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Qu’elles paraissent loin les saisons 2007/2008 et 2008/2009 où les anglais plaçaient trois de leurs poulains dans le dernier carré de Ligue des Champions (respectivement Liverpool, Manchester United et Chelsea puis Arsenal, Manchester United et Chelsea). Qu’elle paraît loin l’année 2009 qui a vu un joueur de Premier League couronné Ballon d’Or (pour la deuxième fois du 21ème siècle seulement…) en la personne de Cristiano Ronaldo et enfin qu’elle paraît loin l’époque où il ne fallait pas se justifier d’un argumentaire Dupont-Moretti-esque lorsqu’un pauvre hérétique obscurantiste (tel que moi) allait osait clamer à qui veut l’entendre que le championnat Anglais est le meilleur au monde.

Parce que malheureusement, il s’est passé pas mal d’évènements et phénomènes qui ont redistribué les cartes du football européen depuis 2009 et l’an 0 de l’avènement de Pep Guardiola.

Du côté de Madrid, la deuxième vague de galactiques a complètement relancé une fin de décennie 2000 morose de la maison blanche pendant que chez le parent pauvre rojiblanco de la ville un Cholo dégénéré préparait en silence dans son laboratoire une redoutable machine à gagner sans jouer. Tout ça pour répondre à ce qui ressemblait bien à un début de domination sans partage du côté de la capitale catalane, emmenée par un génie mutant sous hormones de croissance, lui même dirigé par un calvitié d’un génie tout à fait similaire. Sans oublier que de l’autre bord du Rhin, le manoir Bavarois s’est décidé à retrouver sa place parmi les rois de ce jeu d’échec qu’est le foot européen, accompagné de son petit frère jaune et noir. Pour couronner le tout, la Juve s’est rachetée (rires) un football et un potentiel de vainqueur de la plus haute marche du football continental au passage.

En somme, le paysage du football européen a été complètement bouleversé ces dernières saisons, toutes les têtes d’affiche de chaque pays essayant tant bien que mal de se tailler sa part du gâteau.
Toutes ? Non. En effet, une île d’irréductibles britanniques a raté ce train et s’est vu plonger droit dans la fin de cycle lors du passage à la deuxième décennie du siècle.
Les têtes d’affiche ne font plus rêver, les transitions d’entraineurs ont été ratées, peu de joueurs pouvant se targuer d’être les meilleurs du monde à leur poste… et voilà l’Angleterre dans l’oeil du cyclone des observateurs qui n’y voient plus qu’une vaste blague, pourrie par l’argent coulant à flots et les tacles dans la boue.

Oh qu’ils l’ont attendu longtemps, ce moment où chacun pourrait promouvoir sa boutique en se réclamant meilleurs que ces britanniques qui n’y connaissent rien.
« En Serie A c’est le talent et la science tactique ! »
« En Bundesliga on a plein de buts et la discipline tactique ! »
« En Liga toutes les équipes jouent en une touche vers l’avant et, eh, on a Messi et Ronaldo ! »

Mais bien sûr les trois s’accorderont pour dire la même chose : « bouh les anglais pas bons trop d’argent nul surcôté pas fort au foot bouh ross barkley top player lol »
La grammaire n’est pas leur fort, certes. Mais par dessus tout ils savent employer le mot passe-partout de l’analyse footballistique de 2016 : surcôté. Utilisé à tort et à travers probablement mais personne ne niera le nivellement par le bas de la Premier League ces dernières saisons. Il faudrait être borné pour dire le contraire. Non, il n’est plus le meilleur championnat du monde, au profit de la Liga, certains diront. Seulement, comme chaque championnat il devrait avoir droit à une période de renouvellement. Comme Rio Ferdinand l’a lui même constaté : « À mon époque, les meilleurs joueurs du monde jouaient en Premier League. Aujourd’hui il n’y en a aucun »

Mais nous vivons dans une époque où la culture de l’instant est érigée en modèle de réflexion et forcément, la Premier League ne peut donc qu’être jetée à la cage aux lions.

Et d’autant plus lorsque la ligue la plus compétitive du monde vient de signer un nouveau contrat TV colossal dont la simple évocation des chiffres donnent le tournis et donnent pas mal de comparaisons hilarantes, comme par exemple le fait que le dernier classé du Royaume se verra doté d’un plus gros cachet télévisuel que le vainqueur de notre Hexagonal bien de chez nous.

Chacun pensera ce qu’il voudra du futur à court terme de la Premier League, mais il me paraît difficile d’imaginer autre chose qu’une rapide reconstruction, à coups de livre Sterling dévaluée et de techniciens venus de toute l’Europe… même si je ne suis pas l’oeil le plus objectif pour juger de cela.

Le déterminant Paul Pogba

La saga de l’été à n’en pas douter, le futur de Paul Labile est sur toutes les lèvres pendant cette fenêtre de mercato, au grand plaisir d’Adidas qui voit sa poule aux oeufs d’or 24 carats vouée à un transfert blockbuster chez son plus gros client ou à rester dans l’équipe de… l’un de ses plus gros clients. Au delà de tout ce que l’on peut penser de Pogba, tant de la régression sportive immédiate que constitue un transfert de la Juve vers Manchester United ou du fait qu’un joueur loin d’avoir atteint le stade de « produit fini » footballistiquement devienne le transfert le plus cher de l’histoire de notre sport, ce feuilleton estival (ou #BlahBlahBlah selon la marque aux trois bandes) fait un bon état des lieux du football européen aujourd’hui.

Longtemps resté aux renseignements sur le cas du natif de Lagny-Sur-Marne, le Barça s’est finalement effacé du dossier cet été. Le Real Madrid lui, est longtemps resté lié au Français, qui aurait été convoité par Zizou himself… Avant de se retirer lui aussi du dossier par l’impulsion de son président qui n’aurait pas voulu faire sauter la banque (le tout d’après AS)… contrairement à Manchester United (même si au moment où j’écris ces lignes Pogba n’est pas encore joueur des Red Devils).

Se montrent alors deux vérités : la première est qu’un club anglais (pas n’importe lequel, certes) peut dépasser un des deux géants espagnols sur un transfert blockbuster et s’attirer les faveurs de l’un des joueurs les plus en vue du marché. La seconde est plus flatteuse pour nos amis hispaniques : Aucun des deux golgoths madrilène ou barcelonais n’a besoin de Paul Pogba. Tandis qu’une arrivée de Paul Labile à Manchester serait comment dire… plus que bienvenue au vu des manques de l’effectif mancunien.

Fans de Pogba, ne me sautez pas à la jugulaire tout de suite : loin de moi l’idée de dire que le Français n’aurait pas sa place au Real ou au Barça et soyons clairs : aucune équipe ne peut prétendre cela.

Toutefois, en regardant la réalité sportive, parler du Real et du Barça revient à parler des deux clubs se partageant la Ligue des Champions depuis maintenant trois saisons… et pas de n’importe quelle manière : avec chacun une ligne d’attaque pouvant prétendre à être la meilleure du monde, des milieux de terrain de classe mondiale et chacun une ligne défensive relevant plus de la forteresse que de l’alignement de plots. En bref : l’accumulation de talents que ces deux clubs opèrent depuis plusieurs mercatos a probablement atteint son point culminant, le point où il est difficile d’intégrer intelligemment une autre superstar à l’effectif sans chambouler un certain équilibre sportif. Si ces clubs ont encore de nombreuses saisons au très haut niveau à nous offrir, il ne serait pas étonnant de les voir plus discrets sur la période estivale actuelle, ainsi que la prochaine.

Ce qui est loin d’être un problème pour nos chers cadors Anglais qui se retrouvent désormais avec le sou, un nombre incalculable de chantiers et surtout des entraîneurs renommés pour leur donner le cap et une identité de jeu durable. Plus qu’à attendre que la plus grande partie de Football Manager du monde ne commence.

En espérant que ceux qui ont la Premier League en horreur se sont bien régalés de ses malheurs, il est grand temps que l’île de la pluie, du ballon et de sa majesté la Reine reprenne ce qui lui est dû de droit… c’est à dire sa place à la table des colosses européens.