À l’image de celui de ses compères Frenkie de Jong et Mathiijs de Ligt, l’avenir ajacide de Donny van de Beek a longtemps été en suspens cet été. Et si les néo-Barcelonais et Turinois s’intègrent petit à petit à leurs nouvelles équipes, van de Beek a fait le choix de rester dans son club formateur. Une décision intelligente au regard de son début de saison réussi, avec en point d’orgue une performance magnifique à Mestalla la semaine dernière. La trêve internationale et les matches à venir des Pays-Bas sont l’occasion de s’intéresser au numéro 6 de l’Ajax, qui devient tranquillement l’un des milieux qui fascinent en Europe.

L’histoire d’un jeune lancier dans le vieux continent

Si le grand public l’a découvert grâce à l’épopée des hommes d’Erik Ten Hag, le football français a eu l’occasion de découvrir Donny van de Beek en avant-première lors de l’été 2017. Alors dirigé par Marcel Kaizer, l’Ajax Amsterdam croisa le fer de l’OGC Nice lors du troisième tour préliminaire de la Ligue des champions. Et même si c’est un but de Vincent Marcel qui a décidé de cette confrontation, les performances du jeune blondinet avaient impressionné. En plus de ses deux buts, sa vista et sa débauche d’énergie faisaient de lui le danger principal d’une équipe au collectif à des années-lumière de celui de l’an passé. Ce qui relève au premier abord de la simple anecdote ne l’est en fait pas vraiment, car de cette opposition a suivi la première saison pleine de van de Beek au plus haut niveau.

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Avec 11 buts et 6 passes décisives en Eredivisie, sa campagne 2017/2018 fut une réussite. Collectivement, l’arrivée de Ten Hag en milieu de saison a permis à l’Ajax de retrouver une identité forte et de se reconstruire grâce à une parfaite entente au milieu de terrain entre van de Beek, Schöne et Ziyech. Ce nouvel entrejeu, l’apport des latéraux Mazraoui et Tagliafico ainsi que la progression d’Onana sont les prémices de l’aventure amstellodamoise de la saison dernière. Rajoutez les signatures de Daley Blind et de Dušan Tadic, ainsi que l’incorporation définitive de De Jong et De Ligt et vous obtenez un demi-finaliste de Ligue des champions.

Vient donc l’heure d’évoquer la dernière saison du prodige néerlandais, et c’est un régal. Pas moins de 17 buts pour 13 passes décisives, un apport majeur dans une équipe titrée en championnat et en coupe, et surtout beaucoup de football. Si cet Ajax nous a emballés par sa force collective, van de Beek a souvent été la signature finale, le visage, le cri qui venait couronner l’intensité et la technique déployées par cette génération dorée.

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Bayern, Real, Juve, Tottenham… Toutes ces équipes ont souffert face aux coups de boutoirs incessants du natif de Nijkerkerveen. Sa froideur face à des gardiens de l’élite comme Szczesny ou Lloris tranchait avec son visage jovial, presque enfantin, et avec l’immense fierté de représenter les couleurs de son équipe. Une bande de potes qui jouaient également pour un ami en l’absence des terrains d’Abdelhak Nouri dit « Appie« , victime d’un arrêt cardiaque le 8 juillet 2017. Après son but en terre turinoise, van de Beek lui avait rendu un vibrant hommage : « J’ai regardé le tableau d’affichage et je l’ai immédiatement vu. 34, je ne pouvais qu’y penser. Je ne l’oublierai jamais. » Un énième immense souvenir procuré par ce jeune joueur.

Au milieu des autres

Mais alors, quelles sont les qualités qui ont fait crier Éric Di Meco « MAIS QU’EST-CE QUI NOUS FAIT VAN DE BEEK ?! » plus de trente fois entre septembre 2018 et mai 2019 ? Tout d’abord, le jeune Néerlandais est un finisseur de grande qualité, surtout pour un milieu offensif. Capable de terminer les actions aussi bien de la tête que des deux pieds, son sens du but n’a rien à envier à de nombreux attaquants européens. Cette facilité dans le dernier geste s’allie à son autre grande qualité : les déplacements.

Effectivement, van de Beek a développé avec certains de ses coéquipiers une telle complicité qu’il sait largement à l’avance dans quelle zone il doit se situer pour conclure l’offensive. Preuve en est son dernier but à Mestalla, où il enclenche sa course dès l’instant où Tadic reçoit le ballon, afin de s’écarter des défenseurs pourtant présents en nombre. Ce but est en quelque sorte sa spécialité, et rappelle son ouverture du score au Tottenham Hotspur Stadium, avec cette fois Hakim Ziyech à la passe.

Évidemment, son profil technique ne s’arrête pas qu’au dernier tiers tant il est un milieu complet. Dans le contre-pressing de Ten Hag, il est régulièrement le milieu qui presse le plus haut et son activité permet ainsi de récupérer de nombreux ballons exploitables par son trio d’attaque. Les départs de Schöne et De Jong ont été compensés par l’excellent duo sud-américain Alvarez-Martinez mais l’Ajax semble se diriger vers une animation avec moins de contrôle que l’an passé. Le coffre physique et l’intelligence tactique de van de Beek seront donc des atouts cruciaux afin que les Néerlandais jouent de nouveau les trouble-fêtes.

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Enfin, ce qui sépare Donny de la majorité des joueurs de football, c’est sa capacité à rendre meilleurs ses partenaires. Il les sollicite constamment, que ce soit par des courses dans le vide, des une-deux voire des triangles. Une recherche perpétuelle de l’initiative qui est loin de ne profiter qu’à l’individu.

L’un des exemples probants est Hakim Ziyech, que l’on peut légitimement trouver agaçant quand il s’enferme dans ses prises de risque incessantes. L’on peut également le trouver fantastique et se demander pourquoi il n’est pas encore dans un top 5 européen quand il combine et se sert intelligemment du jeu de ses coéquipiers. Cette différence tient dans la qualité de ses partenaires, et l’irritation provoquée par ses prestations à la CAN peut être nuancée par l’absence de joueurs marocains au profil unique comme van de Beek. Car oui, il suffit parfois d’une relation privilégiée avec un coéquipier pour que le soliste devienne le chef d’orchestre.

La vie en Oranje

Grâce à ses performances en rouge et blanc, van de Beek a acquis une belle réputation sur le marché des milieux de terrains européens, et de nombreux clubs vont revenir à la charge l’été prochain pour recruter l’intéressé. Son jeune âge, sa polyvalence et son profil moins bankable que d’autres joueurs sont autant d’arguments pour des équipes comme le Real, la Juventus où le PSG qui sont toujours à la recherche de talents à ce poste.

L’inquiétude parfois avancée par rapport à son recrutement est sa capacité à briller hors du système ajacide. S’il décide de quitter l’Ajax, il est probable que sa période d’adaptation soit compliquée mais à l’image de ses coéquipiers De Jong et De Ligt, il dispose d’une telle qualité que cela ne sera sans doute qu’une question de temps. En attendant de connaître la destination où il souhaite s’épanouir dans le futur, c’est dans un autre système, celui des Oranje, qu’il désire s’imposer rapidement.

Malgré ses grandes performances en club, l’intéressé ne compte aujourd’hui que sept sélections avec l’équipe nationale néerlandaise. La bonne dynamique enclenchée par Ronald Koeman depuis quelques mois fait que van de Beek n’est que le cinquième choix au milieu de terrain, derrière De Jong, Wijnaldum, De Roon et Pröpper. Si les deux premiers sont des titulaires indiscutables dans l’esprit de l’ancien Barcelonais, la concurrence existe concernant la troisième place de titulaire.

https://twitter.com/OnsOranje/status/1170026412172042241

Les Pays-Bas de Koeman privilégient un système en 4-3-3 constitué pour favoriser au mieux le contrôle de De Jong, les projections de Wijnaldum et le jeu en déviation de Memphis. En tant que troisième milieu, c’est le joueur de l’Atalanta, Marten de Roon qui est la solution privilégiée de Koeman.

Bien que très actif sur Twitter, ce joueur encore assez méconnu reste sur des prestations assez neutres en sélection, où il peine à montrer les qualités qui lui ont permis d’être l’un des grands acteurs de la belle saison du club de Bergame. Nul doute que lorsqu’il aura sa chance, van de Beek pourra compter sur son entente avec ses coéquipiers ou ex-coéquipiers de l’Ajax pour être performant et intégrer définitivement le onze de départ dans l’optique de l’Euro 2020.

Interrogé au sujet de son statut en sélection, il s’est montré confiant pour son avenir : « Le coach a toujours confiance en moi. Je le remarque dans nos conversations. Mais je ne commence pas souvent et je ne peux pas toujours rester sur le banc. Je n’ai pas l’intention de rester à sept sélections.. » Le forfait annoncé de Pröpper devrait lui offrir une titularisation face à l’Irlande du Nord ou la Biélorussie. L’occasion de continuer à développer un football aussi bien esthétique que collectif, taillé pour lui faire atteindre les sommets.

Crédit photo : Jurgen Fromme / Firo / Icon Sport