[Bundesliga] Weston Mckennie, l’autre joyau américain de la Ruhr

Avant de s’envoler pour la Russie, la France a croisé la route des États-Unis. La formation américaine avait d’ailleurs créé une petite surprise ce soir-là, à Lyon. Peu s’en souviennent probablement mais lors de cette rencontre, l’un des joueurs sur lequel le futur de cette sélection repose était là. Weston McKennie, du haut de ses 19 ans, avait débuté ce match. Portait de l’un des symboles d’une jeune génération qui voudrait marquer les esprits.

L’Allemagne ça vous gagne

En 2016, lorsque W. McKennie quitte le FC Dallas et le Texas c’est pour la Ruhr qu’il plie bagages. Comme Christian Pulisic, il rejoint la région allemande où la vie rime avec football. Ce n’est toutefois pas la première fois qu’il met le pied sur le territoire allemand qui lui a transmis l’amour du football. Son père, militaire, a un temps travaillé à la Ramstein Air Base non loin de Kaiserslautern.

Enfant, c’est donc là-bas qu’il touche le cuir pour la première fois. C’est dans les rues, la cours de l’école du coin et le petit club local que tout commence, sous le regard de son grand frère de huit ans son aîné. C’est aussi là qu’il peut vivre sa première Coupe du monde. En 2006, il a huit ans et il assiste depuis la fanzone à la rencontre entre le futur champion du monde italien et les États-Unis qui se joue au Fritz-Walter-Stadion de Kaiserslautern. Quand il parle de cette expérience pour ESPN, il paraît évident que cela a tout changé : « J’ai vu tous ces gens, comment ils célébraient ça, comment ils le vivaient, comment ils le respiraient. C’était leur vie ». Puis il rajoute « C’était incroyable. Ça a changé ma vie. »

Au moment où la famille McKennie quitte le sud-ouest de l’Allemagne, le football est déjà profondément ancré en Weston. En trois petites années, la vie de l’enfant a changé pour toujours peut-être même s’il ne le sait sans doute pas encore.

Neuf ans plus tard quand il revient dans le pays qui lui a offert son premier amour, c’est plus au nord qu’il débarque, sur les terrains marqués par la mine de Gelsenkirchen. Il fait cela malgré un « Home grown contract » posé sur la table par Dallas et une bourse de l’université de Virginie. Comme si s’expatrier là où tout a commencé faisait sens. Les sirènes teutonnes sont trop puissantes. Il quitte tout pour le Vieux continent.

Schalke 04 et la Knappenschmeide comptent alors un nouveau talent dans leur rang. Directement il rejoint les U19 pour qui il joue environ 20 matchs et rallie les demi-finales du championnat A-Junioren. Son équipe s’incline face au Bayern Munich mais le parcours n’en reste pas moins respectable. Au cours de cette première saison, McKennie évolue au milieu. Il s’affirme au point de commencer à attirer l’œil. Et ses débuts en Bundesliga finissent par arriver. C’est face à Ingolstadt que celui qui n’est encore qu’un adolescent joue ses premières minutes avec les professionnels.

Le sursaut des Knappen

Sa première saison en terres allemandes n’a donc rien de fulgurante, elle avance dans l’ombre. Doucement mais sûrement, l’acclimatation se fait. Surtout, il apprend à jouer dans un rôle plus défensif qu’à l’accoutumée. Il se met dans la peau d’un joueur devant se tourner vers l’arrière pour protéger sa défense. Sa palette s’élargie puisque il était jusque-là dans un rôle de milieu offensif. Durant l’été le rythme s’accélère encore un peu plus puisqu’encore une fois, Schalke 04 change d’entraîneur. Le jeune Domenico Tedesco sortant de quelques mois à peine à Aue vient prendre les rênes d’une équipe qui s’est égarée.

Avec des idées et du caractère, l’entraîneur allemand s’impose doucement auprès de son groupe et il entend bien compter sur des jeunes pouces. Weston McKennie va alors entrer dans la danse et intégrer le groupe professionnel. Un an après son arrivée en Allemagne, il a déjà conquis ses pairs. Il participe au stage estival et ne quitte plus le groupe du technicien allemand.

 

Premiers pas.

 

Sa progression et son talent tout comme son attitude durant l’entraînement lui permettent de gagner des minutes en Bundesliga. Si dans un premier temps il est remplaçant, il finit par être titularisé pour la première fois le 19 septembre face au Bayern Munich, preuve de la confiance que son entraîneur place en lui. Dans le prolongement de cette éclosion, W. McKennie signe un nouveau contrat avec le club qui l’a définitivement adopté durant ce même mois de septembre le liant au club pour cinq années. Cela fait alors de lui le joueur ayant le plus long contrat au club

Les matchs se suivent et les regards se posent sur lui. Son travail au milieu de terrain se révèle être précieux. Tantôt dans un rôle défensif, tantôt dans un rôle plus central, il permet à son équipe de se sécuriser et de rapidement progresser vers l’avant. Le jeune droitier n’est toutefois pas le joueur que l’on verra faire la dernière passe, il est plutôt là pour faire respirer les siens, il représente plus les poumons de son équipe que le cœur. Mais son rôle reste tout aussi déterminant pour l’équilibre de Schalke qui s’affirme doucement comme l’une des meilleures équipes de la saison.

Les performances ne sont toutefois pas toutes brillantes, et logiquement, la pression est parfois trop forte pour le joueur qui doit encore apprendre. Dans le premier derby de la saison face au Borussia Dortmund, le jeune américain et ses coéquipiers prennent l’eau et D. Tedesco le remplace dès la demi-heure de jeu. Cela prouve uniquement que le jeune est encore un diamant qui doit être poli. Mais malgré cette déconvenue qui reste plus un enseignement qu’une punition, le droitier continue sa progression, son temps de jeu grandit au fil de la saison. Les pépins physiques restent les seuls éléments qui le freinent. Cela ne l’empêche toutefois pas d’attirer la sélection américaine A qui a besoin d’un autre jeune de talent pour épauler un Christian Pulisic qui ne peut porter toute une équipe sur son dos.

Pour l’Amérique

 Si McKennie « vit son rêve » en Europe et qu’il a saisi sa chance, son pays natal reste dans ses préoccupations et notamment la sélection. Avec l’envie de retrouver la Coupe du monde, la sélection américaine fait appel à ses services pour la première fois en Novembre 2017. Le 14, il fait ses débuts pour son pays face au champion d’Europe en titre, le Portugal. Titularisé d’entrée, il a même l’honneur d’inscrire l’unique but américain dans ce match nul entre les deux nations. Si le jeune homme ne joue que des amicaux (six jusque-là), il s’avère déjà évident qu’avec le joueur de Dortmund qu’il connaît depuis ses 13 ans, ils sont les fondations d’une équipe qui doit regarder vers l’avenir.

 

Symbole d’espoir.

 

Car malgré la non-qualification pour la Coupe du monde en Russie qui a été un véritable déchirement, le pays n’a pas tout perdu. Les deux jeunes joueurs évoluant dans la Ruhr, qui sont des frères ennemis durant la saison vont sans doute s’unir pour tirer leur pays vers le haut. Un pays qui va finir par organiser une Coupe du monde (2026) durant laquelle ils aimeraient briller afin de représenter fièrement leurs couleurs. Jusque-là, la Team USA a largement le temps de se bâtir une équipe cohérente avec peut-être une équipe créée avec des joueurs évoluant en Europe mais aussi en MLS qui essaye tant bien que mal de se développer.

Ainsi, Weston McKennie a pris la décision de partir pour de nouveaux horizons, mais à l’heure actuelle, cela était la décision à prendre. Tout lui donne raison jusque-là puisque ses débuts professionnels avec Schalke 04 sont plus que réussis. Sa carrière est encore longue, tout comme son apprentissage, mais la promesse d’un bel avenir est là. Et cet avenir se fera peut-être pendant longtemps entre le pays qui lui a transmis l’amour du football et le pays qui l’a vu naître.

Crédit photo: Patrik STOLLARZ / AFP

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