Que faut-il penser de la première de Quique Setien au Barça ?

Comme vous l’avez vu, lu et entendu, la semaine dernière le dépressif accroupi de Bilbao Ernesto Valverde a été débarqué par la direction catalane après un revers en Supercoupe. Inutile de refaire l’histoire, tout le monde est au courant et on ne va pas s’attarder la-dessus. Limogé puis remplacé dans la foulée par l’ancien coach du Betis : Quique Setien.

Après 3 ans de purge et de déni de la philosophie de jeu catalane, le sexagénaire qui, comme il l’a déclaré lors de son introduction, était encore avec ses vaches une semaine en arrière, a pour mission de remettre au goût du jour des principes ancestraux du Barça : le jeu de position, la possession haute ou encore le pressing à la perte du ballon.

Dimanche soir, le Barça recevait Granada. Quels sont les enseignements majeurs de la grande première de celui qui se définit comme un « fou de Cruyff » ?

Petite contextualisation avant d’aborder ce Barça-Granada : c’est avec un groupe privé de Luis Suarez blessé, amputé de Frenkie De Jong suspendu, et renforcé d’un Arthur tout juste de retour de blessure et d’un Riqui Puig fraîchement intégré dans l’équipe A que Setien a dû composer.

Compte tenu de tous ces éléments, c’est, certes à la grande déception des supporters barcelonais, mais au final assez logiquement, qu’on a retrouvé la doublette Rakitic-Vidal en relayeurs. Pour le reste, bien qu’un 433 ait été annoncé, on a surtout constaté une défense à 3 avec Sergi Roberto axe droit, Pique et Samuel Umtiti axe gauche au détriment de Clément Lenglet. Alba à gauche et Fati à droite avaient pour mission d’animer les couloirs afin d’étirer le bloc de Granada. On retrouvait enfin Messi dans l’axe en électron libre et Griezmann légèrement plus avancé, sur l’axe gauche de l’attaque.

Alors, quels sont les grands enseignements positif à tirer de la première de Quique Setien ? Il y a plusieurs points très intéressants à noter.

Le premier point c’est l’établissement, enfin, d’un système de jeu clair et défini. Une défense à 3, des pistons sur les côtés, un triangle au cœur du jeu et 2 électrons libres sur le front de l’attaque et des zones de jeu clairement définies pour tous. Le système barcelonais hier était clairement identifiable. Loin des bouillies tactiques entrevues pendant 3 ans qui ressemblait plus à des appels à l’aide d’un photographe en détresse qu’autre chose. Et forcément, quand on arrive à définir les contours d’un système cohérent, il est plus facile derrière de dessiner l’animation qui va avec.

Bien que le contenu soit aussi à nuancer par la faiblesse de Granada, la défense à 3 a permis au Barça de jouer haut, d’être moins exposé à la perte et de favoriser pour les milieux et le front de l’attaque un pressing coordonné. Là où le peu de pressing que l’on pouvait apercevoir de façon épisodique sous Valverde ressemblait plus à des initiatives personnelles décousues, on a enfin pu noter hier un pressing collectif intelligent : Griezmann, Messi et Fati qui pressent la relance pour permettre aux milieux et à la défense de monter d’un cran et asphyxier au maximum l’équipe adverse.

Conséquence positive et évidente pour le Barça quand l’animation est cohérente : c’est qu’un Sergio Busquets surnage dans l’entrejeu. Dans une mise en place ordonnée, tout devient très facile pour Busquets qui a passé sa soirée en petits chaussons et fut très certainement le meilleur catalan sur la pelouse.

Un système définissable, un bloc haut et un pressing cohérent, ce à quoi on peut également rajouter une volonté de ressortir les ballons proprement de derrière et de combiner avec une recherche perpétuelle d’un jeu en triangle pour faire des différences via Messi, Griezmann ou encore Fati lorsqu’ils venaient se connecter au trio du milieu.

Mais si tout était si facile, le Barça n’aurait pas du batailler et attendre le dernier quart d’heure pour forcer le verrou andalou. Alors qu’a t-il manqué ?

Comme évoqué un peu plus tôt, c’est à la grande déception des supporters barcelonais que le duo Rakitic-Vidal fut aligné hier soir.  Et c’est une déception toute légitime auxquels les événements ont donné raison. Il n’est pas question de critiquer individuellement ces deux joueurs mais surtout de s’interroger sur la viabilité de ces deux profils dans l’animation sur laquelle travaille Setien. Car lorsque l’on regarde ce que peuvent offrir Rakitic et Vidal à leur équipe en 2020, on se rend évidemment compte que c’est en décalage avec ce que doivent offrir des relayeurs à un coach qui cherche à mettre en place un jeu de position, une possession haute et des redoublements de passes pour forcer des verrous adverses.

D’une part nous avons Rakitic qui on le sait depuis plusieurs saisons se cache dans l’entrejeu, est incapable d’accélérer et faire avancer le jeu tout en ayant un volume sans ballon très limité. Et d’autres part on a Arturo Vidal qui n’est plus en mesure de pouvoir tenir la balle et dont la plus-value se définit aujourd’hui par ses courses sans ballons, sa faculté à presser et épisodiquement comme c’est le cas sur le but hier, à combiner dans les petits espaces. Des qualités qui doivent faire de lui un joueur de complément ou un remplaçant de luxe en sortie de banc mais pas un titulaire. Encore moins s’il est associé à un joueur aussi neutre que Rakitic.

Au final, on retrouve une doublette au cœur du jeu qui est incapable de tenir le ballon. Ce qui n’est absolument pas viable pour une équipe qui a des ambitions de jeu comme celles de Setien.

Et c’est l’une des raisons majeures de la stérilité du Barça hier. Un manque de qualité et de création au cœur du jeu. On a d’ailleurs pu constater le fossé qui séparait les titulaires d’hier avec un Riqui Puig dont l’entrée en jeu fut remarquée et remarquable justement par sa personnalité au cœur du jeu. Car il fait partie de ces joueurs qui ne se cachent pas, cherchent toujours à offrir une solution au porteur du ballon puis qui se mettent ensuite dans le sens du jeu pour chercher à faire la différence.

Ce point noir qui est la plus grosse faiblesse du Barça d’hier ne doit pas pour autant pousser au pessimisme dans la mesure ou ces deux joueurs ne sont de toute façon plus destinés à être des titulaires en puissance de ce Barça. Le retour de Frenkie et Arthur, l’émergence de Puig condamnent, sauf énorme surprise, d’ores et déjà ces deux joueurs.

Pour le reste, il y a forcement des petites interrogations. Le choix de faire jouer Ansu à droite sur son pied droit et Griezmann à gauche sur son pied gauche peut s’entendre. Le but est d’étirer le bloc bas de Granada et éviter qu’en les faisant jouer en faux-pied ils viennent s’empaler dans un éventuel entonnoir. Mais ça a aussi d’une certaine façon hier soir contribué à la stérilité du Barça qui n’avait plus que Messi au cœur du jeu comme joueur déséquilibrant ; là ou Fati à gauche aurait aussi pu faire des différences. On pourrait également s’interroger sur la place de Sergi Roberto en axial droit qui sera peut-être mis en concurrence avec Semedo à l’avenir. Face à un bloc bas comme hier soir, le profil plus offensif et tranchant de Semedo peut offrir d’autres possibilités que Roberto qui a été relativement neutre dans l’utilisation du ballon alors que positionnement haut de Fati lui avait offert des espaces dans lesquels s’infiltrer pour conduire le ballon.

Mais d’une certaine façon, ces interrogations sont également à nuancer dans la mesure où ces choix s’expliquent parfaitement par la volonté d’ordre et d’équilibre de Setien.

Finalement, bien que tout le monde soit très exigent et que Setien soit très attendu, il ne faut pas oublier qu’il est au club depuis moins d’une semaine, et que tout ne se règle pas d’un claquement de doigts. On ne passe d’une bouillie sans nom à la Dream Team de Pep en quelques jours. D’autant plus avec des absences aussi déterminantes que peuvent l’être celles d’un Frenkie ou Suarez.

Pour résumer, bien que le match ne fut pas flamboyant et spectaculaire, on a déjà clairement pu apercevoir les prémices du jeu de Quique Setien et la matérialisation de tout ce dont il a pu parler en conférence de presse pendant une semaine. De quoi être optimiste pour le futur. Toutefois, c’est un processus qui malgré la qualité individuelle hors-normes des joueurs du Barça ne peut pas s’établir en quelques jours ni quelques semaines. Cela prendra du temps. Mais heureusement pour Setien, il a le privilège de pouvoir compter dans ses rangs celui qui peut donner du temps à n’importe qui, même à un photographe dépressif : Lionel Messi.

Photo crédits : Iconsport

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