Conflit OM/Yankee : nouveau plan Leproux ou épée de Damoclès qui tombe ?

L‘annonce est tombée via les médias lundi soir et elle a fait grand bruit, dans le microcosme marseillais comme dans le monde tout aussi étroit des Ultras français. L’Olympique de Marseille ne reconnaît plus l’association de supporters « Yankee », véritable fer de lance du mouvement Ultras à Marseille comme en France. Cette petite bombe soulève plusieurs questions et de nombreux points d’ombre. Si elle n’a pas été expressément officialisée par la voix du club, cette décision cristallise les tensions déjà existantes entre le nouveau board et ses supporters. De quoi remuer toutes les parties prenantes à quelques jours de l’ouverture de la campagne de ré-abonnement.

On savait que le couple « Eyraud-Groupe de supporters » ne filait pas le parfait amour, l’annonce de lundi l’a prouvé. Après de nombreux avertissements, un lot de réunions, et pas mal de péripéties, l’OM a frappé fort contre l’un de ses groupes historiques. En ne reconnaissant plus l’association créée en 1987, le club phocéen empêche les Yankee de délivrer des abonnements en Virage Nord. 5000 abonnés se retrouvent donc sans possibilité officielle de s’abonner via leur groupe pour suivre la campagne 2018-2019. Si en interne des travaux ont commencé pour tenter de trouver une solution la moins impactante possible, la pilule a du mal à passer. Pourtant, en y regardant de plus près, une sanction était clairement à craindre.

Car oui, la décision de l’OM n’a rien d’arbitraire et n’est qu’une suite « logique » après les nombreux agissements des Yankee. Le groupe est dans l’œil du cyclone depuis de nombreux mois, et pas uniquement chez le board du club phocéen. Les YNM n’ont plus la côte même du coté des autres groupes ultras. L’histoire du tifo « MARSEILLE » a divisé au sein de la communauté. Pour les groupes de supporters ayant toujours refusé les aides extérieures, voir l’un des plus légendaires accepter de se plier à de la publicité masquée (en l’occurrence de Netflix) pour la conception d’une chorégraphie n’est pas passé. Netflix voulait profiter de ce tifo pour faire un teasing géant de la saison 2 de la série portant sur la cité phocéenne. Une publicité indirecte qui a fait grincer du coté des groupes mais aussi du board de l’OM. Très scrupuleux de son image en interne comme en tribunes, ce pacte avait été mal vu par l’ensemble des parties prenantes, son annulation de dernière minute faisant retomber un soufflé qui gonflait depuis plusieurs jours avant le fameux match contre Bordeaux.

Mais l’incident le plus important reste celui qui a eu lieu juste avant l’Olympico en mars dernier. Plusieurs groupes marseillais venus de la France entière ont été victime d’escroquerie de la part de supporters liée aux Yankee. Une centaine de supporters se sont déplacés à l’Orange Vélodrome pour assister à la rencontre. En échange d’une certaine somme, ces amoureux de l’OM étaient censés recevoir un bracelet pour assister à la rencontre. Ce sésame n’est jamais arrivé et ce sont de nombreux supporters qui se sont retrouvés sur le carreau aux portes du Vélodrome. Le club a porté plainte pour escroquerie, Michel Tonini, président, ne dément pas mais accorde ne pas avoir été mis au courant. L’écart de trop pour Jacques-Henri Eyraud qui semble ne plus supporter le chef des YNM, de par son attitude mais aussi par ses écarts qui touchent indirectement l’OM.

Quelques mois auparavant, Michel Tonini avait réussi pour la première fois depuis bien longtemps à faire l’unanimité. Il avait fait rire l’ensemble du mouvement Ultra phocéen. Pris par l’ambiance d’une soirée trop arrosée, il s’était fait voler la black card de l’association par des femmes aux mœurs légères. Résultat des courses : près de 13 000 euros dépensés par une des donzelles chez Louis Vuitton et aux Galeries Lafayette et une casserole de plus pour celui qui préconisait de vive voix le boycott de l’Europa League en début de saison. Pas le premier fait d’arme du bonhomme, ce fait divers avait réussi à exaspérer tout le monde.

Michel Tonini, figure contrastée du Vélodrome, voit sa réputation ternir celle de son association, celle créée par son frère et tenue financièrement durant de longues années par sa mère. Lui qui a vu passer Tapie, Louis-Dreyfus, Diouf, Labrune, Eyraud … se positionne désormais contre son board actuel et ce depuis plusieurs mois. Proche du Pape, qui le défend d’être un escroc, Tonini traîne ses casseroles, ses coups de gueule et ses prises de position comme des fardeaux. Si de la bouche de Pape Diouf « il se laisse aller à quelques écarts, comprenant qu’il pouvait gagner de l’argent via l’association », de la bouche d’autres supporters ce sont ses prises de position qui dérangent. Mamadou Niang, Bielsa, l’Europa League, Labrune … Tonini multiplie les combats, quitte à mettre plus de force à l’extérieur qu’à l’intérieur du Vélodrome. Et c’est aussi cela qui lui est reproché aujourd’hui.

La décision de l’OM a créé la stupéfaction mais la majorité des personnes du noyau s’attendaient à une telle finalité. Le groupe ne ressemblait plus à rien depuis de nombreuses années, les mentalités avaient changé, les supporters ne chantaient que très peu et les capos faisaient plus figuration qu’autre chose. L’esprit « Yankee » est mort il y a très longtemps, et c’était son fantôme qui hantait la partie basse du virage Nord. Mais cette décision, justifiée ou non, soulève une problématique plus générale : que va t-il advenir des autres groupes ?

Aujourd’hui, deux camps s’affrontent : ceux qui comprennent la décision et s’y accommodent et ceux qui se lèvent contre le président à lunettes. Celui que beaucoup considèrent aujourd’hui comme l’Emmanuel Macron du football fait peur. Pire, il fait aujourd’hui office de plante urticaire pour des supporters craignant de voir arriver un second Plan Leproux. Il est vrai que par ses prises de position, Jacques-Henri Eyraud inquiète. La fameuse « Fan expérience », l’augmentation des prix, telles sont des décisions qui font dévier la cible vers un supporter consumériste, loin de la liesse populaire qui fait l’essence même du supporterisme phocéen.

Si rien ne permet aujourd’hui de dire que se prépare en off une vague d’aseptisation des virages, que ce coup asséné aux Yankee n’est qu’un one-shot de répression ciblé, la prudence est de mise. Après une saison réussie, une ferveur retrouvée, l’attente est grande tant sur le point du mercato que sur la relation à long terme « club-supporters ». Une chose est sûre, Michel Tonini a prévenu du côté des Yankee, la guerre est déclarée.

 

Photo : Frédéric Rostain / OM.net

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