[Interview] Darren Tulett : « Ces derniers temps, c’est compliqué d’être supporter de l’équipe d’Angleterre »

Rencontré lors de la conférence de presse pré-Coupe du Monde du groupe BeIn Sport, Darren Tulett, le plus français des anglais, s’est livré concernant la sélection de son coeur et les chances de l’Angleterre lors de la prochaine Coupe du Monde.

A quelques heures du début de la Coupe du Monde, quel est le sentiment qui prédomine ? On prend des forces pour tenir ce long mois ?

C’est vrai que ça va être un marathon mais on souffre beaucoup moins que ceux qui courent … On va être là tous les soirs, dès le coup de sifflet final du dernier match, en plateau. On l’avait fait en 2016 avec beaucoup de bonheur, ça avait bien pris, le fameux quiz … On est prêt. Ça fait quelques temps qu’on bosse dessus. Moi j’ai écrit un livre sur la Coupe du Monde, ça m’a aidé à préparer l’événement. Et je l’ai écrit en français messieurs ! J’en suis pas peu fier !

Je me sens prêt par rapport à l’histoire du tournoi. Etre capable de voir les parallèles et les faits historiques. Et quel plaisir pour moi, personnellement, de faire cette émission. Quel bonheur de faire cette émission de fin de journée. Je me mets à la place des gens, tout le monde n’a pas la chance de voir l’ensemble des matchs en direct, certains ont des vrais jobs. Tu te mets devant, t’es bien, 22h c’est pas trop tard, et tu ne rates rien de la journée. Avec de la bonne humeur et des superstars. On a le plaisir de retrouver Arsène Wenger qui était avec nous en 2016. Et ce qu’on ne sait pas, c’est qu’Arsène en coulisses, c’est un bout-en-train. Vous voyez Omar ? Arsène est pareil dans un autre style. C’est formidable.

Concernant la sélection anglaise, est-elle armée ?

La victoire de Southgate, c’est d’avoir baissé les attentes. On est un pays de fous et d’optimistes. Souvent l’Angleterre part en disant « on a peut être une chance de faire quelque chose ». Alors que ce n’est jamais le cas. On a gagné en 66, depuis, on n’a fait aucune finale, une seule demi … En France, certains pensent que l’Angleterre peut faire quelque chose, et bien vous êtes plus optimistes que nous ! La dernière fois, l’Angleterre s’est fait éliminer par le Costa Rica. COSTA RICA ! Et il y a deux ans, par l’ISLANDE ! Aujourd’hui, on part sans beaucoup d’attentes et c’est important car le groupe doit se construire … Rashford j’adore, Sterling, Alexander-Arnold, 19 ans et jamais appelé avant. C’est notre Pascal Chimbonda ! Harry Kane, Dele Alli … Devant, on est bons. Derrière moins. J’attends de mon équipe nationale qu’elle mette en place quelque chose pour l’avenir. C’est l’équipe anglaise la plus jeune depuis 1962. Donc ce n’est peut être pas pour aujourd’hui mais on espère être présent en 2022. On commence par la Tunisie, c’est piège, ils n’ont rien à perdre. Jouer l’Angleterre, c’est une belle affiche pour eux. Tout le pays sera derrière eux. S’ils se rappellent le Costa Rica et l’Islande, ils vont se dire « nous aussi on peut les battre ». L’Angleterre doit absolument gagner car le dernier match sera contre la Belgique et sur le papier, ils sont meilleurs.

Après l’Euro médiocre d’Harry Kane, il sera attendu au tournant à la Coupe du Monde.

Tout va dépendre s’il aura des ballons. Si on subit … On n’arrive pas à garder le ballon. C’est une fâcheuse tendance de perdre le ballon et de devoir le récupérer. Pour ça que Southgate a pris des jeunes à l’aise balle au pied, comme Loftus-Cheek. Si Kane veut briller, il va devoir toucher le ballon. Car il est vraiment parmi les meilleurs attaquants du monde, ce n’est pas un accident. Ca arrive que des mecs mettent 20 ou 30 buts et tu ne les vois plus jamais derrière. Kevin Phillips avait fait ça avec Sunderland. Kane, ça fait trois ou quatre ans de suite, il a confirmé. Et les meilleurs clubs du monde le suivent.

On dit souvent que tout le monde se rappelle de ce qu’il faisait le 12 juillet 1998. Et toi ?

J’étais au stade messieurs ! Je couvrais l’événement pour Bloomberg. J’étais dans la tribune presse, dans la partie journaliste étranger. Je vivais déjà en France, et la France était déjà mon deuxième pays. Quand Zidane a marqué, j’étais le seul à me lever dans la tribune presse étrangère. Je me suis dit que j’étais bien intégré !

Justement, quand la France et l’Angleterre s’affrontent, comment fais tu pour choisir ?

Soyez sérieux ! Je suis Anglais ! En 2004, j’étais au stade aussi. Mon téléphone a failli exploser tant j’ai reçu de SMS moqueurs suite au doublé de Zidane. Vous vous souvenez du match ? C’est un scandale qu’on ne le gagne pas ! 90% du stade était anglais, on n’entendait que nous. Et après votre honteuse victoire, tout à coup, on n’entendait que des « Allez les Bleus ».

Ce qui était drôle, c’est que je suis descendu pour la conférence de presse de Jacques Santini et le traducteur n’était pas là. Santini me dit de venir lui donner un coup de main. Subir la défaite et devoir traduire les questions des journalistes anglais comme un con. Je sors de là et j’attends les joueurs. Ils sont tous passés devant moi en me chambrant. J’étais dégouté, c’était horrible !

Du coup, parlons de bons souvenirs. C’est quoi ton meilleur souvenir avec la sélection ?

Que j’ai vécu ? En 1998, Owen qui marque contre l’Argentine. C’était plein de culot, de puissance. Un jeune qui éclot sur la scène internationale comme ça. Et à la fin, on le perd … Ca fait partie de nous, les Anglais, d’être au milieu de scènes impossibles. Le but de Maradona par exemple … C’est toujours contre nous ! Qui peut se faire sortir par l’Islande ? NOUS !

Est ce que l’échec de 2016 c’est le pire moment de la sélection ?

L’Islande c’est quand même très dur à digérer. 2014 c’est aussi très délicat. Il y avait trois ex champions du monde avec l’Italie et l’Uruguay. Mais sur un malentendu, on pouvait peut être passer … Et quand tu penses que c’est nous et l’Italie qui se font sortir. Ça a été très dur d’être supporter de l’Angleterre ces dernières années !

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français

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