[Coupe du Monde] L’Iran, la meilleure équipe d’Asie ?

Dans cette Coupe du Monde qui se profile, le groupe B est des plus appétissants. On se lèche les babines à l’idée des confrontations entre voisins méditerranéens, à l’approche des indécis Portugal-Espagne, à la perspective d’une surprise marocaine… On s’en réjouit d’ailleurs tant et si bien qu’on en oublierait presque le quatrième larron : l’Iran. Une équipe méconnue qui fait office d’outsider mais qui arrive gonflée à bloc et décomplexée. Une équipe qui a connu des hauts et des bas mais qui s’affirme aujourd’hui comme une valeur sûre. La meilleure équipe d’Asie ?

C’est en tout cas ce que semble indiquer le classement FIFA. En effet, l’Iran est la première équipe asiatique, et ce depuis 2013, pointant actuellement à la 36ème place, quelques longueurs devant l’Australie, 40ème. Les autres équipes asiatiques se situent elles toutes au delà de la 60ème place.

Un classement qui n’a rien d’étonnant tant l’Iran est une valeur sûre du continent asiatique. La Team Melli détient le meilleur palmarès en Coupe d’Asie des Nations avec 3 victoires et 4 troisièmes places. En termes de victoires pures, seul le Japon a remporté plus de Coupes d’Asie (4 au total) que l’Iran.

En ce qui concerne le palmarès international, c’est moins glorieux. L’équipe d’Iran de football a participé à quatre Coupes du Monde, en 1978, 1998, 2006 et 2014, sans jamais dépasser le premier tour. La Team Melli n’a d’ailleurs gagné qu’un seul match en phases finales de Coupe du Monde, c’était en 1998 face aux Etats-Unis (2-1). Un maigre bilan qui ne demande qu’à être étoffé.

Là où l’équipe d’Iran impressionne, c’est au niveau de sa forme actuelle. Depuis l’arrivée de Carlos Queiros (ancien de Manchester United et du Real Madrid notamment) à la tête de la sélection en 2011, les Iraniens tiennent le bon bout. La Team Melli sort d’une Coupe du Monde où elle a fait bonne figure, réussissant un match nul face au Nigeria et tenant tête à l’Argentine jusqu’au but de Lionel Messi dans les arrêts de jeu. Elle arrivera en Russie forte d’un parcours de qualification extrêmement prometteur, avec 12 victoires et 6 nuls en 18 matchs (0 défaite donc, et seulement 5 buts encaissés). Des résultats qui lui ont permis de terminer largement en tête de son groupe, devant la Corée du Sud et la Syrie, et qui confirment la domination de cette équipe sur le continent asiatique.

Mais l’Iran sort aussi et surtout du lot du fait de sa culture du football. Introduit au début du XXème siècle par les Anglais, le sport le plus populaire du monde a connu dans le pays des hauts et des bas du fait des restrictions imposées par les dirigeants. Bridé pendant des années par une république islamique souhaitant limiter ce sport occidental et éviter les débordements qu’il peut entraîner, le football bénéficie aujourd’hui, et particulièrement depuis l’élection du leader modéré Hassan Rohani, d’une ouverture qui permet aux supporters d’exprimer tout leur amour pour le ballon rond. (Les supportrices, elles, sont cependant toujours interdites de stade. Après avoir tenté d’abolir cette mesure en 2006, les dirigeants sont finalement revenus sur leur décision devant la vigueur de l’opposition rencontrée à ce propos).

Que ce soit pour encourager leur équipe nationale ou leur club de coeur, les Iraniens répondent largement présents. Il suffit d’observer l’engouement que crée le match phare entre Esteghlal et Persepolis pour s’en rendre compte. Le derby de Téhéran, disputé au stade Azadi, est l’un des plus passionné de la planète, et se joue devant près de 100 000 spectateurs galvanisés par la rivalité et assoiffés de spectacle. La même ferveur populaire accompagne les compétitions disputées par l’équipe nationale, l’unité en plus et la violence en moins.

L’Iran est un pays de football. Un pays qui n’a pas toujours su gérer la puissance de ce sport si populaire, et où se mêlent encore aujourd’hui politique et ballon rond. Un pays qui souhaite désormais confirmer sa domination footballistique sur son propre continent et se surprendre à rêver plus haut. Un pays qui tentera surtout dans quelques semaines de marquer les esprits pour prouver au monde du football qu’il faut désormais compter avec son équipe nationale.

Pour compléter cet article, retrouvez notre présentation de l’équipe iranienne dans le 8ème numéro de Road To Russia :

 

Photo credits : JOE KLAMAR / AFP