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Le bilan 2015-2016 aura finalement été en demi-teinte pour le SCO d’Angers. De bons résultats, de belles surprises, mais aussi de nombreuses critiques sont venus rythmer la saison du club. On a reproché au SCO de ne pas jouer. On a reproché au SCO d’être trop timide. On a reproché au SCO de ne pas prendre de plaisir. Mais au mépris des avis désobligeants de certains adversaires et observateurs, les Angevins ont su garder le cap, batailler avec leurs armes, et rester solides au point de terminer à la neuvième place du classement. De quoi se demander si le jeu n’en valait pas la chandelle.

« Il faut s’accrocher à ce qu’on a. Il faut garder la notion des valeurs des équipes. Il ne faut pas oublier d’où on vient, qui on est. On fait ce qu’on peut. » Si cet argument avancé par Stéphane Moulin pour défendre son club contre les critiques qu’il reçoit ne se suffit pas à lui-même, certaines petites équipes prenant bien plus de risques que le SCO sur le terrain, il reste néanmoins pertinent. En l’occurrence, il y a un an, le SCO est un modeste promu monté en Ligue 1 au bout du suspense, au budget extrêmement limité (23 millions d’euros, soit le 19ème budget de L1), et sans aucune expérience de l’élite depuis son passage express il y a plus de 20 ans. Alors sous l’impulsion d’un entraîneur consciencieux et d’une équipe solide et homogène, le club décide de jouer la carte de la sécurité. Parfois aux dépens du spectacle ; mais toujours dans l’optique de prendre des points pour se maintenir dans cette ligue qu’il a eu tant de mal à rejoindre.

On a parfois, ironiquement ou non, comparé le style de jeu du SCO à celui de l’Atletico. Sans forcer trop le trait pour ne pas tomber dans des amalgames douteux, et en gardant à l’esprit aussi bien le fossé technique qui sépare les deux équipes que la différence entre l’ambition madrilène et le pragmatisme angevin, on peut relever des ingrédients communs aux réussites relatives des deux clubs. Pour rivaliser avec les quelques cadors qui dominent a priori de la tête et des épaules leurs ligues respectives, et dont ils n’ont ni les joueurs ni le budget, le SCO comme l’Atletico ont en effet pu compter la saison passée sur une solidarité à toute épreuve, une défense impeccable, et une attaque efficace.

Si dans ce domaine l’Atletico brille principalement par des contres redoutables associés à une cohésion permanente du bloc équipe, le SCO a su profiter des qualités de tireur de coup franc de Mangani et Ketkeophomphone (entre autres) et du jeu de tête diablement précis de N’Doye et Thomas par exemple pour devenir le spécialiste des coups de pied arrêtés, avec 12 réalisations dans cet exercice lors de la phase aller la saison dernière. Au point d’être redouté mais surtout curieusement critiqué pour cette particularité. On a reproché aux Angevins de ne pas assez tenter. La vérité c’est que le SCO manque cruellement d’attaquants capables de faire la différence dans le jeu. Après le départ de Kodjia en début de saison dernière et l’essai peu concluant de Sunu à ce poste, Ketkeophomphone se retrouve fatalement seul en pointe, dans un système en 4-3-3 virant bien souvent au 4-5-1. Et si l’attaquant français est un passeur plutôt performant (8 passes décisives à son actif la saison dernière), il manque néanmoins de justesse et de constance devant le but. Même insuffisance du côté des ailiers : à droite, Sunu a fréquemment été pointé du doigt pour ses mauvais choix et sa fébrilité offensive, alors qu’à gauche le départ de Camara lors du mercato hivernal a créé un manque certain, difficilement comblé par Capelle. L’arrivée de Yattara pour pallier ces lacunes aura ensuite le mérite de faire tourner un peu plus devant, mais sans combler pour autant le manque de précision de l’attaque angevine. En difficulté dans les phases offensives, le SCO mise alors un peu sur les contres, beaucoup sur les corners, et passionnément sur les coups francs.

Défensivement, on doit la solidité des Angevins à leur cohésion et leur abnégation. Une charnière centrale invulnérable, des latéraux vigilants, des milieux vigoureux, des attaquants tout-terrain et d’excellents gardiens (Ludo <3) ont ainsi permis au SCO de garder leur but inviolé à 17 reprises la saison passée et de terminer quatrième meilleure défense de Ligue 1. A ce petit jeu, le SCO brille par une tactique propre, qui consiste à enfermer l’adversaire à l’intérieur du jeu. Si tous les joueurs défendent, chacun se voit confier un placement et une mission qui lui sont propres, de l’avant-centre chargé de gêner les relances à la charnière centrale redoutablement efficace dans les dégagements, en passant par les ailiers et les milieux relayeurs qui effectuent un pressing sans relâche et une sentinelle insubmersible dans l’axe. Ainsi, si les Angevins n’ont pas la possession, ils savent néanmoins rendre celle de l’adversaire stérile, et les qualités physiques autant que l’effort collectif fourni par les joueurs leur permettent de tenir tout un match sur ce rythme.

Au bout du compte, le SCO marque peu. Le SCO défend beaucoup. Mais le SCO défend bien. Et il serait dommage, sinon absurde, de ne pas en tirer profit.

On peut alors penser, comme Ben Arfa pour ne pas le citer, que ce style de jeu, offensivement timide et défensivement appliqué, ne procure de plaisir ni aux joueurs ni aux supporters. Faux. Archi-faux. Le plaisir, le SCO ne l’a pas trouvé dans des matchs spectaculaires (même s’il y en a eu : on se souviendra notamment de la victoire 3-0 contre l’ASM le 30 janvier dernier, ou encore des buts de Capelle contre Caen lors de la 20ème journée puis Guingamp lors de la 28ème journée). Le plaisir, le SCO l’a trouvé dans ce début de saison tonitruant, dans ces 14 journées passées sur le podium, dans cette neuvième place finale héroïque pour un promu (le Gazélec et l’ESTAC ayant respectivement terminé 19ème et 20ème de Ligue 1), dans ce maintien acquis dès la 32ème journée, dans les victoires arrachées contre Lyon, Lille, Monaco, Bordeaux ou encore Marseille, dans ce 0-0 si durement obtenu contre le PSG devant un stade Jean Bouin plein à craquer, bref dans cette saison exceptionnelle qui a fait vibrer toute une équipe, tout un staff et toute une ville.

Alors que le SCO démarre péniblement sa saison, avec une équipe quasi-inchangée et une attaque qui pose toujours question, reste à savoir s’il saura à nouveau se montrer assez efficace, rigoureux et pragmatique pour se maintenir dans l’élite. La seconde partie de saison des Angevins et les récentes défaites contre Montpellier, Nice et Metz permettent d’en douter. Il semble que l’effet de surprise soit passé et que le jeu du SCO ait été consciencieusement analysé par ses adversaires. Il semble également que dynamisme engendré par les victoires passées se soit essoufflé. Il semble enfin que les récentes absences de Letellier, Mangani et Saïss, puis le départ de ce dernier, aient ébranlé l’équipe-type, jusqu’alors relativement épargnée par les blessures.

Espérons donc que l’édifice construit par Stéphane Moulin s’enrichisse des nouveaux arrivants, retrouve son efficacité et sache puiser dans le récent succès contre Dijon la confiance nécessaire pour continuer à avancer sur le chemin de la victoire. Parce que si certains pseudo-journalistes sont agacés, les supporters angevins, eux, ne sont pas rassasiés.

Crédits Photos : JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP/Getty Images