[Coupe du Monde] Belgique : l’heure de la maturité ?

« Paradoxal » est le mot qui sied le mieux à l’équipe nationale de Belgique. Actuelle troisième du classement FIFA, les Diables Rouges ont de la qualité à revendre. Du talent à chaque ligne, des joueurs faisant partie des meilleurs et/ou des plus chers de la planète, un groupe qui se connaît parfaitement et dont le noyau dur va jouer sa troisième compétition internationale de suite. Et pourtant, ce groupe mené par les têtes de gondoles Hazard et De Bruyne n’a jamais réalisé de coup d’éclat. Éliminés en quart de finale du Mondial 2014 puis de l’Euro 2016, la Belgique peine à imposer son jeu sur la scène internationale. À l’approche d’une Coupe du monde qui quelle qu’en soit son issue sera un tournant majeur pour la sélection, les interrogations sont nombreuses autour d’une équipe aussi pleine de promesses que de dysfonctionnements.

 

Sélectionner ou non Radja Naingollan, qui titulariser à la pointe de l’attaque entre Lukaku ou Batshuayi, réussir à faire cohabiter Hazard et De Bruyne dans le secteur offensif… Les problématiques auxquelles Roberto Martinez est actuellement confronté s’apparentent tout de même à des problèmes de riches. Toutes les sélections ne peuvent se targuer d’avoir autant de choix au sein de leur effectif. Mais en remettant les choses dans leur contexte, on se rend compte que ça n’a pas toujours été le cas du côté du plat pays. La génération actuelle, portée par les stars citées précédemment, avait au début de la décennie reprit les rênes d’une sélection en perdition. Les Belges, faisant pourtant partie des nationalités ayant le plus de fois joué la Coupe du monde (13ème participation en Russie cet été), n’ont connu aucune phase finale de compétition internationale entre 2002 et 2014. Le chemin a été long pour les Diables Rouges. Les Hazard, Fellaini et Vertonghen ont dû se construire seuls, sans « grands frères » au sein de la sélection, sans repères historiques proches, dans un pays où pourtant chaque habitant vibre au rythme de son équipe nationale. Il aura fallu mettre les soucis linguistiques de côté dans le vestiaire dans un pays comptant 3 langues officielles. Il aura fallu faire comprendre à certains qu’ils étaient destinés à devenir les patrons de la sélection quand ils ne l’étaient même pas en club. Il aura également fallu mettre de côté les soucis d’égo, quitte à prendre des risques, quitte à par exemple ne pas sélectionner un joueur star, à mettre de côté une pièce maîtresse de l’effectif.

Mais au bout de ce chemin, commencé par le duo Leekens/Wilmots en 2011, continué par Wilmots seul de 2012 à 2016 et depuis reprit par Martinez (avec monsieur Titi Henry en guest-star, s’il vous plaît), il y a une Coupe du monde. Une Coupe du Monde qui contrairement à celle de 2014, ne sera plus excusée par l’inexpérience ou par l’immaturité. Et qui contrairement à celle de 2022 ne pourra pas être justifiée en cas d’échec par le fait qu’il était trop tard pour une génération fatiguée de se battre pour des places d’honneur. En 2018, le noyau dur de cette sélection belge vit ses plus belles heures. Hazard, Mertens, De Bruyne, Courtois, Vertonghen, Alderweireld, Witsel, Dembélé… Tous ou presque vivent les années culminantes de leur carrière. Ces joueurs, pour la plupart, jouent dans les plus grands championnats. Premier League majoritairement, Serie A, Bundesliga, Liga, ils sont même habitués à faire face au plus haut niveau.

Mais avant de penser à une quelconque victoire lors de ce Mondial, il faudra travailler. Et à de nombreux niveaux. Les Diables Rouges ont leurs points faibles. Des secteurs de jeu sont à améliorer et le premier pour ce groupe est celui des latéraux. À l’image de l’Équipe de France, le poste clé de latéral fait tâche au sein d’une équipe globalement complète. Des centraux replacés sur un côté, avec Vertonghen à gauche ou Alderweireld à droite, des joueurs intrinsèquement inférieurs à leurs coéquipiers, avec Laurent Ciman ou Jordan Lukaku lors du Mondial 2014 ou de l’Euro 2016, beaucoup de combinaisons ont été tenté par le passé. Dans les matchs les plus importants des éliminatoires pour cette Coupe du monde 2018, contre la Grèce ou la Bosnie, Roberto Martinez a privilégié une défense à trois composée d’Alderweireld, Vermaelen et Vertonghen, avec Carrasco et Meunier en « latéraux » offensifs. De quoi mettre à l’aise ce dernier en l’allégeant des phases défensives, dans lesquelles on le sait en difficulté. L’ancien coach d’Everton tiendrait-il la solution miracle avec ce système inédit pour son équipe ?

Troisièmes de l’actuel classement FIFA, une chose empêche les Belges de rivaliser totalement sur le papier avec les plus grandes nations du globe. Cette chose, c’est la profondeur de banc. L’habituel onze type fait plutôt bonne figure au milieu de ceux des cadors. Seulement on l’a bien vu lors de la finale du Mondial 2014, avoir un banc de qualité permet souvent de débloquer des situations. En Russie cet été, le banc belge ne sera pas en mesure de rivaliser avec les bancs des favoris au titre. Quand les équipes B de l’Allemagne ou de l’Espagne pourraient potentiellement jouer la gagne, celle de la Belgique ne se serait sûrement même pas qualifiée pour les phases finales. Un réel problème dans une compétition où l’enchaînement des matchs est important et dans laquelle un groupe doit pouvoir compter sur ses remplaçants pour pouvoir être décisif quand il le faut. Si Batshuayi peut remplir à merveille le rôle de super-sub, difficile d’imaginer des joueurs comme Tielemans, en difficulté cette saison à Monaco, ou Ciman, qui évolue depuis quelques saisons en MLS, pouvoir sortir du banc pour faire gagner le match à leur équipe.

En 2018, la Belgique est de nouveau autorisé à rêver. La probabilité d’un triomphe finale n’est pas forte, la concurrence est rude, et les interrogations sur le niveau réel de l’équipe sont nombreuses. Mais ce pays et plus particulièrement sa sélection nationale a du cœur. Et nous autres français sommes les mieux placés pour savoir qu’une équipe sans certitudes mais jouant avec ses tripes et son cœur peut aller au bout. Ne manque que l’éclair de génie. Mais après tout, si Eden Hazard veut définitivement nous prouver que Zidane est son modèle, ne serait-ce pas le moment idéal ?

 

Photo : John Thys / AFP Photo

J'arrive toujours soigné comme une passe de Toni Kroos.