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« Nous sommes leaders sur le plan national depuis plus de 15 ans ; le travail effectué démontre notre pertinence. » C’est en substance ce qu’a répété Jean Michel Aulas pendant 10 minutes au cours d’un récent débat sur RMC. Face à l’anthropologue-sociologue Daniel Riolo, le président lyonnais offre une parodie de communication à propos de son mercato, et de son orientation sportive en général. Riolo est pertinent et lance un débat sur le mode de fonctionnement de l’Olympique lyonnais, qui limite selon lui son expansion sportive malgré son immense potentiel…

Stratégie de transition ou choix volontaire d’un fonctionnement lyonno-lyonnais ? Consanguinité exacerbée ? Peur de s’ouvrir vers l’inconnu ? Valbuena doit-il être interdit à vie de territoire rhône-alpin ? Tant de questions derrière les contours sportifs de cet OL…

Une avance considérable sur le reste de la L1

En termes de stratégie moyen/long terme et d’infrastructure, l’Olympique Lyonnais a une avance qui ne cesse de croître sur ses concurrents (à l’exception du PSG qui compte construire son propre centre d’entraînement et base sa stratégie sur le financement public extérieur qatari). L’OL possède une stratégie très saine, basée sur la possession de son stade, outil privé actif 7 jours sur 7 en dehors des matchs, que ce soit pour des séminaires, des visites, des concerts, etc… C’est une véritable machine économique que représente ce stade ultra moderne, qui sera également sous peu complété par un complexe hôtelier et un ensemble de centres de loisirs/remise en forme.

L’OL a des actifs très solides, et attire petit à petit des contrats de sponsoring plus rémunérateurs. En attendant le naming de son stade, l’OL a déjà nommé son nouveau centre d’entraînement « Groupama training center » moyennant 1 million à l’année. Mais surtout, l’information retentissante de cet été a été l’injection de 100 millions d’euros d’une entreprise chinoise, un apport qui fait grossir le capital de l’OL et n’implique le rachat d’aucune part, Jean Michel Aulas et Jérôme Seydoux voulant garder la main sur leur club. Cet accord a pour objectif de permettre à l’OL de rembourser plus vite son stade et de réduire le pourcentage de taux d’intérêts des banques. Dans le même temps, un aspect moyen et long terme a été intégré, avec la création d’une synergie entre l’entreprise chinoise et l’OL, impliquant le développement de la marque en Chine, Hong Kong, Macao et Taiwan, ce qui permet de gagner d’autres marchés économiques en Asie.

aouar-maolida

Sur le plan sportif, l’OL est le club référence en termes de formation en France, une stratégie qui a permis au club de survivre au très haut niveau durant les années pré Grand Stade. La qualité de cette formation (décryptée au sein d’un article précédent sur Ultimo) permet au club non seulement de fournir des joueurs aspirant au niveau élite européen mais aussi d’avoir un potentiel d’actifs à haute valeur en cas de revente. L’OL a ainsi pu refuser (avec l’aide de Tolisso) une offre de plus de 37.5 millions du Napoli pour son joueur. Ce renouvellement permanent de talents permet donc au club d’avoir une assurance sportive et financière. Chaque génération n’est pas égale en termes de talents, mais parmi la prochaine risquent de figurer plusieurs potentiels futurs titulaires au sein du club (Aouar, Maolida, Gouiri, Gaspar, ou encore Caqueret…). L’OL s’ouvre même à l’internationalisation de son centre en prospectant à l’étranger, notamment pour la post-formation.

Mais là où le bât blesse, c’est au niveau de la gestion du secteur professionnel.

Le gâchis du potentiel sportif

Décembre 2015, l’OL est dans une crise profonde après avoir été ridicule en Champions League et en Ligue 1, et ce juste avant d’entrer dans le nouveau Parc OL, censé être synonyme d’ambitions. L’arrivée dans une nouvelle ère est gâchée pour Jean Michel Aulas, qui commence une réflexion sur son fonctionnement sportif et remet en cause ses principes. Il prospecte ainsi auprès d’entraîneurs étrangers réputés pour leurs compétences tactiques et leur vision du jeu très élaborée. Face à la difficulté d’enrôler Lucien Favre et Marcelo Gallardo, le président doit se résoudre à offrir le poste à Génésio, adjoint d’Hubert Fournier, en misant sur sa relation proche avec les cadres de l’effectif. Mais il n’abandonne pas pour autant son idée de révolutionner le secteur sportif. Face à un constat d’échec concernant le recrutement, il souhaite en remanier les étapes décisionnaires et amorce une réflexion autour d’un directeur sportif ayant « un carnet d’adresse et des idées ». La mini révolution devait avoir lieu dans le courant de l’été 2016.

Il s’avère que suite à un sprint permettant de rattraper un Monaco faiblard, l’OL atteint son objectif sportif et économique qui est la Champions League. Certaines recrues comme Yanga Mbiwa s’adaptent et sont performantes. La recherche d’un directeur sportif et une augmentation du capital de recruteurs au sein du club sont toujours d’actualité et annoncées par Jean Michel Aulas. Néanmoins face à la réussite sportive, les bonnes résolutions de janvier sont vite oubliées. Aulas prolonge Génésio de 3 ans (!!) pour avoir fait ce qu’a réalisé Antonetti en cours de saison avec le LOSC, ou encore Hubert Fournier une saison auparavant, et semble ne retenir aucune leçon tant il tâtonne dans sa recherche d’un directeur sportif. Il cherche également un préparateur physique d’expérience pour chapeauter le secteur performance de l’OL. Antonio Pintus arrive le 30 juin, et repart le 15 juillet comme un voleur face à une offre du Real Madrid – preuve s’il en fallait des qualités morales de cet homme de parole.

Le mercato va, sur plusieurs points, démontrer que l’OL est désorganisé et par certains aspects travaille presque comme une épicerie familiale. Après avoir recruté Rybus et Nkoulou gratuitement, le club a l’excellente idée d’aller chercher le très demandé Emmanuel Mammana pour préparer l’avenir au poste de défenseur central. Sur cette idée de Florian Maurice, le club réalise un très beau coup sur le marché des transferts début juillet. Le secteur offensif lui est ciblé par l’état-major lyonnais avec deux postes visés. Pour le poste d’ailier (face au départ programmé de Valbuena), l’OL essuie le refus de Ben Arfa, qui face à « la volonté du coach de l’intégrer dans son projet sportif », n’a pas résisté à l’offre du PSG. L’OL n’aura aucun plan B à ce poste. Pire, il pousse à peine dehors Valbuena. En le faisant se sentir le bienvenu au club, celui-ci refusera plusieurs offres et continuera d’hanter le club Gone de son âme démoniaque. Concernant le poste de numéro 9, pour lequel le club ne dispose que de Lacazette comme joueur confirmé, l’OL se fie à Florian Maurice pour débaucher l’excellent Roger Martinez. L’affaire sent bon l’excellent coup, mais un club chinois double l’OL, ce qui peut arriver sur le marché des transferts. Il faut alors passer au plan B, à la deuxième option sur la liste du club. Mais quelle liste ? L’OL attendra le 30 août et une menace de blessure de Lacazette pour essayer de recruter des joueurs offensifs en catastrophe. N’y arrivant pas, il fait passer cela pour un choix du club. Quelques jours plus tard, Lacazette se blesse un mois : l’OL est face à ses errements et son amateurisme.

lacazette

Que manque-t-il au club pour mieux gérer les mercatos ? Florian Maurice fait un travail de qualité mais il est trop seul ; sur ce point le président Aulas a déjà annoncé la mise en place de recruteurs en Europe, au Maghreb et en Amérique du Sud pour travailler en Florian Maurice. Mais l’OL a également et surtout besoin d’un axe directeur sportif / coach très compétent et aux fonctions définies. Aujourd’hui l’OL a engagé Gérard Houiller en tant que « consultant externe », à cause de ses problèmes de santé. Le contrat a été prévu pour débuter une fois le mercato terminé : idée et timing brillants. L’OL se limite encore une fois à ses anciens et prend quelqu’un dont les relations et idées sont déjà dépassées. Dans ce cas, pourquoi ne pas prendre Lucien Eynard en tant que directeur sportif ? Aucune vision à long terme, aucune prise de risque et un manque de clairvoyance. Dernière blague en date : Gérard Houiller vient de proposer Emmanuel Adebayor, qu’il avait failli recruter en 2005. Le prochain sera probablement Salif Diao ou Milan Baros.

Génésio : 3-5-1-1 et improvisations

 

Après six premiers mois réussis dans un contexte spécifique, Génésio montre ses premières limites dans la construction de son équipe. Il n’a pas beaucoup de poids durant le mercato, reste inactif face aux besoins dans le secteur offensif et présente une équipe aux immenses lacunes tactiques dès le mois d’août face au PSG lors du Trophée des champions, puis à Dijon contre une équipe de niveau Ligue 2. Un pressing désorganisé comme rarement vu, des lignes étirées, une défense prise à défaut sur plusieurs simples longs ballons. La réaction du maître Génésio face à Bordeaux est ensuite tout simplement de positionner son équipe très bas à domicile, subissant le jeu du maestro Gourvennec et semblant parfois à la limite de l’agonie. Résultat : 3-1 et une rechute de Lacazette qui joue 95 minutes en reprise. Les premières critiques fusent et Bruno Génésio commence à se défendre : s’il s’appelait « Bruno Ramirez Sanchez » il n’en essuierait pas autant -référence à la hype des entraîneurs latins.

C’est donc probablement de la faute des entraîneurs latins si Génésio n’a rien travaillé correctement tactiquement durant les deux mois de préparation et s’il se rend compte à trois jours de la Champions League qu’il serait intéressant d’expérimenter un autre système. Surtout quand celui-ci semble être taillé pour l’effectif. Un système à trois qui correspond au profil technique des défenseurs centraux (relanceurs,  avec des qualités d’anticipation et de lecture du jeu) et des latéraux Rafael et Rybus, très offensifs. De plus celui-ci permet de conserver le triangle du milieu tout en recentrant Fékir à son meilleur poste, soit en duo avec Lacazette. Là où le café du commerce réclamait de tester ce système en préparation, Bruno Ramirez ne s’y est résolu qu’au dernier moment, alors que le calendrier faisait qu’il n’avait plus vraiment le temps de le travailler. Aujourd’hui et après plusieurs défaites, il se complaît dans la position de l’entraîneur victime de la malchance et des barres transversales, sans réellement avoir une explication sur les lacunes collectives de son équipe.

De manière générale, un manque de clairvoyance, de vision et d’expertise tactique se dégage du travail du staff professionnel à l’OL. Le rôle de l’entraîneur dans les principes et les mécanismes de jeu (avec et sans ballon) est trop souvent minimisé par nos propres entraîneurs locaux en France, et l’expression collective des équipes s’en ressent sur le plan européen. La saison de l’OL ne fait que commencer mais le gâchis sportif guette l’OL vu le potentiel technique de l’équipe, qui a bien besoin d’une direction plus précise.

Nous ne sommes qu’en septembre mais les prémices d’une moitié de saison compliquée s’annoncent à l’OL. Jean Michel Aulas avait déclaré courant 2016 : « nous ne ferons pas les mêmes erreurs que l’année dernière sinon ça voudrait dire que nous sommes idiots ». Il semble que le bateau tangue à nouveau, l’OL refusant de faire sa révolution sportive. Est-ce par choix dans une période de transition ? Jean Michel Aulas avait laissé entendre cela sur RMC en déclarant que l’OL n’avait pas besoin d’un grand coach « pour l’instant ». En attendant, cela n’empêche pas la nécessité et la capacité pour le club d’être plus incisif dans sa politique sportive.

Crédits photos : le10sport.com, Camille Ledun|coeur-de-gone.fr