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Cette année la scène européenne va encore une fois accueillir de nouveaux participants qui n’y ont peu ou pas mis les pieds jusque là. C’est justement le cas pour Mainz qui malgré des apparitions lors des saisons 2005-2006 et 2011-2012, n’avait jamais atteint les phases de groupes. Mais cette année c’est chose faite grâce à un travail long et acharné qui a fini par payer. Doucement mais sûrement le club a progressé depuis 2010 et son retour dans l’élite après deux années passées en seconde division allemande. La stabilité a notamment été trouvée par l’intermédiaire d’un staff extrêmement compétent mais aussi grâce à des coachs qui ont marqué et marquent encore l’histoire de ce club à leur manière. Sans ces hommes le 1. FSV Mainz 05 n’en serait pas là aujourd’hui.

La gestion d’un club est primordiale si l’on veut que celui-ci fonctionne convenablement mais surtout si l’on souhaite qu’il grandisse jusqu’à parvenir à se faire un trou sur la scène internationale. Et justement grandir quand on a de l’argent est une chose plutôt aisée surtout dans le football moderne. Mais cela devient bien plus difficile à partir du moment où ce paramètre manque puisque sans fonds conséquents, la marge de manœuvre se trouve être fortement réduite. Pourtant ceci n’a pas empêché Mainz de grandir progressivement sous les yeux bienveillants d’un homme : Christian Heidel, le directeur sportif resté au club entre 1992 et l’été 2016 avant de partir à Schalke 04 pour succéder à Horst Heldt. Ce dernier avait d’ailleurs déclaré en février dernier lorsque cela a été rendu public : « D’un côté j’ai vraiment hâte d’y être, et d’un autre côté je suis triste. Je n’ai aucune idée de ce que c’est de changer de club. Ce sera très intense émotionnellement mais je vais y arriver ». Quitter la maison que l’on a construite ce n’est jamais facile… Ni la regarder évoluer sans qu’on ne puisse plus la façonner…

Papa regarde une dernière fois tout ce qu'il a construit. (Photo by Thomas Starke/Bongarts/Getty Images)
Papa regarde une dernière fois tout ce qu’il a construit. (Photo by Thomas Starke/Bongarts/Getty Images)

En effet c’est grâce à cet homme (remplacé par Rouven Schröder suite à son départ) que Mainz a pu sa bâtir un effectif solide sans être extrêmement coûteux pour autant. Le club a effectué des transferts intelligents avec des joueurs pas forcément connus mais ayant de bonnes qualités. En s’ouvrant à l’étranger mais aussi en engageant des jeunes joueurs sortant de centres de formation allemands l’effectif des Nullfünfers a pu s’étoffer afin de gravir convenablement les échelons en Bundesliga.

Depuis 2011, période où cette politique a véritablement pris effet, le FSV a par exemple vu arriver Mo Zidane, Yunus Malli, Johannes Geis, Pablo De Blasis ou encore Gaetan Bussmann etc. Sans oublier le centre de formation qui s’est révélé être précieux dans l’ascension du club. Beaucoup des joueurs ayant porté les couleurs du club se sont d’ailleurs révélés ce qui a permis de faire des profits plus ou moins conséquents tout en faisant le bonheur  des autres clubs allemands, comme lors de la vente d’André Schürrle au Bayer Leverkusen, Erik-Maxim Choupo-Moting à Schalke 04. Cette technique semble peut-être bateau mais finalement peu de clubs parviennent à mener une telle politique sur la durée tout en ayant un résultat aussi concluant qu’à Mainz. Aujourd’hui si le club peut se targuer d’être en aussi bonne santé sur le plan sportif et financier c’est en partie pour cette raison. Mais Christian Heidel n’est pas le seul architecte dans cette histoire, il y a d’autres acteurs majeurs qui ont eu et ont toujours une place majeure dans le projet.

Ils sont prêts pour la prochaine Une de Vogue.
Ils sont prêts pour la prochaine Une de Vogue.

Ces autres techniciens sont tous connus et reconnus en Allemagne mais aussi en Europe, leurs noms sont tous évocateurs grâce à ce qu’ils ont réalisé au cours de leurs carrières respectives. Que ce soit Jürgen Klopp, Thomas Tuchel ou maintenant Martin Schmidt, chacun a apporté son grain de sel à la montée en puissance du club de Rhénanie-Palatinat. En passant par des promotions en Bundesliga, une relégation, un nouveau coach 10 jours à peine avant la reprise du championnat ou au cours de celle-ci. Tour à tour, ces coachs ont écrit l’histoire du club en réalisant des bilans toujours plus impressionnants tout en proposant un jeu attrayant, explosif, qui a donné du fil à retordre à ses adversaires. D’une équipe adepte du pressing qui permettait de déclencher des contres fulgurants à une équipe misant sur la possession et extrêmement flexible en fonction de l’équipe rencontrée pour revenir à un football centré sur une projection très rapide une fois le ballon récupéré, un pressing haut ainsi qu’un nombre de courses incalculables demandant des nombreux efforts. Ce dernier élément est d’ailleurs caractéristique de l’équipe de Schmidt – le traduction allemande de Dupont si vous préférez – puisque son équipe est l’une de celles qui courent le plus en Bundesliga. Alors oui le football ce n’est pas de l’athlétisme pourtant cela a une importance sur les performances car cela indique l’intensité mise par les joueurs qui n’hésitent pas, tous autant qu’ils sont, à produire des efforts importants lors des matchs. Malgré ceci, un point faible subsiste dans cette équipe avec la défense qui peut se révéler être friable et cela risque d’être encore plus le cas cette année avec le départ de Baumgartlinger qui était posté devant la ligne de 4 défenseurs et qui effectuait un travail précieux dans l’ombre.   Le jeu n’est pas le seul critère important pour le coach allemand puisque la notion de groupe précieuse pour lui et elle  n’est pas anodine dans la réussite de cette équipe. Et afin de générer cela chez ses hommes rien de mieux qu’un trek des les Alpes Suisses lors de la trêve hivernale…

Tout ceci contribue à créer l’identité de Mainz en Allemagne, ainsi que celle de Martin Schmidt qui était déjà couvert de louanges par le directeur sportif lors de sa nomination en Février 2015. Ce dernier avait « la discipline tactique, agressivité, la passion, le fighting spirit et la volonté de développer l’équipe tout en lui donnant l’élan qui lui avait manqué lors des derniers mois [sous Kasper Hjulmand] » d’après Heidel. Ce choix n’avait pas été fait au hasard puisque avant de prendre en main l’équipe première, M.Schmidt était le coach du FSV Mainz 05 II après avoir été repéré par un certain Thomas Tuchel alors en poste à ce moment là. En connaissant les plans parfaitement, l’homme aux airs de mécanicien (métier qu’il a d’ailleurs pratiqué avant de devenir entraîneur) n’avait plus qu’à appliquer ses principes, chose qu’il a pour le moment réussie à la perfection. Son bilan en terme de points moyens remportés est d’ailleurs meilleur que ses prédécesseurs eux aussi adeptes aux survêtements et à la barbe de 3 jours. Visiblement ce critère compte pour entraîner et réussir à Mainz au passage !

Pas de calvitie à Mainz, surtout pour le coach et le capitaine - parti depuis. (Photo by Juergen Schwarz/Bongarts/Getty Images)
Pas de calvitie à Mainz, surtout pour le coach et le capitaine – parti depuis. (Photo by Juergen Schwarz/Bongarts/Getty Images)

C’est ainsi que les Nullfünfers se sont érigés en l’une des équipes les plus attrayantes de Bundesliga. Cette équipe surprise que l’on n’attend pas forcément au vu de ses moyens limités par rapport à Schalke 04 ou au Borussia Dortmund et même au TSG Hoffenheim. Preuve que l’argent n’est pas toujours un facteur déterminant pour réussir (n’est-ce pas la Ligue 1 ?).Il faudra donc garder un œil sur eux en Europa League, notamment du côté de Saint-Étienne qui va pouvoir goûter à ce vent de fraîcheur allemand. Et ce malgré la perte de joueurs clé comme leur capitaine, Julian Baumgartlinger ayant rejoint le Bayer Leverkusen pour la modique somme de 4 millions d’euro seulement, ou de leur talentueux gardien Loris Karius remplacé par Jonas Lössl. Le XI reste tout de même compétitif même si l’effectif peu profond ne sera pas suffisant pour exceller sur les tous les tableaux. En revanche s’il y a une défaillance en Europa League cela sera plutôt le résultat d’un manque d’expérience dans cette compétition pour ces hommes qui n’y ont jamais mis les pieds. Pourtant il ne faudra surtout pas les sous-estimer puisque Yoshinori Muto ou Jairo Samperio seront là pour vous rappeler qui ils sont comme ils l’avaient fait à Munich la saison dernière en mettant à terre un Bayern invaincu depuis 10 mois à la maison. Cette victoire retentissante avait d’ailleurs fait rêver le public de la Coface Arena avec une possible participation à la Ligue des Champions avant de finalement laisser cela au Borussia Mönchengladbach, bien plus expérimenté dans cette compétition. Et puis de toute façon on sait tous que les matchs du jeudi soir sont plus cools, surtout quand on a Denis Balbir pour hurler à chaque action.

Crédits : Photo by Lars Baron