[Premier League] : Pep Guardiola, Deus ex machina

Au théâtre, il existe ce personnage descendant du ciel, doté de pouvoirs supérieurs, venant débloquer une situation inespérée et d’apparence sans issue. Sur terre, il semble que ce « Deus ex machina » se soit manifesté, et plus d’une fois, pour nous gâter et nous emplir de joie.

Il y a quelques années, il siégeait du côté de la place la plus chaude du globe, la Catalogne. Là-bas, il a enfanté sa philosophie, philosophie qui l’a élevé jusqu’aux plus grandes richesses, qu’elles soient morales ou matérielles. Aujourd’hui, il a migré dans un pays bien plus froid, avec l’envie d’y marquer les esprits et d’y planter son drapeau. Un drapeau flottant à présent dans l’air de Manchester, symbole du talent d’un homme et de la fierté de sa réussite. Un drapeau brodé en lettres d’or du prophète du siècle, Pep Guardiola.

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Il y un an, le Catalan posait ses valises dans l’immense ville de football qu’est Manchester, avec l’intention de prouver au monde entier que son passage à Munich n’était qu’un contre-temps, et qu’il fallait se tourner vers ses années à Barcelone si l’on souhaitait apprécier sa patte et la manière dont il modèle ses équipes. Cependant, le temps ne lui donna pas immédiatement raison car son groupe ne fut pas au rendez-vous, ni à la hauteur des attentes multiples des supporters ou de l’administration.

Patient, à l’image de son jeu, Pep Guardiola continua de pousser toujours plus ses joueurs à s’entraîner, afin de les faire progresser et leur faire goûter à la jouissance des victoires lors de ces soirées européennes dont il est maintenant un habitué. Quelques mois plus tard, Manchester City retrouve la première place du classement, avec seulement un nul en douze matchs. Mais, alors qu’il était à la tête d’un groupe en perdition, comment est-il parvenu à redresser la barre? Avant d’entrer dans les détails, il est tout de même nécessaire de préciser un point.

Prenez garde et n’écoutez pas ceux qui vous disent que son groupe était en perdition, car ces derniers ne font que juger hâtivement et sans prendre en compte la complexité du football. En effet, les résultats n’étaient pas présents. Mais non pas parce que le coach ou le groupe n’étaient pas au niveau, mais tout bonnement car il faut du temps pour créer une osmose et adopter une philosophie de jeu. Un temps que certains en France comme ailleurs ont du mal à accorder, bien qu’il soit absolument nécessaire.

 

(Crédit photo: FILIPPO MONTEFORTE/AFP)

 

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Il s’agit maintenant de rentrer dans le vif du sujet et d’analyser les causes du succès, et de cette marche impériale empruntée par Manchester City. Commençons d’abord par les phases défensives. Premier problème réglé cette saison par Pep Guardiola, celui du gardien de but, qui faisait grandement défaut au club jusqu’à cette année. Recruté cet été, le jeune Brésilien Ederson représente l’hybride parfait, capable de parades décisives comme de se monter adroit balle au pied, donnée importante dans un système de possession. Souvent raillé pour ce second point faible, le club a aussi pris la décision de dépenser massivement pour se bâtir une défense solide, notamment en recrutant des latéraux d’expérience tels que Walker et Danilo.

Mais au-delà des recrues, ce sont bien les idées de Pep Guardiola qui ont permis au groupe de devenir une forteresse quasi imprenable, avec seulement sept buts encaissés.

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Tout comme un certain Marcelo Bielsa de l’autre côté de la Manche, le tacticien catalan a fait du pressing une valeur cardinale de son dispositif. Comme Raheem Sterling l’expliquait il y a peu, il est plus intéressant d’avancer de quelques mètres pour récupérer le ballon, que de reculer de dizaines de mètres pour défendre. C’est donc ici même que commence tout le système de Pep, et que prend tout son sens l’expression qui vise à dire que le gardien, si ce n’est le dernier défenseur, est le premier attaquant de l’équipe.

Dans un championnat physique et aérien, Guardiola a donc réussi à imposer le jeu au sol à son équipe. Qui plus est, il lui a inculqué la patience du jeu de possession, qui ne signifie pas la stérilité du jeu de possession. Cela traduit davantage la sérénité d’une construction solide et cohérente, qui même chahutée, comme contre le Napoli par exemple, parvient à contrôler un minimum le match pour le remporter au final. Une sérénité clef de voûte d’un système de pensée bien huilé qui alterne entre pressing et possession.

Pressing et possession, deux termes forcément liés tant le second est dépendant du premier. Mais le terme possession utilisé ici nous amène donc à parler plus en détails des phases offensives de City.

 

Énième but précieux pour Sterling. (Crédit photo: Oli SCARFF / AFP)

 

Comme nous en parlions plus tôt, Pep Guardiola accorde une importance primordiale aux latéraux, qui bien souvent viennent occuper les espaces laissés libres par les milieux (comme De Bruyne) partis sur les côtés. Un rôle qui allait parfaitement à Benjamin Mendy avant que ce dernier ne se blesse gravement. Autres facteurs positifs de l’effectif, sa jeunesse et sa qualité, à l’image de Sané ou Sterling.

Un autre exemple majeur est celui de Gabriel Jesus, récemment arrivé du Brésil et qui démontre une envie débordante sur le terrain, ainsi qu’un potentiel fort. Le coach l’a même récemment comparé à Samuel Eto’o de par sa combativité, et le voit un jour atteindre le niveau de Ronaldo s’il comble ses quelques lacunes. Outre la jeunesse de son groupe, Guardiola peut compter sur des joueurs qui ont accumulé de l’expérience, qui ont appris de la saison passée, et qui assurent dorénavant un rôle de cadre.

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En cette fin d’année, Manchester City ne semble plus être le même qu’il y a un an. Patient dans le jeu, organisé, rigoureux, le groupe de Pep Guardiola a passé un cap qui le place tout en haut du classement avec huit points d’avance sur son ennemi de toujours. En ligue des champions aussi, ils s’emparent de la tête de leur groupe avec cinq victoires en autant de matchs.

Si il ne fallait retenir qu’une chose de ce début de saison, ce serait certainement la sérénité que l’entraîneur est parvenu à transmettre à son équipe. En effet, rarement Manchester City n’aura autant dominé son sujet et donné l’impression de pouvoir battre la majeure partie des équipes européennes.

Tel Hercule, Guardiola a accompli presque tous ses travaux. Tel le Deus ex machina, il a réussi à changer le cours de l’histoire en appliquant son mode de travail au club de Manchester. N’en déplaise à certains, nous pouvons encore saluer la grandeur et l’intelligence de ce tacticien qu’est Pep Guardiola.

 

(Crédits photo: AFP PHOTO / Oli SCARFF)

Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais