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Cinq points abandonnés en cours de route, une défaite dès la troisième journée, des prestations inabouties, une équipe fragilisée, une attaque fébrile, une confiance qui s’effrite, des supporters qui s’impatientent et des journalistes qui s’insurgent… Le moins qu’on puisse dire c’est que les débuts d’Unai Emery sur le banc du Paris Saint Germain ne sont pas de tout repos. Ni très performants, ni très convaincants.

Faut-il alors d’ores et déjà crier à la catastrophe ? Faut-il se joindre à l’ordre des journalistes français qui semble unanimement glorifier la tranquillité de l’ère Blanc ? Faut-il parler, pour reprendre l’expression si judicieuse et mesurée du premier quotidien sportif de l’hexagone, de « l’inquiétude Emery » ? (Spoiler : non).

« Quand on change de coach, on change toute la philosophie de jeu et on est en train d’emmagasiner les choses que le coach veut changer, ce qu’il nous demande, et cela va prendre un peu de temps. C’est normal, on est au début de la saison. » a déclaré Lucas à l’issue du match nul concédé vendredi face à Saint-Étienne. Qui dit nouveau coach dit nouveau système, et qui dit nouveau système dit nouveaux automatismes. Le PSG semble être logiquement dans une période d’adaptation. N’oublions pas que les Parisiens n’en sont qu’à leur cinquième match officiel cette saison, que beaucoup d’internationaux sont revenus tardivement de l’Euro, de la Copa America ou encore des Jeux Olympiques, et que le travail entrepris par Emery a encore été freiné par la récente trêve internationale qui l’a privé de joueurs importants à la fois à l’entraînement la semaine dernière et pour le match contre Saint-Étienne.

Les difficultés d’adaptation des nouveaux coachs au PSG ne sont d’ailleurs pas chose rare : rappelons qu’au terme de la quatrième journée de Ligue 1 le PSG d’Ancelotti comptait 6 points lors de sa première saison, et celui de Blanc 8 points. Rien d’alarmant donc pour le moment, d’autant plus qu’aucune équipe de Ligue 1 ne semble encore vraiment se dégager, le leader n’étant qu’à trois points du PSG. Si les débuts du PSG d’Emery ne coïncident pas avec le final tonitruant de la saison dernière, ils sont donc cependant à la fois justifiés par la mise en place d’un nouveau style de jeu et tempérés par les résultats similaires de ses prédécesseurs.

Il n’empêche que personne ne semble se satisfaire de cet argument et qu’Emery est déjà pointé du doigt. Le coach a lui-même déclaré vendredi soir être l’unique responsable de la déroute. Il semble néanmoins judicieux de rappeler que si ses choix tactiques et sa gestion de l’équipe sont discutables, le cœur du problème est certainement plutôt celui de l’effectif. Le mercato d’été du PSG le laissait présumer : l’équipe, amputée de certains joueurs-cadres et aujourd’hui affaiblie par les blessures (Pastore, Aurier, Maxwell, captain Thiago Silva, et maintenant Kurzawa), ne fait pas le poids. Un comble pour un club qui tourne à 500 millions d’euros de budget ! Peut-on alors dans ces conditions se contenter de jeter la pierre à Emery pour avoir dû se résoudre à aligner vendredi une défense Meunier, Marquinhos, Motta, Kimpembe ? Et que dire du potentiel offensif du PSG ? Le départ de Zlatan semble avoir laissé pour le moment la place à un triptyque Lucas-Jese-Ben Arfa qui ne trouve pas ses marques et avoir impliqué une absence de doublure stable à Cavani (en témoignent les permutations HBA-Jese)…  Est-ce de la faute d’Emery si le mercato estival n’a pas été à la hauteur des ambitions du club ? Est-ce de la faute d’Emery si le PSG a été dépouillé de son principal atout offensif ? Est-ce de la faute d’Emery si la défense est minée par les blessures ? Est-ce de la faute d’Emery si la préparation a été altérée par les retours tardifs des internationaux ? Est-ce de la faute d’Emery si au bout de 5 matchs officiels les automatismes ne sont pas encore acquis ? Soyons sérieux.

Il convient également de garder à l’esprit qu’à quelques exceptions près les matchs du PSG en Ligue 1 n’ont jamais été très spectaculaires. Il faut en effet avouer que ces dernières années l’équipe a souvent ronronné, et a maintes fois été sauvée par l’efficacité de la machine Zlatan, la persévérance des joueurs, et l’épuisement de l’adversaire. Sur le premier point, il s’agira donc de compenser le départ d’Ibra par un trio offensif cohérent et compétent. Pour ce qui est de la persévérance, on comptera sur l’expérience des cadres restants, sur la ténacité du coach et sur l’ambition du club pour remotiver les troupes. Quant à l’épuisement de l’adversaire, il paraît évident qu’il n’a jamais été atteint à Louis II, les Monégasques étant physiquement bien préparés et mentalement galvanisés par l’exploit potentiel ; et qu’il n’a pas suffi face à Saint-Étienne, les Verts ayant profité des largesses défensives du PSG pour marquer contre le cours du jeu -n’ayons pas peur des mots- en toute fin de match. A rappeler également que ces deux équipes étaient elles dans une dynamique ultra-positive due à leurs réussites relatives en Ligue des champions et en Ligue Europa, avaient bénéficié d’une préparation estivale plus prospère que les Parisiens, et, n’ayant pas été profondément modifiées depuis la saison dernière, pouvaient puiser leur stabilité dans la continuité du staff et des joueurs.

Plutôt que de tirer des conclusions hâtives, attendons donc de voir l’évolution du championnat et les vrais tests européens pour évaluer le travail d’Emery. Le nouveau coach du PSG a beaucoup à apporter à l’équipe, et une telle évolution prend du temps. Si les joueurs maintiennent leur confiance et continuent à travailler, il n’y a aucune raison pour que sa méthode ne fonctionne pas. Et pour citer Hatem Ben Arfa, le meilleur d’entre nous, le prince des dribbles, le roi de la zone mixte : « On n’est qu’au début de saison ; il faut voir sur le long terme, ne pas se précipiter. Moi je ne suis pas inquiet vu la qualité de l’équipe. Tous les joueurs sont très techniques. Tactiquement, il y a de l’intelligence, de l’expérience… Je n’ai pas de doutes sur le terrain. »

Crédits Photos : GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP/Getty Images