Derby de Gênes, pour l’amour du foot

Sampdoria – Genoa, le derby de Gênes pour le commun des mortels, derby de la Lanterne pour les plus connaisseurs. Considérée comme la la plus belle confrontation d’Italie, elle déchaîne les passions du côté du port le plus célèbre d’Italie. Autant sur le terrain qu’en tribune, le Luigi Ferraris s’embrase à chaque derby entre le grand frère « Grifone » et le cadet « Doriano ». Retour sur le match qui vous réconciliera avec le football.

Le derby des gens heureux

Loin des clichés des derbies, celui de Gênes est différent du reste. Si vous voulez la haine du derby romain, la rivalité milanaise ou les insultes turinoises, vous pouvez passer votre tour. L’affrontement entre le Genoa et la Sampdoria représente tout ce qu’on aime dans le foot. La passion autour du match n’a que peu d’équivalent. Chaque rue, chaque quartier, chaque magasin sort les couleurs de son club favori lors du jour J. Historiquement, c’est le Genoa qui est le plus aimé. La Sampdoria étant plus jeune de 50 ans, elle était lié à la banlieue et aux villages avant de prendre de plus en plus d’ampleur. Le cœur de la capitale de Ligurie bat pour le foot, le Marassi gronde chaque week-end pour une des deux équipes.

Les supporters sont plus proches de la mentalité anglaise que latine. On ne déserte pas le club quand les résultats vont mal. Au contraire, on garnit les tribunes pour aider son équipe. Autant la Sampdoria que le Genoa, les frères ennemis sont liés par l’Angleterre. Petit cours d’Histoire. La ville de Gênes, mais aussi la région de la Ligurie, ont un lien très fort avec la perfide Albion, à tel point que la croix de Saint-Georges (la fameuse croix du drapeau anglais) compose l’emblème de la région et est devenu le logo de la ville. Grifoni et Doriani sont considérés à juste titre comme les meilleurs supporters d’Italie. Au-delà du supporterisme, ce sont leurs animations qui alimentent leurs réputations. Hormis la Curva Sud milanaise, aucun groupe de tifosi n’arrive à la hauteur de leur créativité et de leurs tifos. La réputation des Grifoni n’est plus à décrire, ils ont prouvé qu’ils étaient parmi les plus drôles d’Italie. Lors de la relégation de la Sampdoria en Série B, 30 000 tifosi ont organisé une marche funeste avec un cercueil au couleur de la Doria pour rendre un dernier hommage au rival mort au combat.

Loin des sticks Anne Frank et des insultes racistes, les deux rivaux savent se déstabiliser sans tomber dans l’extrême. Le plus beau spectacle en tribune que nous offre ce derby est la fameuse guerre des drapeaux. Cette ribambelle de drapeaux qui flotte notamment en Virage Sud, là où résident les tifosi de la Sampdoria, donne une saveur particulière à ce match. Ce fameux Virage Sud représenté par la légendaire Ultras Tito Cucchiaroni. Considéré comme le fer de lance du mouvement ultra en Italie, les UTC vont se développer au point de devenir une référence dans toute la Botte. Une influence tellement grande que les Commando Ultra vont venir jusqu’au Marassi en 1987 prendre des notes. Le début d’une amitié qui dure depuis 30 ans et est devenue une des plus longues dans le monde Ultra. Samedi, ce sont deux tribunes historiques qui vont s’affronter et deux équipes qui vivent des situations totalement différentes.

La lumière doriana, l’ombre grifona

La Sampdoria part logiquement favorite pour le derby. Les coéquipiers de Fabio Quagliarella sont à une surprenante sixième place pendant que le rival est à une dangereuse 18ème place.  La saison dernière, ce sont les Doriani qui ont remporté les deux derbies et ont terminé avec 12 points de plus que les protégés de Ivan Juric. Le Genoa est déjà relégué à 14 points de son rival avec un match en moins pour la Samp. Le club est en crise et cela ne date pas que de cette saison. Si les Grifoni ne sont pas descendus en Serie B, c’est en partie grâce au niveau inquiétant de certains promus mais surtout au talent de Gian Piero Gasperini. Considéré comme une légende au Luigi Ferraris, il a permis au club de remonter en Série A après une longue période en Série B. Gasperini est aussi dans les cœurs des tifosi pour ses victoires lors des derbies. Notamment lors de celui qui est considéré comme un des meilleurs de l’histoire des derbies, tant les deux équipes possédaient des excellents joueurs. Victoire 3-1 grâce à un homme.

Il quittera le club en 2010 puis reviendra en 2013 chez son ex pour remettre de l’ordre  dans le foyer conjugal. Car depuis son premier départ, le club n’a jamais été aussi instable dans son histoire. 12 changements d’entraîneurs en sept ans, le sanguin Preziosi ne trouve pas le coach parfait pour son équipe et ne cesse de changer. L’instabilité sur le terrain est à l’image de ce qu’il se passe dans la direction, c’est le bordel. Le club est en instance de vente depuis un an, comme la Fiorentina plus récemment ou la Sampdoria, les deux Milan, la Roma ou Palerme il y a quelques saisons : le président recherche un investisseur. Malgré tout l’amour du président pour son club, les investissements commencent à être extrêmement durs à assumer et on cherche à tout prix des solutions. La vente du Genoa était acquise avant de finalement tomber à l’eau, pour le grand malheur de Preziosi.

Le club sous la houlette de Ivan Juric patauge dans la boue. Alors que le coach serbe a pu compter sur les retours au club de Miguel Veloso (beau-fils du président), Raffaelle Palladino et Andrea Bertolacci, le club n’y arrive pas. L’avenir du Genoa repose sur les épaules d’ un garçon de 16 ans et un gardien qui revient à peine de deux opérations des ligaments croisées. Pietro Pellegri et Mattia Perin représentent la dernière lueur d’espoir pour les Tifosi.

Une situation critique qui diffère de celle de la Sampdoria. Les Doriani ont mangé leur pain noir et peuvent espérer des jours heureux. Depuis la remontée et le départ de Edoardo Garrone, président emblématique qui a amené la Sampdoria jusqu’au tour préliminaire de la Ligue des Champions, le club s’est refait une couleur. L’arrivée de Ferrero a apporté du sang neuf. Conquérent dans son discours, le fantasque président est en train de réussir son pari : faire de la Sampdoria un club ambitieux avec des moyens mesurés.

S’il a été tenté par la folie des grandeurs au début de son mandat en signant Eto’o et Luis Muriel, il s’est ravisé et a développé une politique de recrutement intéressante. Les Doriani recrutent en Italie mais aussi dans les quatre coins de l’Europe. Le Benelux est prisé avec les arrivées de  Dennis Praet et Joachim Andersen par exemple, mais le marché le plus sollicité se trouve à l’Est de l’Europe. Pologne, Slovaquie, Croatie, Serbie, tous ces pays sont scrutés parfaitement par la cellule de recrutement. Milan Skriniar et Patrik Schick représentent le succès de ce pari risqué. L’un a été recruté à Zilina en Slovaquie et l’autre au Sparta Prague pour des bouchées de pain. A eux deux, ils ont rapporté près de 55 millions au club en ayant passé une seule année sous le maillot bleu.

Aucun club en Italie ne peut se targuer d’une telle réussite en termes de recrutement. Derrière les deux vedettes se cachent d’autres très bons joueurs. Karol Linetty, Dawid Kownacki (ex Lech Poznan) et Bartosz Bereszynski (ex Lech Varsovie) devraient faire parler d’eux d’ici quelques mois. Deux noms en particulier attireront l’attention des recruteurs, il s’agit de Lucas Torreira et Duvan Zapata. La pépite uruguayenne a fait parler de lui ce week-end avec un doublé retentissant. Milieu récupérateur de poche (1m64), les comparaisons fusent le concernant. Walter Gargano pour certains, David Pizarro pour d’autres, l’ancien de Pescara pourrait rapidement rejoindre une grosse écurie.

Quant au Colombien, il enchaînait les prêts infructueux mais le départ de Luis Muriel au FC Séville lui a garanti une place de titulaire à la Samp’ . Considéré comme un crack dès son plus jeune âge, l’ancien du Napoli a tout pour réussir au plus haut niveau. Ne lui manque que la régularité. Derrière tous ces jeunes talentueux se cache l’excellent Marco Giampaolo. Sans lui, le projet ne serait qu’à ses balbutiements mais l’ancien coach de Empoli a permis au club de passer un cap dans le jeu. Grand adepte du 4-3-1-2, il a réussi à remettre en pratique ses principes à la Sampdoria. Pendant longtemps Empoli a eu la réputation de jouer un football attrayant sous Sarri puis sous Giampaoli

Les coéquipiers de Quagliarella jouent un football offensif mais ont la particularité de presser parfaitement leurs adversaires. Hormis la défaite à Udine 4-0 et le 0-0 contre l’Hellas, chaque match de la Sampdoria est spectaculaire. 22 buts marqués en 10 matchs, et des victoires retentissantes face à l’AC Milan et la Fiorentina. La Samp’ part logiquement en favori, mais chaque derby a son histoire. Samedi s’écrira peut être une des plus belles de l’Histoire.

 

(Photo by Loris Roselli/NurPhoto).

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« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»