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19 Mai 2007, le portugais Fernando Meira, alors capitaine du VfB Stuttgart, soulève le Meisterschale après une saison assez atypique où le Bayern Munich a changé de coach au cours de sa saison par exemple. Avec 21 victoires dont 8 consécutives en fin de saison, 8 nuls pour un même nombre de défaites, le club souabe se retrouve avec 70 points soit deux de plus que son dauphin, Schalke 04. Toute une ville se retrouve à vibrer pour ce club qui a fait éclore le grand Sami Khedira et qui renoue avec le succès 10 ans après avoir gagné son dernier titre, une coupe d’Allemagne grâce à un coach arrivé au début de la saison, Armin Veh. Aujourd’hui, une nouvelle décennie est passée, la ville vibre encore et toujours pour son club, pourtant ce dernier est terriblement malade et faible. Une faiblesse qui l’a d’ailleurs entraîné jusqu’en 2. Bundesliga. En 10 ans, le club a chuté de façon vertigineuse et ceci s’explique de plusieurs façons…

Au moment où la Bundesliga était peu ou pas médiatisée, certains clubs historiques savaient encore gagner ; ils savaient encore comment briller sans avoir à se battre avec le géant bavarois ou le Borussia Dortmund. A cette période, les clubs traditionnels comme Stuttgart étaient dans une position confortable, ce qui n’est plus du tout le cas à l’heure actuelle. En effet, après avoir remporté ce titre, tout semblait sourire aux souabes qui auraient pu se lancer dans un cercle vertueux, créer une dynamique afin de s’installer tout en haut de l’échelle allemande. Hélas c’était sans compter sur une gestion post-titre assez désastreuse. Sans aucune véritable feuille de route ni aucun véritable objectif portant sur un projet dans la durée, la stabilité est presque impossible à acquérir. Pourtant ces éléments sont essentiels si l’on veut s’inscrire dans la durée. De ce fait, le club s’est tué lui-même en prenant le chemin de l’anarchie dès la saison suivante, en ne pouvant pas assumer la Ligue des Champions à cause d’un effectif pas suffisamment étoffé en plus d’un manque d’expérience criant. Ceci a provoqué une chute progressive entrecoupée par des coups d’éclat suffisants pour participer aux compétitions européennes. Tout cela s’est forcément accompagné ensuite de changements au sein du staff, de la direction et bien-sûr du groupe qui s’est appauvri au fil du temps sans pour autant être calamiteux.

Mais commençons pas le commencement : avec une gestion aussi calamiteuse, la chute du club souabe était inévitable finalement. Pourtant peu de monde pensait que cette chute allait arriver si tôt. Effectivement le club a tout connu : du bonheur, de la satisfaction comme de la peur ou de la peine. En réalité ce n’était peut-être rien d’autre que des sursauts de lucidité qui étaient devenus les meilleurs amis du VfB Stuttgart. Ils ont alterné les trous noirs et les belles périodes sur des saisons entières ou sur certaines parties, mais à chaque fois l’issue était correcte puisque même en effleurant la zone rouge, ils n’y mettaient pas les pieds. Pas encore l’heure, pas encore le moment, encore des choses à montrer tout en haut ? Mais montrer quoi ? Une instabilité criante ? Une attaque capable du meilleur mais plus souvent du pire ? Des entraîneurs qui se suivent tour à tour sur le banc dès la première maladresse ? Alors oui ceci tout le monde a pu le voir en Allemagne jusqu’à ce que le club sombre définitivement à l’issue de la saison 2015/2016.

Parlons justement de ces coachs : entre 2007 et 2016 pas moins de 12 hommes ont occupé le banc du VfB Stuttgart dont Armin Veh et Huub Stevens qui y sont passés à deux reprises lors de saisons différentes. Pendant ces neuf années environ, seul Bruno Labbadia est resté en place plus qu’une saison ou une demi-saison… Alors comment trouver la stabilité, assurer sa place dans l’élite en agissant ainsi ? C’est impossible. Car ces hommes ont forcément des méthodes, des philosophies, des idées différentes, de ce fait les joueurs doivent constamment se faire à de nouvelles méthodes de travail. Et cela est loin d’être facile, au contraire.

Alors certes ces changements en cours de saison étaient parfois nécessaires au vu des résultats que connaissait le club comme en décembre 2010 où le club a remercié Jens Keller après un Hinrudne catastrophique. Il sera justement remplacé par B.Labbadia. Le schéma est d’ailleurs le même pour la première apparition de Huub Stevens au club qui arrive pour remplacer Thomas Schneider qui a traversé un véritable trou noir au début du Rückrunde de la saison 2013/2014 en s’inclinant 7 fois de suite. Pas besoin d’en dire plus, la valses des coachs sur le banc des souabes est un véritable casse-tête et ceci ne semble pas prêt de changer lorsque l’on observe ce qu’il se passe du côté de la 2. Bundesliga en ce moment même (Jos Luhukay vient tout juste d’être remplacé par Hannes Wolf qui s’occupait des U19 du Borussia Dortmund).

Toutefois les coachs n’ont pas été les seuls à bouger constamment puisque trois directeurs sportifs et trois présidents se sont succédés sur ce court laps de temps. Ainsi on comprend rapidement pourquoi le club en est arrivé là. En alignant les mauvaises décisions la chute allait forcément finir par arriver. C’était irrémédiable finalement, et cette machine historique aux tendances autodestructrices a été impossible à arrêter à temps.

Outre cette valse perpétuelle qui n’a fait qu’aggraver la situation périlleuse dans laquelle s’installait doucement Stuttgart, les joueurs présents au club – les jeunes comme les moins jeunes-, ne se montraient pas forcément au niveau. Pourtant le VfB Stuttgart a toujours gardé un effectif relativement bon avec des jeunes issus du centre de formation (Timo Werner, Timo Baumgartl, Daniel Didavi etc) ou des joueurs d’expérience pouvant aider l’équipe dans les moments délicats (Vedad Ibisevic, Goeffrey Serey Dié et dernièrement Kevin Grosskreutz). Le mélange semblait relativement cohérent, ceci semblait tenir la route pour survivre et jouer le milieu de tableau de la première division. Hélas encore une fois sans un coach compétent pouvant effectuer un travail sur la durée il est difficile d’organiser une équipe, de lui inculquer des bases solides pour résister. Au final lorsque l’on regardait le VfB Stuttgart il y avait de moins en moins de logique et d’aisance. La défense était apocalyptique sans parler du nombre incalculable d’occasions nettes loupées par match. Les exploits individuels étaient, en quelque sorte, devenus le seul moyen de marquer. Et évidemment c’est loin d’être suffisant. Alors oui la vie sans Mario Gomez et Cacau est quelque peu difficile. Finalement tout allait dans le mauvais sens au fil du temps, plus rien ne tournait rond à tous les étages… Et la sentence a logiquement fini par tomber en mai dernier quand le club a dû faire ses valises pour l’échelon inférieur sans passer par la case des play-offs.

En résumé, le VfB Stuttgart s’est tué tout seul mais malgré tout les supporters de ce club traditionnel continuent à montrer leur amour inconditionnel pour celui qui, pendant une longue période, régnait dans sa région. Maintenant, même en 2. Bundesliga la Mercedes-Benz Arena continue à faire le plein pour chaque rencontre, les ultras chantent à en perdre la voix que ce soit pour exprimer leur colère quand leur club fait n’importe quoi ou l’inverse bien-sûr. Finalement, la passion et l’âme sont les seules choses qui restent intouchables que ce soit dans la souffrance ou dans la victoire.

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