[Interview] Pierre Barthélemy : « Aujourd’hui, la pyrotechnie est avec les interdictions préfectorales de déplacement, le principal point de tension entre tous les acteurs. »

Dans le cadre de notre article sur les référents-supporters, nous avons réalisé de multiples interviews autour des supporters et de ce rôle. Ici, Pierre Barthélémy, avocat travaillant de façon bénévole pour aider la cause des supporters, revient notamment sur le rôle de référent-supporters mais aussi sur les progrès réalisés à l’échelle française concernant les supporters.

La mise en place des SLOs est une vraie avancée pour les clubs et les supporters. Pourtant il semble que beaucoup de supporters ne semblent pas forcément au courant de cela. Pensez-vous que communiquer davantage pourrait être une bonne chose ?

Indéniablement, la mise en place obligatoire du SLO dans les clubs professionnels est fondamentale. Dans les clubs où le SLO est bien connu de l’ensemble des acteurs, il est devenu un acteur indispensable et dont les travaux sont salués par toutes les parties prenantes. Cela implique effectivement qu’il soit connu de tous, mais exige en premier lieu qu’il ait les moyens de se faire connaître : avoir un profil qui correspond au poste, avoir bien compris les missions du SLO, être nommé après une consultation des supporters, avoir assisté au module de formation initiale dispensée par l’Instance Nationale du Supportérisme (où il fait connaissance avec les autres SLO, les instances, la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme, l’Association Nationale des Supporters, etc.).

Parallèlement, il est acquis qu’il faut aussi davantage communiquer. Néanmoins, il faut admettre que de nombreux efforts ont été consentis en ce sens. L’ANS a rédigé en 2015 une fiche à l’origine de la mise en place du SLO par la loi du 10 mai 2016 et participe avec SD Europe et Football Supporters Europe à un programme d’échanges de bonnes pratiques sur la SLO dans toute l’Europe dans le cadre d’un projet Erasmus+ (#LIAISE) financé par l’Union européenne. Cela permet à tous les membres de l’ANS d’être très informés sur le champ de compétence d’un SLO. De son côté, la LFP a créé un poste dédié à temps plein aux questions du supportérisme. L’intéressé développe des trésors de pédagogie et se rend très souvent dans les clubs pour les aider à comprendre les bienfaits et les caractéristiques du SLO. Par ailleurs, la DNLH sensibilise ses correspondants locaux à l’importance d’échanger régulièrement avec le SLO local mais aussi de faire du SLO des clubs visiteurs un point de contact essentiel pour organiser les déplacements. En effet, c’est souvent par manque de communication que certains préfets abusent des arrêtés d’interdiction ou de restriction de déplacements. Si le SLO apporte des garanties, grâce à ses liens privilégiés avec tous les acteurs, il y a bon espoir de rassurer les préfectures et les forces de l’ordre locales. Enfin, l’instance nationale du supportérisme, par ses travaux et le module de formation qu’elle organise, permet aussi de communiquer au sein des initiés sur la manière précise avec laquelle le SLO doit agir.

Pour autant, bien des clubs ou des groupes de supporters restent à convaincre de la nécessité du SLO. Il s’agit souvent de clubs où tout se passe bien, avec une sorte de fonctionnement familial, ou de clubs où les dirigeants n’en voient pas l’utilité (car ils sous-estiment le nombre de supporters qui pourraient en bénéficier, ils rechignent à engager des dépenses supplémentaires, car le directeur de la sécurité a peur de voir ses compétences rognées, etc.). La communication générale sur le SLO est peut-être parfois trop technique et donc pas susceptible de toucher le grand public. Or le SLO n’est pas le SLO des groupes de supporters, mais de tous les supporters. L’ensemble des clubs seront d’autant plus sensibles à l’importance du SLO que tous les profils de supporters les solliciteront sur des sujets pour lesquels le SLO est l’interlocuteur idoine. De ce point de vue, il faudrait probablement initier davantage les médias sportifs nationaux ou locaux à la question, notamment en mettant en avant les exemples de clubs où le SLO est un modèle de réussite (à commencer par Strasbourg, Lyon ou Paris).

Mais il ne faut pas minimiser la rapidité des progrès réalisés depuis trois ans et la grande implication des acteurs sur le sujet, à commencer par la LFP ou la DNLH souvent injustement critiquées.

La question de la pyrotechnie a été évoquée lors de la dernière plénière de l’Instance Nationale du Supportérisme. Que doit-on retenir de cette dernière à ce sujet et que peut-on espérer à l’avenir par rapport à cela ?

C’est le genre d’exemple qui montre l’utilité de l’INS. Aujourd’hui, la pyrotechnie est avec les interdictions préfectorales de déplacement, le principal point de tension entre tous les acteurs. Les supporters n’entendent pas y renoncer car c’est culturel. La police doit en faire respecter l’interdiction, au point souvent d’en faire une priorité et d’interpeller n’importe comment des supporters, au risque de créer des mouvements de foule, des tensions voire des violences. Et la commission de discipline de la LFP distribue chaque année des centaines de milliers d’euros d’amendes aux clubs et plus d’une trentaine de huis-clos (totaux et partiels) ou de fermetures de parcages visiteurs.

La répression ayant montré son échec pour réduire l’usage de la pyrotechnie et ayant au contraire créé des situations de paralysie du dialogue ou des réactions virulentes, le bon sens commandait de recourir au dialogue pour trouver des solutions intermédiaires. L’ANS a ainsi mis en avant une série de premières pistes de réflexion pour démontrer que la question de la pyrotechnie est complexe et ne peut pas être enfermée dans un manichéisme bien contre un mal improductif :

I) Différencier les usages de pyrotechnie selon leur légitimité et leur dangerosité : on ne traite pas de la même manière une torche bien utilisée et une torche jetée au milieu d’une tribune ou sur la pelouse ; on ne traite pas de la même manière une torche et un pétard ou une bombasse. Par ailleurs, on ne traite pas de la même manière un supporter isolé qui allume une torche sans prévenir personne sans raison et un tifo ou un anniversaire de groupe avec des festivités organisées.

II) Admettre que la répression lourde de la pyrotechnie entraîne des dérives. Pour éviter d’être reconnus, les supporters cachent celui qui allume la torche sous des bâches ou sous un groupe de supporters, ce qui est clairement facteur de risques. Par ailleurs, pour éviter des sanctions de la commission de discipline de la LFP, certains clubs portent plainte de manière aléatoire contre leurs supporters, lesquels se retrouvent embarqués dans des procédures pénales longues, couteuses, incertaines et qui ne permettent pas toujours de démontrer leur innocence.

III) A l’étranger, différents pays ont adopté des solutions intermédiaires. En Norvège, aux Etats-Unis ou en Autriche, les torches sont utilisées dans certains espaces dédiés avec un cadre sécuritaire validé par les pompiers. Dans d’autres pays, comme le Danemark, des travaux sont menés sur des torches à température froide qui offriraient le même visuel tout en réduisant les risques. Des clubs allemands ont d’ores et déjà indiqué leur volonté de les tester. Il existe aussi des pays de compromis : ainsi en Suède la Ligue accepte de ne pas sanctionner les clubs dès lors qu’ils démontrent avoir correctement effectué les fouilles. Les torches sont implicitement autorisées lors des anniversaires de groupe ou lors des tifos à condition qu’elles soient allumées avant le début du match (les télévisions ont des petits reportages de cinq minutes en stock au cas où la dispersion de la fumée retarderait le coup d’envoi). Les supporters les descendent ensuite aux SLO qui, munis de gants ignifugés, les donnent aux pompiers. Mais les groupes de supporters français sont-ils prêts à l’accepter ?

IV) L’argent des amendes pourrait être partiellement affecté à la recherche de solutions techniques, à l’instar du fumigène froid danois, etc.

Ces travaux et ce dialogue au sein de l’INS n’aboutiront peut-être pas mais ils ont le mérite d’exister. Et il semble qu’aujourd’hui l’ensemble des acteurs souhaitent enfin trouver une solution. Des députés ont même ouvertement pris position sur le sujet, à commencer par Sacha Houlié, Stéphane Testé ou Olivier Paccaud.

 

Quelle place l’INS (Instance Nationale du Supportérisme) tient-elle dans les derniers progrès fait en France ?

L’INS n’est pas à l’origine du dialogue mais elle en est à la fois le résultat et la catalyseur. Elle est la résultante de travaux du CNSF et d’un dialogue entre l’ANS, des parlementaires et le Ministère des Sports en marge des discussions parlementaires préparatoires à la loi du 10 mai 2016 qui se voulait à l’origine purement répressive. Depuis sa création, elle a emporté de nombreux effets très positifs.

D’abord, elle a permis à tous les acteurs de se réunir autour d’une même table (supporters, ministères, policiers, instances sportives, parlementaires, etc.). C’est une avancée fondamentale : se confronter à autrui fait tomber les clichés et permet de réaliser que les oppositions structurelles fantasmées sont à nuancer. Apprendre à se connaître permet d’apprendre à se faire confiance. Les instances et les pouvoirs publics ont pu apprécier le sérieux des travaux de l’ANS (et des autres groupes de supporters membres de l’INS) et la sincérité de leur engagement. Les instances et les pouvoirs publics ont pu sensibiliser les supporters aux problématiques qui les gouvernent et à la complexité de la prise de décision dans de grosses structures. Mettre des visages sur des noms permet aussi de comprendre que le supporter est parfois aussi policier – collaborateur des instances et que réciproquement le policier ou le membre des instances sportives est parfois aussi supporter le week-end.

Ensuite, elle a déjà des résultats concrets. C’est notamment le cas de la mise en œuvre d’une expérimentation des tribunes debout sécurisées à Lens, Sochaux, Saint-Etienne et Amiens. Cette expérimentation, si sa réussite se confirme, devrait permettre un retour généralisé de ces tribunes en France. C’est une opportunité d’adapter les virages (et les parcages) aux mœurs des supporters les plus actifs : améliorer l’ambiance des rencontres tout en améliorant la sécurité (trop de supporters se blessaient ou trop de sièges se cassaient en raison de l’animation debout de tribunes remplies de sièges). Tout le monde a joué le jeu : c’est une initiative de l’ANS et des Red Tigers (avec le soutien du RC Lens), la LFP a produit un dossier juridique et technique très complet, la DNLH a sensibilisé les préfectures, les groupes locaux ont sensibilisé leur club, etc. Ce concret se retrouve aussi dans la création du module de formation des SLO. Déjà trois sessions de formation ont été organisées avec un succès unanimement reconnu.

La nature des thèmes de travail retenus démontre que tous les points de vue sont écoutés. Lors de la dernière séance plénière, l’ouverture de groupes de travail sur les interdictions préfectorales de déplacement et la pyrotechnie a été actée. Dans le même temps, il a été décidé l’ouverture de travaux de sensibilisation sur la lutte contre la discrimination dans les stades (homophobie, racisme) et la création d’une journée nationale du supporter, etc.

L’INS est enfin une instance dont la légitimité s’est construire sur la largeur de sa représentativité et la qualité de ses travaux. Quand elle porte un sujet ou un discours, elle fait autorité. Et dans un domaine où l’on opposait souvent l’ignorance, le mépris ou les clichés aux supporters, c’est une victoire décisive.

A picture taken on October 13, 2012 shows a poster reading « Stop abusive repression » in Montpellier, southern France, during a demonstration gathering about one thousand ‘Ultras’ football supporters, in support of a young football fan who was shot in the eye by a rubber bullet from a flashball, prior to the French L1 football match Montpellier vs Saint-Etienne at the Mosson stadium in Montpellier on September 21, 2012. AFP PHOTO / PASCAL GUYOT (Photo by PASCAL GUYOT / AFP)

Les supporters, notamment les ultras, subissent un traitement particulier. Finalement, nous faisons face à une pure et simple restriction des libertés individuelles avec les interdictions de déplacement mais pas que. Pouvez-vous développer là-dessus ? Mais en particulier ce que vous tentez de faire contre cela ?

A titre liminaire, je pense qu’il est important de tordre le cou à un cliché aux termes duquel le supportérisme serait un laboratoire des mesures répressives. J’ai la conviction qu’à aucun moment on a mis en place un outil répressif sur les supporters en se disant qu’on pourrait, en cas de succès, l’exporter à d’autres phénomènes sociaux. En revanche, il est certain qu’il est plus facile d’alourdir sans cesse la répression des supporters car ils ont mauvaise presse dans l’opinion publique ou car pour ceux qui ne fréquentent pas les stades, le supportérisme est un simple loisir sans valeur (ce qui fait fi du rôle social, familial, de solidarité, de fraternité des associations de supporters et du lien social que crée une passion commune pour son club). De surcroît, il est certain que les gouvernants futurs trouvent dans les modalités de répression des supporters l’inspiration pour des mesures répressives d’autres corps sociaux, avec souvent la conviction que ces outils sont efficaces (car le mépris du supportérisme conduit à une absence totale d’intérêt, de contrôle ou de bilan de ces dispositifs). Alors que les Interdictions Administratives de Stade sont un échec cuisant, entraînant de très graves dérives liberticides, on a entendu de nombreux élus ou journalistes affirmer (probablement avec sincérité mais surtout avec ignorance) que ce dispositif était un franc succès qu’il convenait désormais d’étendre aux « casseurs ».

En réalité, ces atteintes aux libertés individuelles des supporters sont aussi inquiétantes que révoltantes. On a créé les concernant un dispositif d’exception, assez similaire à celui de l’état d’urgence. Sauf que cette exception est, pour les supporters, un principe. Concrètement, au lieu de se contenter de laisser le juge sanctionner la commission d’un délit, notamment en prenant des interdictions judiciaires de stade, on a donné aux préfets un pouvoir « préventif » (dit de police administrative) qui emporte les mêmes effets mais sans les mêmes garanties. C’est ainsi que sans procès, sans intervention d’un juge indépendant et souvent sans aucun élément matériel sérieux, des supporters font l’objet d’IAS individuelles ou d’interdictions collectives de déplacement au motif qu’ils seraient éventuellement potentiellement susceptibles de risquer de troubler l’ordre public. Ces dispositifs ne font l’objet d’aucun garde-fou suffisants. Le journal L’Equipe a ainsi démontré récemment que 75 % des interdictions administratives de stade dont sont saisis les tribunaux, a posteriori, sont jugées illégales. C’est-à-dire que pendant deux ans, sur seule décision « préventive » d’un préfet, un supporter a été privé de stade et, surtout, a dû se rendre au commissariat à chaque match de son équipe (même pendant les horaires de travail, pendant les week-ends, pendant les vacances), autour de 50 à 60 fois par an. Tout ça pour rien : deux ans après, le juge explique que cette mesure n’aurait jamais dû être prise.

Jugez-vous que le dialogue est suffisant entre les multiples parties, notamment avec les préfets et autres institutions ? Ou plutôt, veulent-ils entendre ?

Le dialogue n’est jamais assez développé ni satisfaisant. Il en faut toujours davantage. Mais les progrès constatés depuis l’été 2016 dans le dialogue national avec la LFP, la FFF et la DNLH sont considérables et il est illusoire de penser que l’on aurait pu aller plus vite. Non seulement les interlocuteurs des supporters veulent les entendre mais ils sont aussi moteurs. La LFP produit un travail très important au sein de l’instance nationale du supportérisme (notamment sur les tribunes debout sécurisées), du projet #LIAISE ou de la Fondation Nivel. Elle a créé un emploi d’interlocuteur dédié aux supporters, qui planche à temps plein sur les problématiques portées par les supporters mais aussi d’initiative tierce. La FFF participe aussi activement au programme #LIAISE et aux travaux de la Fondation Nivel. Elle échange de manière régulière avec l’ANS, notamment concernant les groupes de supporters de clubs amateurs. De son côté, la DNLH garde toujours la porte ouverte et entend les griefs des supporters notamment sur les interdictions de déplacements. Malheureusement, le sujet avance très peu car les préfets restent décideurs. Et c’est là aujourd’hui encore le problème principal : la qualité du dialogue au niveau national n’a pas encore de répercussion généralisée au niveau local, là où certains Préfets continuent de rester sourds (par exemple dans les Alpes-Maritimes ou dans la Loire) et où certains clubs continuent de faire n’importe quoi (par exemple à Nantes et dans une moindre mesure à Valenciennes).

Quels impacts le projet #LIAISE peut-il avoir sur la situation française puisque comme on le sait, la LFP et l’ANS en sont membres ?

Ce projet a de très nombreux intérêts. Nous pouvons en identifier quatre principaux.

En premier lieu, il a sensibilisé la LFP et la FFF à l’utilité concrète et avérée en Europe des SLO (référents-supporters) mais aussi aux énormes bénéfices d’un dialogue constant entre une instance sportive et ses supporters (notamment l’exemple suédois). La Présidente de la LFP en avait le pressentiment. Ce programme lui a permis en interne de convaincre et de créer un emploi dédié à temps plein au supportérisme.

En deuxième lieu, l’ANS, la LFP, la FFF et parfois la DNLH ont eu la possibilité d’enchaîner les expériences de terrain et de réaliser les nombreuses convergences entre chaque partie prenante. Cela facilite l’obtention de résultats concrets dans le dialogue interne à la France.

En troisième lieu, il a permis d’identifier de nombreuses bonnes pratiques à l’étranger dont on s’inspire en France pour mettre en place les SLO.

En quatrième lieu, il a pu donner de la substance aux modules de formation des SLO mis en œuvre par l’instance nationale du supportérisme.

Depuis que vous défendez les supporters et travaillez dans ce milieu, quels progrès avez-vous observés ?

Les progrès sont immenses, sans que mon travail juridique n’en soit à l’origine. Le contentieux juridique n’est jamais une solution en soi, c’est bien plutôt un constat d’échec. L’objectif est donc, en réalité, de pouvoir se dispenser à terme de ces différends juridictionnels.

Sans revenir sur tout ce qui a été évoqué ci-dessus : le progrès principal est le renversement de la situation au niveau national. Les parties prenantes sont passées d’une situation de blocage, de défiance et d’a priori à une situation de dialogue, de confiance et de premiers résultats concrets. Les principales réussites nationales sont la mise en place du SLO, l’instance nationale du supportérisme (et les tribunes debout), les travaux de la Fondation Nivel (ateliers d’avenir et création du policier-référent) et la création d’un emploi à temps plein à la LFP dédié au supportérisme.

En revanche, au niveau local, la situation reste très hétérogène et dépendante de la volonté des acteurs locaux. La mise en place progressive des SLO (référents-supporters) donne lieu à de nombreux progrès mais les blocages structurels persistent : certains clubs continuent de s’en prendre à leurs supporters sur fond de divergence sportive (Valenciennes), de gouvernance (Sochaux) ou immobilière (Nantes). Certains préfets usent et abusent des mesures de police administrative qu’ils assimilent à des mesures de sanctions (les vagues d’interdictions administratives individuelles de stade) ou voient comme des solutions de facilité (interdictions de déplacement pour n’avoir pas à assurer la sécurité des rencontres sportives).

Il reste énormément de travail et les supporters, au niveau local, ne peuvent pas percevoir les premières avancées nationales. Pour autant, il faut saluer le fait qu’en ce moment tous les acteurs travaillent main dans la main, avec leurs convergences et leurs désaccords, sur la construction d’un socle fondamental.

Les supporters parlent depuis longtemps de leur situation. Mais pour beaucoup, la prise de conscience ne se fait que maintenant du fait des manifestations qui touchent la France depuis quelques mois. Quel regard portez-vous là-dessus ?

Je ne suis pas convaincu d’une réelle prise de conscience. La plupart des commentateurs se sont davantage indignés de la comparaison des manifestants aux supporters que des mesures restrictives de libertés en elles-mêmes. On a même entendu de nombreux juristes valider le mécanisme de contournement du juge judiciaire par des préfets tant que c’est limité aux supporters, sans même souvent n’avoir connaissance de l’obligation de pointage soixante fois par an ou de l’importance des associations de supporters dans la vie personnelle des ceux-là ou dans la vie sociale d’un territoire. On a vu des élus ou des journalistes vanter les mérites des mesures liberticides contre les supporters et parler de réussite sans n’avoir jamais fait l’effort de l’étudier. Pourtant, tous ceux qui s’y intéressent admettent que ces mesures n’emportent aucun bénéfice valable au regard de la gravité des atteintes aux libertés et des dérives.

Néanmoins, il est vrai que cela a permis à certains médias de réaliser un vrai travail de fond comme L’Equipe Explore et que certains députés sensibles à la matière se sentent plus légitimes à porter le sujet (par exemple Sacha Houlié, Stéphane Testé, Jérôme Durain, Didier Mandelli, etc.). Au niveau local, les médias sont de plus en plus sensibles à ces abus, à commencer par Ouest France.

Crédit photo : REMY GABALDA / AFP

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