Le Real Betis Balompié sera européen la saison prochaine. Dit comme cela, ça n’a rien d’extraordinaire. Quand on regarde dans le rétroviseur des Andalous, la performance a tout de la rédemption. Un an de purgatoire en deuxième division lors de la saison 2014-2015 avait particulièrement entamé le moral des supporters verdiblancos. Pire, avec une 14ème place en décembre, les Beticos semblaient bien repartis pour une nouvelle saison galère, dans l’ombre du puissant voisin, domicilié à quelques encablures, à Sanchez-Pizjuán. C’était sans compter sur la capacité d’adaptation du coach fraîchement débarqué lors de la dernière intersaison. Quique Sétien avait posé ses valises sur les bords du Guadalquivir, et parmi elles, on trouvait déjà quelques principes de jeu bien ancrés.

Pour les dirigeants du Betis comme pour l’entraîneur originaire de Cantabrie, le pari était risqué. Pour les uns, il s’agissait de miser sur un technicien qui avait été limogé à Las Palmas. Pour l’autre, il fallait justifier les dizaines de millions d’euros dépensés lors du mercato estival. Et réussir une saison lancée avec seulement deux réelles valeurs sûres : un gardien de niveau international, Adan, et un petit jeune prometteur : Joaquín, ses dribbles et ses 36ans en bandoulière. Dix recrues cet été, dont Javi García, Tello ou Sergio León pour construire, deux autres cet hiver pour compléter : Bartra et Rubén Castro.

Devant les difficultés rencontrées par ses hommes, Quique Sétien tenait particulièrement à l’arrivée du défenseur central du Borussia. Passage à trois dans l’axe derrière, plus de solidité et très vite, des résultats. Le déclic ? Probablement ce 6 janvier, jour des Rois Mages en Espagne. Ce jour-là, les Vert et Blanc se sont chargés des cadeaux dans un bouillant derby de Séville : une victoire 5-3 complètement folle pour lancer une course à l’Europe qui partait de très loin. Avec le recul, Quique Sétien peine à expliquer cette remontée fantastique jusqu’à une actuelle 5ème place, bien improbable à l’orée de l’année 2018. Après la victoire qui devait confirmer leur ticket européen, le 30 avril, contre Málaga (2-0), il déclarait : « Maintenant, on veut être cinquièmes, mais je dois dire que je ne m’attendais pas à une saison si exceptionnelle aussi tôt. Cela a été impressionnant, on a brisé une succession de frustrations chez nos supporters. Mais ce qu’on a fait, c’est plutôt inexplicable… »

Alors, inexplicable cette réussite sévillane ? Pas vraiment. La clé, c’est avant tout une exceptionnelle régularité. De celles qui vous offrent des fins de saisons palpitantes, avec des enjeux de taille. En témoigne cette unique défaite en 2018, contre le Celta, fin janvier, contre une équipe hors du Top 4 espagnol, jusqu’au relâchement compréhensible de San Mamés, ce samedi (défaite 2-0). Mieux : sur les douze derniers matchs, leurs adversaires n’ont trouvé qu’à six reprises le chemin des filets. Notamment grâce à un Bartra qui semble enfin avoir trouvé sa place : celle du patron d’une défense quasi-infranchissable. L’autre vrai point positif de cette seconde partie de saison, c’est une attaque en verve. Sergio León et ses 11 réalisations, bien accompagné de Cristian Tello, l’ancien Barcelonais, Loren et Sanabria. Ajoutez à cela des tauliers comme Guardado, Fabián ou Ryad Boudebouz et vous obtenez une équipe bien huilée, capable de s’imposer sur la majeure partie des terrains du royaume.

Le symbole de ce renouveau inespéré, c’est la seconde (ou dix-septième, allez savoir) jeunesse de Joaquín Sánchez. De retour dans son club formateur où il avait enchanté les supporters de 2000 à 2006, l’ailier droit espagnol ne semble pas trop atteint par le poids des ans. 36ans au compteur et presque autant de rencontres disputées cette saison (32) avant le derby sévillan. Lui-même a du mal à expliquer un tel succès cette année malgré son expérience. « Nos fans nous disent souvent qu’ils sont au bord de l’infarctus quand ils voient comment on relance la balle, s’amusait-il dans les colonnes du magazine El Club del Deportista. Ils nous disent tout le temps ‘Vous allez nous tuer !’, mais c’est comme ça que notre coach s’est montré le plus fort, en nous transmettant cette sûreté dans notre philosophie et dans le fait qu’on pourrait réaliser de belles choses. » Non content d’être un des grands artisans de la saison des Beticos, il a également souhaité s’investir et investir dans son club de cœur. D’abord, il a prolongé pour deux saisons supplémentaires, jusqu’en 2020. Ensuite, en déboursant un million d’euros, le numéro 17 s’est offert 2% du capital du Betis. Le facétieux capitaine symbolise parfaitement la dynamique d’un club de mieux en mieux géré, et qui enchante ses supporters.

Rien à voir, donc, avec la morne saison vécue par les Verdiblancos, pas plus tard que l’an dernier, une triste 15ème place à la clé. Tout à voir, en revanche, avec l’exercice à venir. L’excellent semestre réalisé par les Sévillans a permis à la direction du président Angel Haro García de préparer sereinement, et en avance, la saison 2018-2019. Si la plupart des joueurs sont encore sous contrat pour un moment, certains pourraient céder aux sirènes des plus grands clubs à l’issue d’une saison aussi réussie. Cest notamment le cas du milieu de terrain Fabián et de son compère, un certain Aïssa Mandi. Pour le reste, l’ossature devrait rester la même, avec quelques ajustements à prévoir. Pau López quittera les buts de l’Espanyol pour prendre place dans ceux du Benito Villamarín. Son arrivée est déjà programmée, tout comme celle du Japonais Takashi Inui dans le cœur du jeu, lui qui excelle depuis 2015 à Eibar. Peu d’arrivées à prévoir donc. Logique au vu de l’équilibre trouvé par Quique Sétien depuis maintenant plus de trois mois. Une dynamique qu’on prolongerait bien au moins un match supplémentaire au stade Benito Villamarín. Histoire de s’assurer la cinquième place, synonyme de qualification directe en Europa League. Et tant qu’à faire, s’offrir la cerise sur le gâteau qu’est cette saison idyllique : mettre le voisin et rival du FC Séville à huit points derrière.

 

Crédit photo : CRISTINA QUICLER / AFP

Diezista en freelance entre Madrid et Bordeaux. Souvent au stade, toujours dans l'info.