Cantonné à un rôle de joker de luxe en début de saison, Leroy Sané a finalement retrouvé un poste de titulaire mi-septembre. Un rôle que l’international allemand a parfaitement tenu, faisant de lui l’un des protagonistes principaux du parcours quasi-parfait des Cityzens, et le couronnant meilleur joueur du mois en Premier League.

Peu de joueurs peuvent s’en vanter, mais il en fait partie : Leroy Sané s’est révélé aux yeux du monde entier au stade Santiago Bernabeu, un soir printanier de Champion’s League. Ce soir de mars 2015, le Real Madrid reçoit Schalke pour le match retour des huitièmes de finale. Défaits (0-2) à l’aller, les Allemands tentent le tout pour le tout lors du match retour. Entré en cours de jeu, le fils de l’ancien international sénégalais Souleymane Sané éclabousse la rencontre de son talent. Du haut de ses 19 ans, il est d’abord buteur puis passeur décisif. Le club de Gelsenkirchen s’impose (4-3) mais est malgré tout éliminé.

Pur produit du centre de formation de Schalke 04, un des plus performants d’Allemagne, Leroy Sané a connu une ascension fulgurante. Considéré comme l’un des plus grands cracks du pays, il ne tarde pas à découvrir la Mannschaft, qu’il intègre en novembre 2015 alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Lors de l’été 2016, il devient le joueur allemand le plus cher de l’histoire en rejoignant Manchester City. Pep Guardiola, qui l’a naturellement suivi lorsqu’il exerçait sur le banc du Bayern, en avait fait une priorité, et c’est ce qui a fait pencher la balance. Dans une interview pour le site officiel de Man City, l’ailier déclarait : « Ça a été une décision rapide pour moi. Il m’a parlé avant que je signe et il m’a dit qu’il voulait faire de moi un meilleur joueur, et m’aider à m’améliorer dans les domaines où je n’étais pas bon. C’est pour ça que j’ai choisi City ».

Leroy Sané prend la pose avec un jeune fan français.

Adaptation lente mais réussie

Arrivé blessé en Angleterre, Sané ne foule les pelouses de Premier League qu’à partir de septembre 2016. Il rejoint alors une équipe de City en pleine bourre, qui s’impose à Old Trafford (1-2) à l’occasion du derby. Mais ses débuts sont mitigés : Guardiola continue à le façonner à l’entraînement, mais ne l’utilise qu’avec parcimonie le temps de parfaire son adaptation au football anglais. Lors des 12 rencontres de championnat qui ont suivi ses débuts, il n’en commence alors que trois et n’entre en jeu qu’à quatre reprises.

Dans une interview au Telegraph, l’ancien joueur de Schalke revient sur cette période : « J’étais jeune et peut-être que quand j’affrontais des gros clubs je me disais qu’ils étaient meilleurs que moi. Peut-être que j’avais un peu peur aussi, car je venais d’arriver dans une nouvelle équipe, et un nouveau championnat dont je ne connaissais pas grand-chose. Mais au final, Pep m’a dit de jouer comme j’avais l’habitude de le faire à Schalke, en étant plus libéré. »

C’est finalement fin décembre que le déclic intervient : « C’était la semaine avant le match contre Arsenal. Je sortais d’une bonne semaine à l’entraînement et je sentais que c’était le moment. » Face aux Gunners, Sané inscrit son premier but en Premier League, permettant aux Cityzens de l’emporter (2-1). Dans la foulée de son premier but, l’ailier allemand enchaîne les bonnes performances et réalise une seconde partie de saison pleine. Si les joueurs de Guardiola terminent la saison sans trophée, l’attaquant allemand se montre prometteur et décisif, notamment en Ligue des Champions. Au total, il inscrit 9 buts et 5 passes décisives en 40 matchs.

Verticalité et adaptation tactique

À l’intersaison, la concurrence se fait plus féroce avec l’arrivée de Bernardo Silva et la montée en puissance de Gabriel Jesus. Dans le 3-5-2 dessiné par Guardiola, Leroy se retrouve donc piston gauche en attendant que Mendy soit prêt à jouer. Un poste qui ne convient absolument pas à l’Allemand, qui rate sa présaison. Lorsque le coach catalan décide de repasser en 4-3-3, il perd donc naturellement sa place dans le onze.

En conférence de presse, l’ancien entraîneur du Barça l’explique : « Leroy Sané n’avait pas fait une bonne pré-saison et il ne méritait donc pas d’être titulaire en ce début de saison. A la fin de la saison dernière, il avait été extrêmement important pour nous. Il court avec le bon rythme, il est là au bon moment. Il doit encore progresser sur un point : ne pas perdre le ballon. Il marque beaucoup de buts, crée des occasions et délivre des passes décisives. Il est très important pour nous. »

Son retour en forme se concrétise fin septembre. Double buteur en coupe de la ligue à West Bromwich, il regagne la confiance de Guardiola. Puis c’est un coup du sort, la blessure de Benjamin Mendy, qui va indirectement l’aider. Tactiquement, l’apport offensif de Mendy, capable de mordre la ligne de touche, offrait la possibilité à Guardiola d’aligner ses deux attaquants, Agüero et Gabriel Jesus, ensemble, l’ailier gauche pouvant se placer à l’intérieur tandis que Mendy occupait la largeur afin de couvrir toutes les zones du terrain.

Mais avec Fabian Delph, qui n’est pas un latéral de formation, Pep a besoin d’un ailier capable d’occuper cette largeur, et Leroy Sané est donc plus compatible. Avec quatre buts et six passes décisives en championnat en un peu moins de deux mois, portant son total à 6 buts et 6 passes (8 buts & 8 passes TCC), l’Allemand a été l’un des protagonistes principaux de l’exceptionnel début de saison des Citizens, et les fans anglais l’ont nommé meilleur joueur du Royaume pour le mois d’octobre.

Une progression fulgurante qu’il doit, de son propre aveu, à son entraîneur. Dans une interview à Sky Sports, il a indiqué que Pep Guardiola l’avait énormément aidé. « Je peux dire qu’il a complétement changé mon jeu. J’ai énormément progressé dans beaucoup de domaines, et il essaye encore de me perfectionner et de me mettre sous pression. Je pense que j’en ai besoin aussi. »

Au-delà de ses statistiques, Leroy Sané offre plusieurs opportunités tactiques différentes. Capable d’occuper la largeur du terrain, il sait se faire oublier afin de recevoir le ballon dans les meilleures conditions. Il peut également rentrer à l’intérieur et combiner dans les petits espaces, notamment avec David Silva. Sa pointe de vitesse, atout principal de son jeu, permet également à City de disposer de plus de verticalité. Il est souvent cherché (et trouvé) dans la profondeur. Enfin, Sané s’avère être un dribleur redoutable. Une palette tactique complète, qui lui permet, à lui et à son équipe, de varier son jeu si nécessaire.

Mis en confiance et sous constante pression avec la concurrence de Bernardo Silva, Sterling et Gabriel Jesus, la progression de Leroy Sané est linéaire. Il est désormais l’un des éléments clés du leader de Premier League, toujours invaincu cette saison. Alors qu’il fêtera ses 22 ans en janvier prochain, le jeune Allemand a encore une énorme marge de progression. Sous les ordres de Pep Guardiola, il devrait gagner en expérience cette saison, dans une équipe qui devrait sauf catastrophe jouer le titre jusqu’au bout, et disputer la victoire finale en Ligue des Champions. Avant, probablement, de s’envoler pour la Russie, afin de tenter de remporter la Coupe du Monde avec l’Allemagne.

 

Photo credits : AFP PHOTO / Oli SCARFF

Fervent supporter du champion du monde 2017 du Kikadi