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Pour la quatrième fois d’affilée, Unai Emery a décidé de se passer d’Hatem Ben Arfa. L’international français est mis de côté par le coach basque depuis un match nul face à l’ASSE au Parc des Princes. Malgré l’incompréhension de la majorité des journalistes grand public, la situation de Ben Arfa n’a rien d’anormal. Critiqué pour sa décision par la vox populis, l’ancien coach du FC Séville est en phase de ridiculiser tous les entraîneurs français tant sa gestion est excellente. Si une telle situation est rare en France, la manière dont Unai s’y prend est à montrer à toute la Ligue 1.

Une nouvelle recrue en méforme

Après une saison grandiose à Nice, le désormais ancien aiglon réalise son rêve d’enfance en s’engageant au Paris Saint-Germain. Courtisé par le FC Séville, l’OL ou l’OM, l’ex meilleur buteur du GYM veut rallier Paris pour côtoyer les meilleurs joueurs de L1 et d’Europe. Un dernier challenge compréhensible pour celui qui a roulé sa bosse depuis maintenant 10 ans. Que ce soit Laurent Blanc ou Unai Emery, les deux techniciens ont toujours eu une grande estime pour Ben Arfa. L’actuel entraîneur du PSG se disait satisfait des arrivées cet été. Le problème est ailleurs. Le surpoids n’est pas le problème en soi : chaque été, les clubs voient arriver leurs joueurs avec un surplus pondéral. Mais lorsqu’un joueur signe dans un nouveau club pour espérer gagner sa place, il se doit d’arriver logiquement en forme ou bien perdre rapidement le surplus accumulé. Ben Arfa arrive dans son nouveau club avec 5 kilos de plus que prévu. Dans un club du standing du Paris Saint-Germain, cela ne pardonne pas. Si Gonzalo Higuain était dans la même situation, cela ne l’a pas empêché de perdre ses 5 kilos en un mois. Malgré le programme mis en place, les conseils du staff et de son coach, HBA n’est toujours pas fit. Depuis sa signature le 1er Juillet, Hatem peine à trouver une condition physique optimale. Dans ces conditions, on peut comprendre que son entraîneur s’impatiente vis à vis de sa recrue. Quand on voit les titis parisiens beaucoup plus jeunes que Ben Arfa et déjà plus matures dans leur manière de traiter leurs corps, les interrogations concernant l’hygiène de vie de l’ancien lyonnais peuvent fuser. A bientôt 30 ans, HBA n’a toujours pas muri et ça fait de la peine.

29 ans et rien n’a changé

« Je pense que c’est un joueur de match, pas tout le temps un joueur d’entraînement. S’il n’a pas de temps de jeu, il peut baisser physiquement ». Cette déclaration a fait écho dans le monde du football. Claude Puel, ancien coach de Ben Arfa à Nice, a tenté d’expliquer pourquoi Unai Emery a pu mettre de côté son ancien poulain. Au Gym, ses anciens coéquipiers disaient de lui qu’il était au dessus et qu’il n’avait pas besoin de forcer tellement il était fort. Mais la demande n’est pas la même au GYM qu’au PSG… A l’instar de l’enfant qui survole dans son petit club et qui se retrouve dans un centre de formation, au PSG, il ne se confronte qu’à des joueurs de son calibre voire plus forts. C’est à l’entraînement qu’on gagne sa place avant tout. Combien de grands coachs répètent : « on joue en match comme on s’entraîne la semaine » ? C’est ce que l’on appelle le professionnalisme dans le milieu. Si l’entraînement la semaine est insuffisant, le joueur est mis sur le côté au pire, et au mieux sur le banc. Cette logique marche de partout sauf dans un pays : la France. La culture foot est tellement faible qu’on arrive à dédouaner Ben Arfa de sa nonchalance à l’entraînement. Puel mais aussi Dupraz et d’autres « consultants » du football français ont essayé de justifier à leur manière le comportement de Ben Arfa. Une situation qui ressemble à celle de Ronaldinho durant sa période parisienne, pendant laquelle son professionnalisme a été remis en question. « Il s’entraînait pas de la semaine, débarquait le jeudi et jouait le samedi », déclarait Jerome Leroy. Une situation complexe qui a divisé les joueurs et supporters tant le cas était difficile à gérer. A la différence que Ronnie était le meilleur joueur du club de très loin alors que Ben Arfa est un joueur comme un autre au sein du vestiaire parisien. En 2002, les coéquipiers de Francis Llacer voyaient d’un mauvais oeil le comportement de Ronaldinho malgré son talent. Si Llacer and co s’indignaient pour Ronaldinho alors imaginons ce que pourraient penser Thiago Silva, Cavani ou Verratti si Unai Emery donnait du temps de jeu à un joueur qui ne se donne pas à fond à l’entraînement. L’actuel coach du PSG a un vestiaire à gérer ; il n’a pas 23 joueurs + Ben Arfa à gérer mais 24 joueurs. Dans une équipe qui cherche à  devenir une référence en Europe, les passe-droits ne peuvent pas exister. Qu’un joueur soit mauvais en match est une chose, qu’il soit mauvais à l’entraînement en est une autre. Pouvoir jouer le week-end ça se mérite. Quand Ben Arfa se mettra au diapason, il aura sa chance. Rien d’anormal dans le monde du football professionnel.

Et puis la saison est encore très longue

On s’attarde sur la situation d’un joueur qui aura certainement sa chance d’ici quelques jours voire semaines. S’il est en bonne forme, il sera de retour dans le groupe. Unai Emery ne l’a pas pris en grippe ; au contraire il échange avec lui comme il peut échanger avec un autre joueur. Il le conseille, le recadre et attend plus de sa part. C’est aussi une manière de titiller Ben Arfa pour voir s’il est capable de se surpasser et enfin passer un cap psychologiquement. S’il se relève de cette situation complexe, il peut revenir avec une envie débordante comme à son arrivée au Gym. Dans ce cas-là, on criera à la force de caractère du joueur et non pas au génie de Unai Emery. C’est aussi ça le travail d’un coach, savoir tirer le meilleur de ses joueurs quels que soient les moyens mis en œuvre. Ben Arfa est dans le tournant de sa carrière, il est le seul de la génération 87 à n’avoir pas réussi dans un grand club. Si Nasri, Menez et Benzema ont réussi à l’étranger, lui a pataugé toute sa carrière. Avec son arrivée au PSG, il peut enfin espérer jouer la LdC et devenir un joueur important dans un grand club. Mais cela ne dépend que de lui et de sa propre volonté. Finir sous les feux des projecteurs comme il l’aurait toujours mérité ou bien terminer dans l’anonymat le plus complet, tel est le dernier défi de la carrière du génial milieu parisien.

Crédits photos :  PASCAL POCHARD-CASABIANCA