poteau, que Ronaldo enverra trop à gauche sur la balle de match. Mais que se passe-t-il donc avec cette équipe portugaise, qui a laissé tant de points en route après seulement deux matchs ? Certes, l’arrière garde paraît solide, avec un grand Pepe et la jeune pousse Guerreiro. Mais le problème majeur est, et restera jusqu’au bout, l’attaque. Le spectacle ? Jamais nous ne le verrons. Renato Sanches, Joao Mario, Quaresma. Des soldats au service de l’armée. Pas un mot plus haut que l’autre. Pas une passe plus forte que l’autre. Pas un dribble plus extravagant que l’autre. Le football simple, sans artifices, sans magie, et jusqu’ici sans victoire.

Jour 3 :

« Win or go home ». Voilà le genre de match qui attend les Portugais. Enfin pas tout à fait, car un match nul pourrait même suffire en fonction des résultats adverses. Une dernière chance, voilà ce qui est offert à la bande de Santos. Une dernière chance qu’ils vont saisir. Une dernière chance qu’ils vont prendre à deux mains, avant de la faire tomber bien vite, et de la rattraper au moment où elle allait se fracasser sur le sol. Avant qu’elle ne leur passe sous les yeux, et qu’elle ne repasse plus pendant des années. Dans ces moments-là, où personne n’a le contrôle de la situation, il faut un être différent des autres, un être proche du demi-Dieu. Un être qui sur une action fera basculer le cours de l’Histoire. Au pays, le nom est tout trouvé. Ronaldo, Cristiano Ronaldo. Par deux reprises, dont une madjer à faire lever Omar Da Fonseca, il permet à sa nation de recoller au score. Comme quoi, jeter les micros ça porte chance non ? Au final, ce sera un point pour le Portugal, qui se qualifie miraculeusement pour les huitièmes. La victoire, ce sera pour plus tard.

Shaun Botterill/Getty Images
Shaun Botterill/Getty Images

 

Jour 4 :

Depuis cette année, le 25 juin est officiellement déclaré « Journée de l’ennui ». Un but au bout de 120 minutes. 120 minutes qui ont paru une éternité. 120 minutes aussi longue à regarder que tous les matchs de l’Euro mis bout à bout. Malgré cela, le peuple portugais remercie (pour la première fois) Quaresma, qui marque à bout portant dans le but vide, sur un contre éclair mené par Ronaldo and Co. Crucifiés, les croates, qui avaient pourtant l’avantage dans ce match, n’arriveront jamais à revenir dans la partie. Direction les quarts, avec zéro victoire au compteur. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Ou plutôt l’inverse.

Jour 5 :

En ce 30 juin, Quaresma devient l’officiel anti-héros portugais. Derrière Ronaldo, il est ce joueur banal capable du meilleur comme du pire, branché sur courant alternatif, avec un extérieur du pied droit à faire pleurer un gardien et sa défense. Mais au bout (encore) de 120 minutes, et de quelques pénaltys, c’est à lui de se présenter pour délivrer le peuple rouge et vert. Le destin d’un pays entre les mains. Vivre ou mourir ? Telle est la question qui lui est posée. Il y répondra d’un boulet de canon juste en dessous de la barre. C’est qui le patron ? Pour la deuxième fois de la compétition, il rappelle à son pays que lui aussi, il l’a soulevé, la coupe aux grandes oreilles. Toujours sans victoire, le Portugal continue l’aventure, et poursuit le rêve de tout une population.

Jour 6 :

« Je ne suis pas la star de l’équipe. La star, c’est l’équipe. » En ce 6 juillet, cette phrase n’est pas tellement d’actualité. D’un côté, le plus madrilène des portugais, CR7. De l’autre, le plus anti-Barça des gallois, Gareth Bale. Leur point commun : un goût très prononcé pour l’individualisme. Et c’est finalement Monsieur U.V qui sortira vainqueur de cette corrida interminable, où le torrero portugais prononcera le dernier mot du match. Un but, une passe décisive, et la première victoire du tournoi. Un match incroyable, non ?

Dan Mullan/Getty Images
Dan Mullan/Getty Images

 

Jour 7 :

« Jour 7, la victoire dans la tête. Une éternité, que j’attends ce trophée ». A quelques heures du match, CR7 réinvente les paroles de la (fameuse ?) chanson de Louane. Un match particulier les attend, une sorte de revanche. Une revanche de cet Euro 2004, perdu à la maison contre des grecques inattendus à ce niveau là. Cette fois, les rôles sont inversés, avec la France dans celui du pays hôte, d’animal à traquer jusque la mort. Et le Portugal dans le rôle de l’outsider. Au fur et à mesure de ce match où l’oxygène manque de plus en plus, le scénario parfait se dessine pour les soldats de Santos. Les français, dominateurs, ne sont absolument pas capables de tuer le match, de marquer ce but qui libérera les corps et les esprits. Alors ils attendent, patiemment, le moment pour porter le coup de couteau décisif. Cristiano, envoyé sur le banc au bout de quelques minutes, se transforme alors en gourou, que chaque joueur consulte avant de prendre une décision. Le demi-Dieu n’est plus, et se transforme en prophète lorsqu’il s’agit de dire à Eder qu’il marquera le but décisif. La der pour Eder, au bout de 120 minutes toujours, on ne change pas une équipe qui gagne. A croire que le Portugal ne sait plus jouer un match en 90 minutes.

Il y a un mois, beaucoup d’espoirs avaient été placés dans cette équipe portugaise, au potentiel offensif sans limites. Un mois plus tard, ces espoirs se sont confirmés, via un jeu ennuyeux, mais ô combien efficace. Car oui, il faut le dire et les féliciter : les portugais sont champions d’Europe. N’en déplaise aux puristes, aux amateurs du Joga Bonito, c’est bien le catenaccio et la patte mourinhesque qui ont triomphé en ce 10 Juillet 2016.

Le 19 septembre 2004, le Chelsea de Jose Mourinho accueille les Spurs du français Jacques Santini, coach par intérim. Alors que la bande du portugais peut rattraper Arsenal en tête, Tottenham gare le bus et repart avec un point miraculeux. Ce qui a le don d’énerver le spécialiste de la pratique, Mister Mourinho. Pourtant, quelques années, il effectuera sans scrupules un catenaccio imprenable qui lui permettra de remporter la Ligue des Champions avec l’Inter.
Le 4 juillet 2004, le Portugal affronte la Grèce en finale de la coupe d’Europe. Au bout de 90 minutes et un but de Charisteas, le Portugal perd la finale de SON euro. Pendant des semaines, ils ne cesseront de critiquer la tactique ultra-défensive adoptée par leur adversaire grecque. Le 10 juillet 2016, et pendant un mois de compétition, les portugais opteront pour ce choix tactique afin de toucher le graal. Si il faut bien retenir une seule chose de cet Euro, c’est qu’il ne faut jamais dire jamais. Car devant la victoire, les idées du passé ne sont plus celles du présent.
Comme le disait Omraam Mikhaël Aïvanhov, l’Histoire humaine est une succession de changements. Une succession de changements de pensée, qui font basculer l’Histoire humaine.