Florenzi, héritier du romanisme et du romantisme

Après les départs de Totti et De Rossi, Alessandro Florenzi reprend le capitanat de la Roma en même temps que le flambeau du romanisme, une tradition qui consacre un Romain pur jus depuis des décennies. Un poids lourd autour du bras du défenseur international autant qu’un honneur.

« L’héritage est entre de bonnes mains ». Les mots forts de Daniele De Rossi pour son discours d’adieu, le 14 mai dernier, lui étaient sans doute directement dirigés. Alessandro Florenzi, 28 ans, un visage angélique et une éducation dans la pure tradition romaine l’ont désigné comme l’erede, l’héritier, peut-être même le Dernier des Mohicans.

La transmission d’un brassard est lourde de sens, particulièrement pour les supporters romanistes très attachés au rite du capitaine, un rôle monopolisé par l’inépuisable duo Totti-DDR entre 1998 et 2019. La belle histoire de deux hommes qui se sont dévoués pour une vie à une cause : la Louve.

Romanité et romanisme

Dans la ville éternelle, ils auront toujours un destin un peu particulier : les fils de la Louve ou les enfants de la Cité, ceux qui auront l’honneur de représenter les couleurs et l’hérédité de leur ville. Francesco Totti et Daniele De Rossi, deux génies de leur époque, ont incarné à merveille ce rôle devenu mythique aux yeux de l’Europe entière.

Bien avant eux, les bases de cette tradition avaient déjà été posées par Attilio Ferraris, Giuseppe Giannini ou encore Bruno Conti, pionniers en leur temps du romanisme : l’héritage, faisant d’un joueur, par sa romanité, non plus un simple footballeur, mais une icône adulée, parfois fragilisée, mais que l’on finit toujours par pardonner.

La Roma, qui depuis son Scudetto de 2001 n’a remporté que deux coupes d’Italie, a gardé une résonance médiatique unique avec ses deux porte-étendards. Romains pur jus, pétris de talent à leurs postes respectifs, champions du monde… Ils auraient pu évoluer dans des clubs bien plus huppés, mais sont restés à Rome par passion.

« J’ai reçu des offres des USA et des pays du Golfe. Ils m’auraient couvert d’Or, mais j’aurais ruiné 25 ans d’amour. » disait Totti au Corriere della Sera, le 30 novembre 2017. Le genre de tournures qu’affectionnaient les journalistes et les supporters qui s’y sont habitués pendant plus de 20 ans.

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C’est dans ce contexte fait de symboles et de romantisme, qu’Alessandro Florenzi, s’est pas à pas élevé au rang de successeur. Né à Rome, passé par le centre de formation de la Louve, le gamin de Vitinia devient capitaine de la Primavera avec qui il remporte le Scudetto en 2011.

Un premier fait d’arme à seulement 20 ans, qui lui offrira une entrée en Serie A pour remplacer un certain Francesco Totti. Il n’en fallait pas moins pour que la presse romaine s’enflamme autant que les prétendants italiens et européens quelques mois plus tard.

Dans la foulée, le jeune Florenzi s’endurcira en prêt à Crotone avant de revenir dans la capitale pour conquérir une place de titulaire. De quoi, lui faire grimper les échelons du cursus honorum de bandiera romanista.

Les honneurs ou l’exil

Mais voilà comme souvent à Rome, les idylles se forgent à coups de drames et de passion. Des drames, quand Ale fait traîner sa revalorisation salariale à l’été 2018. La Curva le prend en grippe et le surnomme  « trenta denari » (30 pièces) une référence explicite à la trahison de Judas. Pas facile à encaisser pour le joueur qui subit en plus des sifflets à répétition à l’Olimpico.

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Le début de l’année 2019, ne lui offre guère de répit. Coupable d’un stupide tirage de maillot sur Fernando, l’attaquant de Porto, en huitièmes de finale de C1, Florenzi provoque un penalty transformé en fin de prolongation qui éliminera une Louve pourtant en ballotage favorable.

La fin de saison compliquée des giallorossi, qui enregistrent une décevante sixième place et surtout les départs de De Rossi et Totti, place le numéro 24 à la croisée des chemins. Quitter le navire avec un bon de sortie ou recoller les morceaux. Un dilemme finalement loin d’être cornélien.

Capitaine abandonné, capitaine retrouvé

Car c’est aussi cela la force de Florenzi : être tourmenté mais se relever, accepter les choix de ses entraîneurs pourvu qu’ils servent les intérêts du collectif. Il a bourlingué ici et là : en défense, à droite, à gauche, au milieu comme relayeur et même à l’aile. Jamais il n’a été question de contester le choix de ses coachs. Le nouveau Mister romain, Paulo Fonseca, l’a vite compris. Florè sera l’une des pièces maîtresses de son groupe en plus d’être un symbole capable de renouer la confiance avec des tifosi passablement courroucés des derniers tours de force de la direction.

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Même la Curva sud a fini par se ranger en le soutenant dès son premier match de la saison contre le Genoa (3-3) avec un message explicite : « En avant avec la tradition du brassard à un Romain, tous derrière Capitaine Florenzi ».

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Alors le polyvalent droitier fera-t-il le capitaine dont les tifosi rêvent ? Totti et De Rossi ont laissé un héritage extrêmement lourd à porter. Si le couteau suisse international n’a pas tout le talent de ses deux prédécesseurs, il porte cela dit, ses propres traits de caractères : une rage de victoire exacerbée, la volonté d’honorer ses couleurs sans concessions, et surtout un grain de folie, comme ce but mémorable marqué du milieu de terrain face à Barcelone en septembre 2015 ou cette célébration mythique en tribune dans les bras de sa grand-mère. Quoi de plus romantique, quoi de plus romain.

Credit : Andreas SOLARO / AFP