[Coupe du Monde] Croatie : 20 ans plus tard, à la recherche d’un nouvel exploit

20 ans après avoir créé l’exploit en se hissant en demi-finale, l’équipe de Croatie souhaite renouveler l’exploit. Considérés comme des outsiders, les coéquipiers de Luka Modric semblent pâtir de ce statut. Et si c’était le bon moment pour rejoindre la bande à Suker dans l’histoire du pays ?

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîtreuh. Suker en ce temps là, plantait des golazos jusque sous nos fenêtres. Et si Asanovic, qui leur servait de 10, ne payait pas de mineuh. C’est là qu’on a connu Bilic, Simic, Stanic et Zvonomir Boban… Crooooooatie, Croooooooatie, ça voulait dire « pas favori ». Crooooooatie, Croooooooatie, dans l’histoire, ils sont inscrits.

Derrière cette introduction musicale se cache une vérité certaine, la bande emmenée par Miroslav Blazevic a marqué l’histoire. L’histoire de ce pays et de son football, évidemment, mais peut être même l’histoire de toute l’ex-Yougoslavie. Créée officiellement en 1991, suite à la volonté du président de la fédération, Mladen Vedris, l’équipe de Croatie est née peu avant le référendum sur la déclaration d’indépendance du pays. Jusqu’ici pas reconnus, ni par la FIFA, ni par l’UEFA, les Croates évoluaient sous les couleurs yougoslaves, ou plusieurs décennies plus tôt, sous une bannière croate éphémère et sans poids géopolitique. Cinq toutes petites années après son indépendance, la Croatie prend part à sa première véritable compétition internationale, l’Euro 1996, en terminant première de son groupe de qualification, devant l’Italie vice-championne du monde en titre, excusez du peu. Elle verra son parcours stoppé en quart de finale face à l’Allemagne, futur vainqueur de l’édition.

Cette première compétition internationale, c’est peut être un détail pour vous, mais pour eux ça veut dire beaucoup. Ca veut dire qu’ils étaient libres, heureux d’être là malgré tout. L’Euro 1996 va surtout être le ciment e la folle réussite croate lors de la Coupe du Monde française deux ans plus tard. Blazevic confirmé, le général croate emmène avec lui une équipe parfaitement soudée, où Boban, Prosinecki et Suker sont les têtes d’affiche. Un capitaine courage qui frappait les policiers pour sauver ses supporters, un magicien blond et un buteur au visage carré, un triangle atypique mais qui unira toute une nation le temps de deux compétitions brillamment réussies.

Une équipe de vieux briscards, revanchards et patriotes. Voilà les meilleurs mots pour décrire la bande de Captain Boban à leur entrée dans la compétition, face à la modeste mais festive équipe de Jamaïque. Très vite, les Français découvrent que ces charognards sont avant tout d’excellents footballeurs. La Jamaïque puis le Japon tombent sous les balles du génie de Prosinecki et de la future révélation de la compétition, le numéro 9 Davor Suker. Pourtant plus à présenter, l’attaquant du Real Madrid régale et offre deux victoires synonymes de huitième de finale pour les Croates.

Opposés à la Roumanie, qui sort d’une victoire probante face à l’Angleterre, les Croates s’en remettent à un penalty de leur goleador pour rejoindre l’Allemagne en quarts. Un penalty qui fera alors débat, car à retirer. Qu’importe, Davor est sur son nuage, rien ne peut l’arrêter.

L’histoire est belle, la Croatie prend sa revanche sur l’Allemagne par une victoire sans contestation possible 0-3. Deux années après leur élimination en quart de finale d’Euro, les Croates écrabouillent une équipe d’Allemagne qui n’arrivera jamais à faire sauter le verrou de Ladic, bien aidé, il est vrai, par l’expulsion rapide du futur Parisien Christian Worns. Puis, viendra la France, et le doublé de son latéral droit. Un miracle pour les Français, une désillusion pour les Croates, qui se contenteront d’une belle troisième place acquise au profit des Pays-Bas en petite finale. Si proche, mais si loin d’une historique finale de Coupe du Monde.

Cette troisième place au gout amer à l’époque fait aujourd’hui la fierté de tout un peuple. Car depuis, c’est morne plaine. Deux quarts de finale d’Euro, 3 premiers tours de Coupe du Monde, c’est peu pour une équipe qui s’est goinfrée de caviar durant ses 7 premières années. Il est temps pour les jeunes Croates de vibrer, de vivre ce que leurs aînés trentenaires leur racontent depuis plusieurs décennies.

Aujourd’hui, le parallèle est lourd de sens. Quand Boban était un héros national, le capitaine Modric est lui persona non grata chez lui. Barcelonais comme son modèle Prosinecki, Rakitic peine à émerveiller le monde du football. Quant à Mario Mandzukic, il est loin de la régularité de son numéro 9 préféré en sélection. Ces hommes ont une compétition pour égaler leurs aînés. A eux d’écrire l’histoire, pour que le maillot à damier rayonne de nouveau dans le cœur des amoureux du football.

Pour tout savoir de l’équipe de 2018, retrouvez notre analyse ci-dessous :

AFP PHOTO / DANIEL GARCIA

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français

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