[Reportage] À Santos, sur les traces du roi Pelé

Dans la ville portuaire de Santos, le meilleur joueur de tous les temps possède son musée en plus d’une aura inégalable. Immersion dans son temple au rythme d’une histoire faite de jaune, et de noir et blanc.

À tout seigneur tout honneur. Dans le quartier de Valongo, près du centre historique de Santos, trône un lieu entièrement dédié à l’idole du peuple brésilien. Inauguré en juin 2014 à l’occasion du Mondial, le musée Pelé est le deuxième temple du football de la ville après le Vila Belmiro, enceinte mythique du Brasileirão.

Nous sommes à 80 kilomètres à l’Est de São Paulo dans l’un des plus grands ports d’Amérique du sud, rien à voir avec la jungle urbaine de Sampa, ici c’est la mer qui régit le train de vie d’un demi-million d’habitants. Le dock rempli de grues mastodontes semble ne jamais s’arrêter tout comme la fourmilière de Santistas dispersés entre les travaux du port, de la mer et des commerces avoisinants.

Dans cette effervescence, c’est comme si le football était partout : des graffitis aux vitrines des commerces en passant par les tenues vestimentaires alvinegras (noir et blanc) de préférence. Les anciens gardent pour référence l’âge d’or de Pelé, les plus jeunes se réclament de Robinho, Ganso ou Neymar. Avec 8 titres de champion du Brésil, 22 championnats Paulista, 3 Copa Libertadores, O Peixe (poisson) possède l’une des armoires à trophées les plus remplies du Brésil. Une histoire qui nous est parvenue en Europe par les exploits en noir blanc du prodige séculaire de la cité santista. À un point tel que l’Européen moyen se demandera parfois si Santos n’est pas d’abord un club de quartier plutôt qu’une ville majeure du pays.

Un roi dans son palais

 S’il aurait pu jeter son dévolu sur Rio, São Paulo ou Três Corações, sa ville natale, Pelé a été intransigeant. C’est à Santos qu’il a toujours voulu valoriser l’héritage d’une vie de légende.

Le roi a même choisi son palais, une superbe bâtisse de style coloniale confectionnée sur les restes d’un manoir du 19ème siècle. L’édifice s’est vu offrir une seconde jeunesse dans la plus grande sobriété, la façade dans l’esprit des fondations initiales se fond parfaitement dans le paysage du centre de Santos, ville qui concentrait en son temps 75 % de la production mondiale de café.

Face à l’édifice, on comprend mieux comment l’emblématique numéro 10 est tombé sous le charme. Avec 4134 m² de surface, l’ambition du musée est à la hauteur de son protagoniste.

D’ailleurs, une fois franchie la grande porte du musée, les critiques envers le Roi Pelé ne sont plus recevables. Dans le hall principal, une employée du musée donne immédiatement le ton à chacun des visiteurs : « Bienvenue au musée Pelé, le plus grand joueur du Brésil et le plus grand footballeur de tous les temps ». La visite peut commencer.

Au rez-de-chaussée, la première exposition se penche sur les origines modestes du « craque », élevé dans l’État du Minas Gerais, au nord de Rio de Janeiro avant de déménager à Bauru (près de São Paulo) pour satisfaire les ambitions professionnelles de son père.

C’est aussi à cette époque, que le jeune Edson Arantes do Nascimento, nom figurant sur son état civil, reçoit le sobriquet qu’on lui connaîtra. Le petit Edison (hommage à Thomas Edison, puis transformé en Edson), qui n’a que trois ans, s’amuse avec le portier du Vasco da Gama, le club de son père. Ce dernier remarquant qu’il crie « Pilé » en essayant de prononcer le nom du gardien, un certain Bilé, lui affuble un nouveau surnom qui deviendra « Pelé ». 4 lettres pour la postérité.

Parmi les différents objets provenant de la collection personnelle de l’idole auriverde, on trouve plus de 2000 pièces : des maillots, des crampons, et une myriade de trophées. N’oublions pas quelques petites surprises comme cette pièce de 400 réis gagnée par le jeune Pelé qui travaille à 10 ans comme cireur de souliers, ou encore le sceptre et la couronne remis à sa majesté en 1971.

« Le Brésil est connu pour le football, Pelé est plus connu que le Brésil »

Il faut ensuite gravir quatre étages pour découvrir la partie plus intéressante du musée, celle traitant des quatre Coupes du monde auxquelles Pelé a participé. Les différentes vidéos qui tournent en boucle, permettent de prendre la mesure de l’attaquant dont la finesse technique avait déjà de quoi faire pâlir à 17 ans seulement. Un jeu de jambes hors du commun et un sens du but inné, le petit prodige du Minas Gerais a tout pour fasciner.

Tout au long de ses épopées, des phrases d’adversaires, d’entraîneurs, et même de poètes enrichissent le parcours de la légende. «Marquer mille buts comme Pelé : facile, marquer un but à la Pelé est bien plus difficile » signe Carlos Drummond de Andrade, poète brésilien reconnu. Toujours dans la même sobriété, on notera cette punchline d’un fameux commentateur brésilien : « Le Brésil est connu pour le football, Pelé est plus connu que le Brésil ».

De retour à la chronologie, le fil rouge de l’exposition nous fait atterrir en 1962, année où après quatre saisons remplies au Brésil, Pelé remporte son deuxième Mondial avec seulement deux matchs disputés. Le buteur s’est en effet blessé à la cuisse et doit renoncer à fouler les pelouses chiliennes. Malgré cette absence de taille, un Garrincha au sommet de son art permet aux auriverdes d’être à nouveau couronnés pour le plus grand bonheur d’un Pelé arrivé à maturité.

Quatre ans plus tard en 1966, c’est l’année de la grande déception. La Seleçao s’arrête en poule et Pelé se blesse à nouveau. L’amertume n’est toujours pas passée 53 ans après cette élimination brutale que l’on fait passer allègrement sur le dos des arbitres et de l’entraîneur de l’époque. Bah tiens !

Amateurs de happy ending, vous vous régalerez dans les dernières galeries du musée dédiées au Mondial 72. C’est la consécration pour Pelé qui soulève le trophée Jules-Rimet pour la troisième fois en seize ans, du jamais vu encore aujourd’hui. L’ambidextre de tous les records parfait sa légende avec une finale étincelante (un but et deux passes décisives) contre l’Italie (4-1). Un dernier chef d’œuvre avant des adieux émouvants en 1971 dont on revit l’ambiance sonore du Maracanã. Frissons garantis.

Deux heures de visite n’auront pas été de trop pour prendre la mesure d’une légende d’un autre temps certes, mais dont l’influence trouve un écho encore aujourd’hui sur et en dehors des terrains.

« Maintenant, grâce à ce musée, je suis réellement éternel » déclarait Pelé au moment de son inauguration, des paroles qui tombent sous le sens pour les 150 000 visiteurs qui ont déjà arpenté ses méandres depuis 2014.

  • Infos pratiques : 

Largo Marquês de Monte Alegre s/n (Antiga Rua São Bento, 392) – Valongo – Santos

Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h

Tarif : 18 reais (demi-tarif pour les étudiants, les plus de 60 ans, les détenteurs d’une carte bancaire Santander)

Site web : http://museupele.org.br/

Crédit photo : Colomban JAOSIDY & Governo do Estado de São Paulo