Il y a quasiment un an jour pour jour, le 19 mars 2017, Kylian « 18 ans seulement » Mbappé faisait une nouvelle fois étalage de son talent face à Caen au stade Michel-d’Ornano trois jours après sa première convocation en Bleu. Deux buts et un pénalty provoqué pour le club du Rocher qui lui vaudront une standing ovation du public normand, face auquel les Caennais furent impuissant. En pleine éclosion, l’attaquant français faisait alors l’unanimité.

Adulé pour ses prouesses sur le rectangle vert, c’est en zone mixte que le natif de Bondy a définitivement conquis les Français. C’était lui le gamin tant attendu, doté d’un talent exceptionnel et dont les interventions au micro viennent rompre le paradigme malheureusement répandu du joueur de foot aux réponses dénuées d’intérêt lorsqu’il s’agit de faire face aux journalistes. Une vision des footballeurs réductrice qui aura cependant contribué entre autres à faire grimper la côte de popularité de l’actuel parisien. Aujourd’hui, certains ne veulent plus le voir se confier à la presse. Les raisons diffèrent.

D’un côté il y a ceux qui veulent le protéger, qui jugent imprudent de laisser un môme de 19 ans ressentir le poids de tant de pression alors qu’il partage les vestiaires avec des joueurs ayant bien plus de vécu, aussi bon soit-il dans l’exercice. De l’autre se présentent les agacés, pensant entrapercevoir petit à petit une autre face du tricolore. Celle d’un enfant gâté, prétentieux et si cela ne suffisait pas ayant également pris la grosse tête, comme il est coutume de dire. Un ressenti provoqué par des images observées dans nos rendez-vous télé hebdomadaires, par les réseaux sociaux, par des faits de jeu (ex : l’action contre le Real Madrid en 1/8èmes de finale retour où nombre de nous pensions qu’il allait glisser le ballon à Cavani) ou alors tout simplement par anticonformisme. Par ailleurs, il y a également ceux au cœur brisé qui ont l’impression de voir le joueur qu’ils ont tant chéri brutalement changer. Comme quoi le football va vraiment très vite, est capable de gommer et remplacer de nos pensées des positions que l’on défendait corps et âmes du jour au lendemain. Kylian Mbappé est juste en train de nous montrer par ses quelques erreurs qu’il est humain.

Non, ce n’est pas ma meilleure période -Kylian Mbappé après PSG-Metz (5-0)

Une nouvelle fois lucide, c’est le premier à le reconnaître, l’ancien monégasque ne traverse pas ces  dernières semaines sa meilleure période depuis ses premiers pas en pro. Évoluant majoritairement sur l’aile droite avec Unai Emery, il semble pécher là où il tirait son épingle du jeu : la justesse dans le dernier et l’avant dernier geste. Et pourtant, bien que les chiffres soient aujourd’hui épinglés à tort et à travers, l’attaquant parisien affiche cette saison des statistiques assez impressionnantes que l’on ne peut s’empêcher de relever : 19 buts et 13 passes décisives en 35 rencontres toutes compétitions confondues. Si l’on associe ces chiffres à Messi ou Ronaldo ils seraient considérés comme médiocre tant ils ont révolutionné les standards habituels. Mais si nous prenons le temps de les regarder objectivement, se montrer si décisif sans être LA star de l’équipe est loin d’être acquis d’avance, d’autant plus à 19 ans. Et à 19 ans, on ne peut qu’être en période d’apprentissage. Même si le postulat à venir manque cruellement d’originalité, il colle parfaitement à ce qu’est en train de vivre notre Kyky national : on apprend de ses erreurs.

Pour autant, le football contemporain est cruel et l’efficience qu’il impose nous déconnecte parfois de toute rationalité. La carrière de Kylian Mbappé n’en est qu’aux prémices et bien qu’il traverse une période de « creux », émettre de sitôt des jugements définitifs serait bien trop hâtif. Si d’ici une quinzaine d’années il a effectivement suivi le chemin qui semble tracé pour lui et est devenu le grand joueur qu’on attend, alors peut être aurons-nous la présence d’esprit d’adjuger à ces moments de moins bien –que beaucoup de joueurs aimeraient avoir- une part de la contribution qui a fait de lui ce qu’il est devenu.  Pour ce faire, il y a bien des épreuves qu’il devra surmonter et cette période en est une.  Et c’est bien parce qu’il connait des échecs que nous pouvons fonder en lui tant d’espoirs. Sa dernière saison tonitruante avec l’AS Monaco était telle qu’elle aurait pu laisser penser que, bien qu’exceptionnel, c’était un joueur prêt avant les autres, avec une faible marge de progression.  Sa saison en cours permet de voir qu’il peut encore s’améliorer dans plusieurs facettes de son jeu, qu’il peut encore beaucoup progresser et qu’il reste, par induction, beaucoup à aimer.

Crédits photos : AFP PHOTO / FRANCK FIFE

Mon football ? Celui de Pep (Guardiola pas Génésio)