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Il était l’un des éléments les plus prometteurs de l’ASM version 2014-2015. Deux saisons abouties, une abnégation totale, un volume de jeu impressionnant, des qualités de récupération remarquables, une technique redoutable et quelques fulgurances en Ligue des champions en avaient fait un joueur excessivement convoité. Après une année en demi-teinte à l’Internazionale, il a fini par subir les foudres de son entraîneur et la déception des supporters nerazzurri. De son éclosion monégasque à son enlisement milanais, de ses ambitions à ses désillusions, des commentaires élogieux aux critiques acerbes, analyse de la descente aux enfers de Geoffrey Kondogbia.

L’épopée monégasque

Le petit Geoffrey, formé, révélé puis cédé par le Racing club de Lens après de bons et loyaux services, connaît dans un premier temps une ascension fulgurante, à la mesure de son potentiel : il fait ses armes au FC Séville pendant la saison 2012-2013, gagne la coupe du monde des U20 en 2013, résilie dans la foulée son contrat avec le club andalou, et débarque en fanfare à l’ASM. Si ses débuts à Monaco sont plutôt ronronnants et assez décevants par rapport à sa saison étincelante en Espagne, Kondo reste appliqué, constant et enthousiaste, et s’impose peu à peu dans l’équipe, prenant part à 31 matchs au total lors de sa première saison. C’est finalement sous les ordres de Leonardo Jardim qu’il laissera éclater son talent au grand jour : des qualités de récupérateur remarquables et remarquées, un profil à la fois solide et technique, des prestations abouties en Ligue 1, quatre sélections en équipe de France et un parcours époustouflant en Ligue des champions -couronné par son magnifique but à l’Emirates stadium- lui valent de se faire un nom en Europe. Y’a le buzz tant qu’il est chaud on bat le fer : Kondo est dans une forme olympique et les grands clubs (dont la Juve, Arsenal et Manchester city) se l’arrachent. C’est finalement l’Inter qui raflera la mise, au nez et à la barbe du Milan AC, pour la modique somme (non) de près de 40 millions d’euros.

Premières déconvenues

A son arrivée en Italie, les choses se compliquent. L’ancien monégasque ne se révèle malheureusement pas à la hauteur de son investissement, lui qui n’est pas moins que la troisième recrue la plus chère de l’histoire du club, et le joueur le mieux payé de l’effectif milanais à son arrivée (logiquement dépassé par Icardi cette saison). Comme d’autres jeunes joueurs achetés à prix d’or (coucou Pogba), il se retrouve rapidement incapable de justifier sa valeur. Malgré la bonne réputation qui le précède et son début de saison correct qui lui vaut de se voir accorder la confiance de Roberto Mancini, Kondogbia s’essouffle et ne convainc pas. Peu décisif (1 seul but contre le Torino lors de la 12ème journée, et aucune passe décisive après 26 matchs disputés), il faillit aux attentes que le club plaçait en lui et se trouve laissé sur le banc à plusieurs reprises par son coach. Bilan une dizaine de mois après son arrivée : une saison insipide et décevante pour l’international français.

25 septembre 2016 : le début de la fin ?

Nouvelle saison, nouveau coach, grande forme de l’équipe, absence de Jao Mario : tous les éléments semblent réunis pour que Kondogbia puisse à nouveau (et enfin) montrer son potentiel en ce match de la sixième journée de Serie A contre Bologne. Mais rapidement le test tourne au cauchemar pour l’ancien lensois. Il est souvent positionné très (trop?) haut, s’avère inefficace dans le pressing, semble rarement dans le coup défensivement (très peu de récupérations à signaler, si ce n’est une anecdotique à la 19ème minute), paraît peu disponible et peu constructif dans les relances (350 passes en retrait à la minute et un nombre incalculable de ballons perdus) et surtout ne sait jamais où se placer. A la 13ème minute il se fait chiper le ballon dans le rond central, et sa perte de balle amène directement au but de Destro. Si le match était jusqu’alors compliqué pour lui, à la suite de cette erreur il devient totalement catastrophique : Kondo est encore plus abattu, erre comme une âme en peine, n’est jamais trouvé par ses partenaires,… A la 23ème minute il perd un autre ballon, à la 24ème rate une passe,… La goutte d’eau pour Frank de Boer, qui décide de le faire sortir moins de 5 minutes plus tard. Décision sévère et inhabituelle mais pas incohérente au vu de son début de match, et surtout confortée par le meilleur visage montré par l’Inter après la sortie de Geo.

Très remonté contre son joueur, Frank de Boer s’est ensuite fendu en conférence de presse d’une réflexion qui parle d’elle-même : «Quand un joueur ne veut pas comprendre, il ne peut pas rester sur le terrain. Nous avons discuté ce matin et je lui ai dit qu’il devait jouer simple. Mais il ne veut pas écouter. Quand tu es dos au jeu, tu dois jouer simple. Il répète souvent les mêmes erreurs

Depuis cet épisode, rien de nouveau sur le soleil pour Geo qui a alterné les matchs sur le banc et ceux dans les tribunes puique De Boer l’a tenu écarté du groupe depuis la défaite face à l’Atalanta le 23 octobre dernier (pour laquelle il était remplaçant), a priori pour cause de « blessure musculaire ».

S’il semble désormais confirmé que Geoffrey Kondogbia est considéré comme une persona non grata à l’Inter, reste à savoir si le joueur saura profiter de la seconde chance que lui offre le départ de Frank De Boer pour revenir à son meilleur niveau, gagner la confiance de son nouveau coach et se relancer en Serie A, ou si l’épisode milanais est voué à l’échec pour l’ancien monégasque, qui se trouve aujourd’hui en bien mauvaise posture et pourrait être tenté de se diriger vers d’autres rivages… Rivages qui seraient potentiellement phocéens si on en croit le Corriere dello sport, qui a annoncé que des discussions étaient en cours à propos d’un éventuel prêt du joueur nerazzurro à l’OM dès cet hiver.

Il semble en tout état de cause que tant le club italien que les supporters soient en train de perdre patience. Passé en à peine plus d’un an de golden boy monégasque à remplaçant remplacé milanais, Kondogbia réussira-t-il à se relever ?

(Photo credits should read http://cdn.corrieredellosport.it/)