[Ligue des champions] TSG Hoffenheim, le regard tourné vers l’avenir

À moins d’avoir passé les dernières années dans une grotte, vous avez forcément entendu parler de la montée en puissance du TSG Hoffenheim ne serait-ce qu’une fois. Cela est sans doute lié au fait que l’entraîneur plus ou moins à la source de cette proression est extrêmement jeune. Julian Nagelsmann est effectivement entré dans la lumière en a profité pour entraîner le club qui lui a fait confiance dans son sillage.

L’avant Nagelsmann était bien moins reluisant, c’est évident. Il existe un réel contraste entre les deux périodes et finalement, l’arrivée du trentenaire marque un tournant pour ce club qui avait l’étiquette « inutile » collé sur son front auparavant. Une réputation associée au terme « plastik klub » que peu appréciaient dans le paysage du football allemand. Aujourd’hui, Hoffenheim n’a toujours pas le titre du club le plus cool du pays mais il est, au moins, perçu comme un club qui travaille bien aussi bien sur le plan structurel que sportif. Et bien qu’encore raillé à cause de son stade clairsemé, le club de Dietmar Hopp possède désormais un certain crédit.

L’enfant de SAP

Dietmar Hopp, justement, est celui sans qui rien n’aurait été possible. Le patron de  SAP, l’une des plus grandes entreprises allemandes spécialisée dans l’informatique et le progiciel, a commencé à soutenir le club financièrement à partir du début des années 2000. L’enfant du coin et celui qui a un temps eu un pied dans le football a donc pris ce club sous son aile afin de le faire grandir. Bien que similaire à ce qui a été fait à Leipzig ou à Ingolstadt, la situation d’Hoffenheim peut sembler plus normale. Ceci étant, en investissant dans cette structure, il l’a fait grandir sans pour autant qu’elle ne fasse de vagues avant un long moment.

Mais avec cette structure, D. Hopp a eu à sa disposition une sorte de grand laboratoire des technologies liées au sport. De facto, le TSG Hoffenheim est l’un des clubs les plus novateurs à ce niveau-là sur la planète football. Aujourd’hui, les nouvelles technologies sont indissociables de nos vies de tous les jours et c’est encore plus le cas pour le club basé entre Stuttgart, Karlsruhe et Heidelberg (Sud-Ouest de l’Allemagne). Tout comme le City Football Group d’ailleurs qui travaille directement avec le groupe allemand. Que ce soit pour les employés ou les joueurs, les fans, tous à la touche SAP.

Tout est donc contrôlé via les données informatiques et les joueurs sont directement touchés par cela puisque le programme SAP Sports One régit tout comme l’explique le site internet de la société : ”From team management, training planning, player fitness, and performance analyses through scouting and talent-spotting, it manages all of the club’s coaching operations, starting with the U19 squad and going all the way up to first-team level”. Avec ce programme-là, il est possible d’avoir toutes les informations nécessaires sur la condition physique des joueurs, leurs performances durant les matchs etc. afin que le staff puisse préparer des entraînements personnalisés par exemple.

 

Dietmar Hopp et Julian Nagelsmann.

 

Le club et cobaye de SAP n’a pas que ce software à son actif pour être à la pointe de la technologie. Il a aussi la possibilité d’utiliser le « Footbonaut » (également utilisé par le Borussia Dortmund) qui permet aux joueurs de développer leur technique tout en ayant l’atmosphère du stade en fond sonore. Le directeur du secteur Sport-IT-Innovation d’Hoffenheom, Rafael Hoffner explique à ce propos que ceci « intensifie la situation ». Tandis que « l’Helix » se concentre sur les aptitudes cognitives avec l’aide d’un écran de forme circulaire faisant 180 degrés. Cet outil peut notamment permettre aux joueurs de développer leur capacité à trouver la meilleure passe pour leurs coéquipiers mais pas seulement. Ces deux technologies développées par SAP ne sont que des exemples d’outils utilisés par le club à ce jour pour faire progresser les joueurs de l’effectif.

Nagelsmann et les jeunes pousses

Au-delà de l’aspect avant-gardiste que projette l’utilisation de technologies modernes, en misant sur un entraîneur excessivement jeune ayant seulement évolué dans le circuit des centres de formation allemands, un homme qui débute à peine dans le métier, Hoffenheim a pris un risque. Un coup de poker qui a été remporté haut la main sans passer par la case bluff. L’intronisation de Julian Nagelsmann semble finalement faire partie intégrante du fonctionnement d’Hoffenheim qui a définitivement porté vers le futur comme l’a souvent dit Peter Görlich, le directeur exécutif du club. Nous ne ne nous ferons pas ici le portrait complet de l’entraîneur puisque nous l’avions déjà réalisé quelques temps après son arrivée. En revanche une mise au point est nécessaire.

Souvent comparé aux meilleurs entraîneurs de la planète, Julian Nagelsmann est l’un des représentants des coachs de la nouvelle génération qui arrivent sous l’influence de Pep Guardiola. Il a comme ligne directrice le « juego de posición » avec la volonté d’être tueur et efficace le plus rapidement possible lors des 30 derniers mètres. Un homme comme Kevin Vogt est représentatif de la touche Nagelsmann depuis son arrivée. Formé au poste de milieu récupérateur, le jeune tacticien allemand a décidé de le faire descendre d’un cran pour qu’il puisse jouer libéro dans une défense à 3. Depuis, son statut a changé : il est passé d’un joueur correct en Allemagne à un défenseur central intelligent et technique suivi par plusieurs top clubs européens.

Son système en 3-4-3 est fait pour que les joueurs qui composent le 11 puissent se régaler et avoir la possibilité de contribuer au collectif. Serge Gnabry est un très bon exemple de cela, lui qui a fini la saison dernière avec dix buts. On comprend que le football offensif prédomine du côté des Bleus et Blancs. Ceci coïncide avec ce que le technicien avait déclaré suite à une victoire face au RB Leipzig (c’est d’ailleurs le club qu’il rejoindra à l’été 2019) sur le score de 1-0 : « Je préfère achever plus d’offensives plutôt que de me dépêcher à en faire une ou deux ».

L’occupation du terrain est pensée pour que chaque joueur puisse avoir une ou deux solutions autour de lui pour combiner rapidement ou accélérer le jeu. Mais attention, le dogmatisme du toque n’est pas présent dans la tête de l’entraîneur d’Hoffenheim.

Capable de s’adapter à l’adversaire, il est capable d’utiliser les points faibles de son opposant pour placer ses points forts. Une véritable partie d’échecs. Ceci transparaît dans la récente confrontation avec le Borussia Dortmund où les hommes de Lucien Favre n’ont pas réussi à cadrer une frappe lors de la 1ère mi-temps, un fait assez incroyable compte tenu du début de saison canon du BvB. Il en va de même avec le Bayern Munich qui n’a jamais la tâche facile contre eux. On peut donc s’attendre à ce que cette équipe puisse faire déjouer des gros cadors, et Manchester City peut en témoigner après avoir arraché la victoire dans les dernières secondes face à un onze très jeune mais pourtant auteur d’une grande performance. Finies les erreurs du passé (cf. le barrage contre Liverpool l’an dernier). Nagelsmann et ses hommes veulent être maîtres de leur destin tout en contrôlant leurs adversaires. Et tout ça avec des joueurs très jeunes.

Vous l’avez sans doute remarqué donc, les jeunes joueurs sont essentiels au sein du groupe du TSG Hoffenheim, mais aussi dans la stratégie du club , dans sa façon de voir le football aujourd’hui. À titre d’exemple, face à Nuremberg lors de la dernière journée de Bundesliga quatre des onze joueurs avaient moins de 23 ans. Face à Manchester City, neuf des 18 joueurs du groupe avaient 23 ans ou moins.

La formation est, au fil des saisons, devenus l’un des atouts du club. L’académie a compté bon nombre de joueurs évoluant actuellement au club mais aussi en Bundesliga ou ailleurs. Et eux aussi sont intégrés dans le système technologique de SAP puisque dès les U19, toutes les informations sont enregistrées.

 

 

À côté de cela, le réseau de scouting du club est extrêmement développé et s’étend dans le monde entier ce qui permet d’avoir une académie relativement cosmopolite. En outre, toute l’Allemagne est passée au peigne fin par les recruteurs d’Hoffenheim qui observent les joueurs dès les U12 d’après Görlich. Intégrer les joueurs au sein du système d’Hoffenheim le plus tôt possible permet de maximiser les chances de réussir selon ses dires. Aujourd’hui, l’une des figures de proue de cette académie foisonnante qui a de bons résultats dans les championnats de jeunes est sans doute Niklas Süle. Dans une moindre mesure on peut également citer Nadiem Amiri ainsi que Dennis Geiger (1998) qui sont passés par l’académie.

Ces joueurs-là ont été ou sont essentiels au fonctionnement de l’équipe évoluant en Bundesliga. Désormais, c’est un club qui est connu pour laisser sa chance aux jeunes joueurs comme d’autres dans le pays et cela paye. Il n’a qu’à voir les résultats. L’an dernier, Hoffenheim a terminé premier lors de la A-Junioren Bundesliga Süd/Südwest (équivalent des U19), quatrième en 2016-2017 et encore premier en 2015-2016. En B-Junioren Bundesliga Süd/Südwest (U17), ou ils terminaient 3ème la saison dernière, tout comme en 2015-2016.

Finalement, la recette du succès d’Hoffenheim sur ces dernières années ne repose pas seulement sur l’arrivée de Julian Nagelsmann qui reste, certes, un élément majeur. Le travail intelligent du board couplé aux technologies mises à disposition ainsi que leur académie performante qui forme de bons joueurs a permis de créer une système efficace qui fonctionne parfaitement actuellement. Preuve en est l’entrée en scène dans la reine des compétitions européennes qui aurait été impensable il y a peu. Comme quoi travailler intelligemment peut s’avérer utile. Le club n’est toujours pas forcément apprécié mais force est de constater qu’avec ce bon travail effectué sur le plan sportif, il est un peu plus accepté.

Crédit photo: Daniel ROLAND / AFP

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