[Liga Nos] Portimonense, un rayon de soleil venu de l’Algarve

Arrivé en Liga Nos la saison dernière, le club dont tout le monde jurait qu’il jouerait le maintien sur l’exercice 2017-2018 a finalement joué le ventre mou en accrochant une belle dixième place. Cette saison rebelote. Alors que tout le monde voyait Portimonense jouer le ventre mou, on le retrouve actuellement à faire la course à l’Europa League. Ces bons résultats sur ces deux saison consécutives n’ont rien à voir avec le hasard puisque le club de Portimão maîtrise à la perfection la recette de son succès et les ingrédients qui la composent.

Une politique de recrutement atypique

Quatre. Comme le nombre de joueurs ayant la nationalité portugaise au sein de l’effectif de Portimonense. Les étrangers représentent effectivement pas moins de 85% du total des joueurs du club. Ce chiffre est évidemment le plus élevé du championnat portugais et il n’est de même pas étranger aux performances du club. Loin des standards des autres clubs portugais hors-trois (voire quatre avec Braga) grands, la direction sportive n’hésite pas à aller faire ses emplettes du côté du Japon, de la deuxième division brésilienne ou encore de la D3 portugaise.

Là où d’autres clubs disposant de la même manne financière vont plutôt se borner aux bons joueurs du Brasileirão ou de seconde division portugaise, Portimonense est en perpétuelle recherche du crack, que celui-ci soit issu d’un championnat de niveau très faible ou pas.

Qui aurait  par exemple cru que le Brésilien Jadson serait aujourd’hui l’un des meilleurs défenseurs centraux du championnat alors que son club d’origine est le Bonsucesso Futebol Clube, un club évoluant en deuxième division du championnat de l’Etat de Rio de Janeiro, le Campeonato Carioca de Futebol ? De même pour un Wilson Manafá arrivé en provenance de Varzim, un club qui passe ses saisons dans le milieu de tableau de la D2 portugaise, en 2016 pour la modique somme de 50 000€. Résultat : deux buts et quatre passes décisives en quinze matchs pour lui sur ce début de saison.

Ces deux joueurs ne sont que des exemples puisqu’environ les trois-quarts de l’effectif se retrouvent dans ce cas-là. En somme, un recrutement intelligent effectué avec les moyens du bord à raison d’un budget de 2,8 millions d’euros qui classe cette équipe au quatorzième rang du championnat.

La meilleure défense c’est l’attaque

Cette philosopohie de jeu est portée par le coach António Folha et n’est, contrairement à ce que l’on pourrait penser, pas due à un dogme dont il ne se détache pas mais plutôt à une habitude qu’il a prise et qu’il conserve. Ancien joueur du FC Porto, il n’a finalement que très peu joué avec son club formateur car il passait la plupart de ses saisons prêté notamment au Standard de Liège ou à l’AEK Athènes. Après une quinzaine d’années passées en pro, il enlève les crampons en 2005 pour passer ses diplômes d’entraîneur. C’est ainsi qu’il devient entraîneur adjoint de l’équipe B de Porto sur la deuxième partie de saison 2013-2014 avant de prendre les rênes de l’équipe la saison suivante et ce jusqu’au 30 juin 2018.

Il est débarqué à Portimonense cet été avec la mission de faire passer un cap à l’équipe qui avait terminé la saison 2017-2018 à une belle dixième place acquise avec brio. L’on parlait précédemment d’une question d’habitude pour expliquer son style d’un jeu tourné vers l’avant. En effet, entraîner la B du FC Porto signifie faire progresser des jeunes plus qu’obtenir des résultats (le FCP B étant en D2, il lui est impossible de monter en D1 car la A y est déjà). Ainsi, il est demandé aux entraîneurs de cette équipe de pratiquer un jeu dans le contrôle en gardant le pied sur le ballon et surtout en jouant tout le temps vers l’avant. C’est donc avec cette mentalité qu’il arrive du coté de Portimão.

Des centraux qui n’hésitent pas à avancer jusque dans les 40 mètres adverses balle au pied, des latéraux (Manafá et Tormena) qui jouent très souvent au niveau des meneurs de jeu, des ailiers (Nakajima et Paulinho) qui cherchent à percuter dès la réception du ballon et des milieux (Ewerton et Dener principalement) qui trouvent en permanence la verticalité, voilà la recette de la réussite tactique de cette équipe. Vous vous ennuyez un samedi après-midi et souhaitez voir des triangles et parfois des losanges à tout va dans un match de foot ? Vous serez servis.

Et parce que cette équipe manquait un peu de folklore, voilà que Jackson Martínez a été prêté par son club chinois du Guangzhou Evergrande. Oui, le Cha Cha Cha joue sur une jambe et ne tient pas 90 minutes sur un terrain. Oui, il a un peu grossi. Oui, il a largement perdu en niveau en termes de placement. Mais il reste néanmoins un redoutable finisseur et apporte une véritable supplément d’âme à cette équipe. Ses deux compères d’attaque compensent par ailleurs largement ses carences. Paulinho, à droite, est un peu un Hulk (le joueur bien sûr) version contrefaite : un pied gauche incroyable, une vitesse normale balancée par un physique de déménageur et surtout la folie du Brésil. De l’autre côté, à gauche, l’on trouve Shoya Nakajima, un Japonais de 24 ans scouté par les trois grands impliqué sur 13 buts en 15 matchs. Pouvant jouer aussi bien à gauche qu’à droite, pouvant aussi bien frapper loin que finir en finesse, pouvant aussi bien dribbler quatre joueurs de suite que glisser un subtil ballon en profondeur, il sait tout faire à son poste. Évalué à 15 plaques par Transfermarkt, il a une valeur quasiment équivalente à celle du reste de son équipe réunie.

Certes, Portimonense présente un goal average négatif depuis deux ans maintenant car quand ça gagne, ça gagne souvent bien mais quand ça perd, ça perd bien aussi. Mais en voyant le football par le jeu, pour le jeu et avec le jeu, cette équipe défie tous les pronostics et parvient à réaliser des exploits comme récemment en s’imposant 2-0 face à Benfica, causant le limogeage de Rui Vitória.

 

MIGUEL RIOPA / AFP

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.