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Nous vous avions promis une saison pleine de nouveautés, par le biais d’une rubrique toute fraîche sur le football portugais. Nous vous avions aussi promis de vous faire découvrir les footballeurs d’aujourd’hui, pas assez bling-bling pour apparaître dans les médias sportifs français conventionnels. Avec l’interview qui va suivre, nous allons rassembler les deux concepts. La nouveauté : elle est la première féminine à s’exprimer sur Ultimodiez. La découverte : Mariane Amaro, internationale portugaise ayant évoluée au PSG. Rien que ça.

Tout d’abord, comment vas-tu après cette saison au club de la VGA St Maur ?

Bonjour, je vais bien merci ; la saison 2016/2017 sera ma quatrième saison au club ; la saison précédente, qui s’est terminée au mois de juin, a été pour moi quelque peu « abrégée » puisque après 14 mois d’arrêt dus à une grave blessure au genou, je n’ai repris la compétition de façon régulière qu’au mois de janvier, vous voyez donc qu’on peut difficilement parler de saison complète en ce qui me concerne.

Malgré de nombreux efforts, vous n’avez pas pu éviter la relégation. Comment ressens-tu tout cela à l’aube d’une nouvelle saison ?

Concernant la relégation je dirais que l’euphorie de la montée, avec une invincibilité totale, nous a perturbées, je pense également que le club n’a pas su digérer cette montée ; beaucoup d’évènements se sont succédés au sein de ce dernier qui nous ont empêchées de travailler sereinement ; enfin il ne faut pas non plus se mentir, un certain manque de moyens financiers ne nous a pas permis de recruter deux ou trois joueuses aguerries, ce qui pour moi aurait été indispensable au maintien. Malgré cela, je souligne que nous avons produit un niveau de jeu tout à fait acceptable, notamment lorsque nous avons joué contre les grosses cylindrées du championnat.
Au début de cette nouvelle saison, je souhaite que nous sachions mieux digérer la descente que nous avons négocié la montée.

Tu es une joueuse assez jeune (NDLR 23 ans) tu as donc un avenir radieux devant toi. Quels sont tes objectifs à court terme et à long terme dans le football sur le plan individuel ?

Je vous remercie pour vos gentils propos concernant mon avenir. Je l’espère radieux et plus que l’espérer, je travaille dur tous les jours pour qu’il en soit ainsi; je mène de front études et football, cela n’est pas toujours évident et j’ai déjà perdu pas mal de temps ces dernières années sur le plan des études puisqu’il m’a fallu quitter ma famille, prendre un appartement loin des miens, et pour pouvoir m’assumer financièrement, en plus des études et du foot, j’ai dû travailler à plein temps et ce rythme effréné m’a amené à me disperser et dans ce type de situation on paie les conséquences.
Mes objectifs pour le moment sont à court et moyen terme (pour le long terme je remets à plus tard) : l’objectif principal est de bien figurer en D2 cette année avec la VGA, en travaillant sérieusement j’aimerais contribuer à redonner au club son lustre d’antan et sa place parmi l’élite française du football féminin. Je vais également travailler pour me rappeler au bon souvenir du sélectionneur du Portugal, puisque je suis très attachée à cette sélection.

En parlant de toi, peux-tu nos raconter ton lien avec le football depuis ta jeunesse et plus particulièrement avec le football portugais ?

J’ai débuté le football à l’âge de six ans dans l’équipe de ma ville, l’Etoile Sportive de Saint Prix. J’ai joué en mixité avec les garçons jusqu’à l’âge limite c’est à dire 14 ans, pour ensuite partir en équipe féminine au FC Domont, équipe dans laquelle j’ai évolué pendant trois ans.
Le football portugais a surgi dans ma vie pendant mon séjour à Domont : l’entraîneur National de l’époque, Monica Jorge, aujourd’hui Directeur Technique National et figure dominante du développement du football féminin au Portugal, m’a contactée et c’est ainsi qu’à 16 ans j’ai intégré la sélection U-19 au sein de laquelle j’ai évolué 26 fois, arrivant notamment jusqu’en demi-finale du Championnat d’Europe en Turquie en 2011. J’ai également eu l’honneur de revêtir 16 fois le maillot de la sélection Féminine A .

Comment as-tu réussi à laisser une part importante de ton cœur au Portugal, malgré ta double nationalité et le fait que tu sois souvent en France ?

Tout cela se fait le plus naturellement du monde : je suis née en France, ma mère est française et mon père portugais. J’ai des relations continues avec le Portugal, j’y séjourne très très régulièrement, je me partage entre ma famille française et ma famille portugaise, comme je l’ai toujours fait depuis que je suis née. Je veux dire par là que je n’ai pas renoué le lien avec le Portugal lorsque le pays m’a fait l’honneur de me sélectionner, j’ai toujours eu et j’aurai toujours un lien très fort avec le Portugal. La France est le pays où je suis née, où j’étudie, où je vis et je travaille ; cette double appartenance est une source d’enrichissement, pour moi comme pour beaucoup de luso-descendants.

Cet été le Portugal a remporté avec brio l’Euro 2016. C’était plutôt en famille au Portugal ou entre amis la finale pour toi?

J’ai opté pour suivre cette finale lors d’un rassemblement en public, entourée de très nombreux fans français. J’ai endossé un de mes maillots du Portugal, pour afficher mon soutien à la « Seleção » et même si les réactions des supporters français autour de moi n’ont pas été des plus sympathiques, j’ai supporté mes couleurs et j’ai ressenti bien entendu une immense joie lors de la victoire.

D’ailleurs comment s’est effectué le choix de la sélection pour toi ? l’aspect affectif et familial du Portugal a-t-il fait pencher la balance ou est-ce un choix purement sportif ?

Lorsque Monica Jorge m’a contactée, j’avais à peine 16 ans et je ne vous cache pas la joie que j’ai éprouvée de pouvoir représenter le Portugal, par conséquent je ne me suis pas vraiment posé la question et lorsqu’après ces premiers contacts le Portugal m’a sélectionnée, j’ai accepté d’emblée.

Revenons à ta carrière. Tu as effectué l’essentiel de ta formation au PSG, ainsi que le début de ton parcours pro. Peux-tu nous parler de ton passage dans la capitale et la manière dont tu as vécu les choses là-bas ?

J’ai quitté le FC Domont pour le PSG et là encore j’avais l’impression de vivre un rêve éveillé. Le PSG était mon club de cœur. La première année j’ai joué avec l’équipe réserve pour ensuite, lors de la création du Championnat U19 National, intégrer cette équipe dans laquelle j’ai évolué pendant deux ans.
Comme vous l’avez souligné, la quatrième année à Paris a coïncidé avec l’arrivée de QSI et d’une nouvelle équipe technique, qui m’a proposé d’intégrer le groupe professionnel malgré mon jeune âge.
Au cours de cette année avec le groupe pro, j‘ai beaucoup appris au contact de mes coéquipières mais pour être honnête je ne me suis pas épanouie du tout, essentiellement par manque de temps de jeu. Il est toujours un peu frustrant de sentir un manque total de confiance de la part du staff. Et puisque nous parlions de sélection portugaise, le fait d’être appelée augmentait encore ma frustration : je jouais avec mon équipe Nationale contre des équipes comme le Brésil, le Mexique ou Danemark et en revenant dans mon club, on m’estimait indigne de jouer ne serait-ce que quelques minutes ; il était alors évident qu’il fallait que nos routes se séparent, ce qui est arrivé à la fin de la saison, sans regret aucun de ma part.

Le projet QSI chez les féminines, ça t’évoque quoi ?

Cela évoque pour moi un recrutement sans aucune mesure avec ce qui se faisait auparavant, en donnant priorité à des joueuses étrangères de renom au détriment peut-être des jeunes du club. Cette tendance tend d’ailleurs néanmoins à s’inverser avec la mise en place du nouveau coach et j’en suis ravie pour les jeunes !

Tu as eu la chance de côtoyer des grandes joueuses françaises au PSG. Laure Boulleau est l’exemple parfait, sachant qu’elle évolue en défense comme toi. As-tu beaucoup appris de personnes comme elle ?

Au-delà de la joueuse que tout le monde connaît, je dois dire que j’apprécie beaucoup Laure comme personne, elle fait bien sûr partie de celles qui m’ont beaucoup aidé à progresser. J’admire chez elle, outre ses qualités exceptionnelle, physiques et techniques de joueuse, un état d’esprit irréprochable, une rage de vaincre à toute épreuve et une ténacité de tous les instants ; d’autres cadres du club comme Shirley Cruz, Sabrina Delannoy ou Kheira Hamraoui ont toujours été d’une grande gentillesse envers moi et j’en garde de très bons souvenirs.

Pour finir, je te laisse carte blanche pour nous donner ton avis sur le football féminin en France, la place qu’il devrait avoir ou encore les améliorations à y apporter. Coup de gueule ou message tendre à faire passer, à toi l’honneur…

Je n’ai aucun message particulier à faire passer, j’espère simplement que la génération actuelle tendra à faciliter la démocratisation du football féminin pour que son accès y soit plus facile pour les générations futures.
On a déjà énormément progressé : à l’époque, à 15 ans les filles jouaient déjà en séniors avec des femmes de 30 ans tant le football n’était pas développé ; aujourd’hui on trouve des équipes féminines dès l’âge de 6 ans, et c’est en allant dans ce sens que les choses évolueront.
Il y a également l’aspect financier, j’aimerais que plus tard toute joueuse disputant le championnat de D1 française puisse vivre de sa passion et que ce ne soit pas que les équipes telles que le PSG ou encore Lyon qui soient en mesure d’apporter un confort de vie à leurs joueuses. Paradoxalement, c’est le fait que l’argent ne soit pas encore l’élément dominant du football féminin qui permet de lui laisser son charme, j’espère juste qu’il y aura une meilleure gestion des choses, avec des personnes à même de préserver les valeurs que doivent se dégager du football.

Photo credits should read : http://f3.quomodo.com/ ; Nelson Fatagraf